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21/02/2017

LE SAVIEZ-VOUS ? LA FRANCE DE 1790 DIVISEE EN 83 DEPARTEMENTS

france 1790 .jpg

 Leur création remonte au décret du 22 décembre 1789 pris par l'Assemblée constituante de 1789, effectif à partir du

 

En trois mois de travail, le comité de constitution des départements à l'Assemblée, a bouleversé le paysage administratif français. L'ancienne mosaïque qui morcelait la France a été remplacée par quatre-vingt-trois unités de superficie à peu près égale.

Chaque département ainsi constitué a été doté d'un chef-lieu pouvant être atteint par tout administré en une journée de cheval, soit quarante kilomètres.

Le département est divisé en plusieurs districts portant le nom des principales villes.

Députés et autorités locales ont été consultés, ce qui a donné lieu à de multiples controverses, comme dans les LANDES.

DAX, MONT-de-MARSAN et SAINT-SEVER voulaient chacune devenir chef-lieu. DAX pensait s'unir à BAYONNE pour former un département excluant MONT-de-MARSAN. Cette dernière ville tentait, de son côté, d'éliminer DAX par une fusion avec BAZAS.

Après diverses manoeuvres, il a été décidé que le chef-lieu des LANDES serait MONT-de-MARSAN, bien que la ville ne compte que trois mille âmes. Pour contrebalancer cette décision, le tribunal siègera à DAX;

SAINT-SEVER, ville épiscopale, n'avait aucune chance.

 

Actuellement : 101 départements français depuis la départementalisation de Mayotte le

 

 

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La Restauration conservera les départements et en 1860, la France en comptait 89.

En 1902, les trois territoires civils d'Algérie deviennent 3 départements : Alger, Oran et Constantine. Entre 1955 et 1959, ces trois départements sont subdivisés, voyant la création de 12 autres départements. En 1957, le Sud-Est départementalisé avec la création de deux départements du Sahara. Tous ces départements disparaîtront avec l'indépendance de l'Algérie en 1962.

 

La perte de l'Alsace-Lorraine entraînera la création d'un nouveau département, la Meurthe-et-Moselle (constituée des parties des départements de Meurthe et de Moselle restées françaises) ; ce département subsistera après le retour de l'Alsace-Lorraine en 1918. Le Territoire de Belfort, (partie du département du Haut-Rhin restée française), garda un statut spécial de 1871 à 1922, année où il devint un département.

En 1946 sont créés départements d'outre-mer (DOM) : la Guadeloupe, la Guyane française, la Martinique et La Réunion.

La réorganisation de la région parisienne en 1964, effective en 1968, transforme les deux départements de la Seine et de la Seine-et-Oise en sept départements : Paris, Yvelines, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Val d'Oise

En 1976, le département de la Corse est scindé en deux départements : Corse-du-Sud et Haute-Corse, et Saint-Pierre-et-Miquelon devient le cinquième département d'Outre-mer, statut qu'il abandonne en 1985 pour devenir une collectivité d'outre-mer.

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En janvier 2008, la Commission pour la libération de la croissance française, dite Commission Attali, recommandait de « faire disparaître en dix ans l’échelon départemental 

  En 2014, le Premier ministre Manuel Valls au mois d'avril, puis le président de la République François Hollande le 3 juin, annoncent vouloir supprimer les conseils généraux pour 2020.

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Les 600.000 canards encore vivants dans les Landes vont être abattus pour éradiquer la grippe aviaire

Capture CANARDS.JPG

Il faut passer à une autre étape : dépeupler l'ensemble des animaux sans dérogation pour démarrer enfin un vide sanitaire", François Lesparre président de la FDSEA des Landes.
Plusieurs voix s'élèvent désormais pour demander un abattage total des canards. Le président du conseil départemental des Landes Henri Emmanuelli, la FDSEA, le CIFOG réclament cette mesure.
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Tous ne partagent pas l'avis selon lequel l'abattage massif est justifié.
Pour Jérôme Cordier, dont la famille entière travaille à l'attrapage, dans les Landes, d'autres solutions auraient pu être trouvées : "pourquoi abattre des bêtes saines ?
Pour les éleveurs, c'est un crève-coeur. Pour le reste de la filière, c'est-à-dire les attrapeurs, les gaveurs, les abattoirs, c'est une catastrophe aussi. Tout le monde va se retrouver au chômage."
Tous les professionnels se rejoignent au moins sur un point : cette nouvelle vague de grippe H5N8 est un constat d'échecs. L'échec du vide sanitaire de l'an dernier.
L'échec des politiques de biosécurité, qui ont demandé des investissements importants aux éleveurs.
L'échec des autorités, disent les agriculteurs, à circonscrire l'épizootie dès les premiers signes.
"C'est vrai qu'aujourd'hui, on n'a pas d'autres choix que d'abattre les canards, mais si les pouvoirs publics avaient réagi un mois plus tôt, nous en aurions perdu 100.000 au lieu d'un million", fulmine Christian Candelon.

Grippe aviaire : 80 "Canards en colère" à Auch

Par Lisa Melia, France Bleu Gascogne et France Bleu jeudi 5 janvier 2017 à 19:26


Les dettes s'accumulent

Jusqu'au 20 janvier, les volailles continueront donc à être éliminées. On abat et on jette. Sont concernées 53 communes des Landes, 6 des Hautes-Pyrénées, 3 des Pyrénées-Atlantique et 88 du Gers, y compris celle où travaille Michael Launet. Il possède trois bâtiments de poulets et un atelier de gavage de 800 places. Aujourd'hui, il cède au désespoir.

Je n'ai pas pu faire les mises aux normes, c'était trop cher. Financièrement, je n'en peux plus, je ne peux plus nourrir ma famille. L'an dernier, j'ai rentré 1.500 euros de bénéfices, alors que les frais fixes continuent de tomber tous les mois. J'ignore complètement de quoi demain et après-demain seront fait. On me demandait 15.000 euros d'investissement, alors que j'ai déjà des dettes de 150.000 euros. Pourquoi continuer ? - Michel Launet

La fin du canard fermier

La plupart des agriculteurs présents devant la préfecture du Gers ce jeudi viennent de petites exploitations indépendantes. Nombreux sont ceux qui blâment les grands groupes et la logique de concentration des volailles. Sébastien Héreau, éleveur à Bergerac, laisse sa colère exploser :

Pourquoi les animaux parcourent-ils des centaines de kilomètres pour être gavés ? Pourquoi l'âge des gavages est-il toujours plus bas ? Certaines volailles arrivent au gavage à onze semaines, elles ont encore du duvet derrière la tête !

On paye la facture de l'agro-industrie. Si ça continue comme ça, dans cinq ans, nous ne mangerons plus de canards fermiers - Sébastien Héreau, éleveur à Bergerac

 

Le comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras craint des pertes de l'ordre de 75 à 80 millions d'euros. Beaucoup d'éleveurs attendent encore les 30% restants de leurs indemnités de l'an dernier, alors ils ne sont pas très optimistes concernant les prochaines indemnisations promises par les pouvoirs publics.

Attention, préviennent les agriculteurs, "nous sommes au bord du gouffre, mais nous ne mourrons pas en silence. Nous ferons du bruit".

 

 

Par Frédéric Denis, France Bleu Béarn, France Bleu Gascogne, France Bleu Pays Basque et France Bleu lundi 20 février 2017 à 22:12 Mis à jour le mardi 21 février 2017 à 7:23

 Stéphane Le Foll annonce ce matin sur France Bleu Gascogne l'abattage des 600 000 canards encore vivants dans les Landes pour éradiquer la grippe aviaire
Stéphane Le Foll annonce ce matin sur France Bleu Gascogne l'abattage des 600 000 canards encore vivants dans les Landes pour éradiquer la grippe aviaire © Maxppp - Alexandre Marchi

Changement de braquet pour lutter contre la grippe aviaire : tous les canards encore vivants dans les Landes vont être abattus pour en finir avec le virus H5N8. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, l'annoncera ce mardi face aux professionnels de la filière avicole à Mont-de-Marsan.

Les 600.000 canards encore vivants dans les Landes vont être abattus pour en finir avec la grippe aviaire. Il faut assainir la Chalosse. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, l'annoncera ce mardi après-midi face aux professionnels de la filière avicole réunis à la Chambre de Commerce et d'Industrie à Mont-de-Marsan.

 "Il faut malheureusement traiter la partie ouest des Landes, la Chalosse" confie Stéphane le Foll, ministre de l'Agriculture sur France Bleu Gascogne.

Henri Emmanuelli, la FDSEA, le CIFOG : beaucoup de professionnels de la filière avicole réclamaient un dépeuplement total des élevages suivi d'un vide sanitaire. Le ministre de l'Agriculture les a entendus. Stéphane Le Foll promet de tout faire pour éviter que des exploitations agricoles ferment à cause de cette crise aviaire. Sur la question des indemnisations, les aides pour les éleveurs touchés arriveront fin mars, début avril. Des avances de trésorerie seront possibles pour les entreprises de l'aval, la partie transformation.

"On ne s'est pas trompé de stratégie" - Stéphane le Foll, ministre de l'Agriculture

Pour Stéphane le Foll, le gouvernement ne s'est pas trompé de stratégie pour éradiquer la grippe aviaire : seul l'abattage est validé scientifiquement, dit le Ministre de l'Agriculture. Il n'existe pas de vaccin.

 

"On ne s'est pas trompé de stratégie" dit le ministre de l'Agriculture

 

Mont-de-Marsan, France

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Alexia Sierra a publié une vidéo sur Facebook mercredi, quand les canards de la ferme familiale de Clermont (Landes) ont été abattus à cause de la grippe aviaire. Elle s'adresse directement au ministre de l'Agriculture pour transmettre le découragement des agriculteurs. Déjà plus de 60.000 vues.

Certes la vidéo est un peu floue, on entend le bruit du vent dans le micro, mais en quelques mots Alexia Sierra a su toucher le cœur des agriculteurs de la filière canard dans les Landes.

 

 

 Alexia Sierra devant les bâtiments vides de la ferme familiale à Clermont (Landes)
 

 

La jeune landaise de 25 ans, a publié une courte vidéo sur sa page facebook mercredi matin, alors que les 3.000 canards de la petite exploitation de ses parents à Clermont en Chalosse étaient emmenés pour être abattus dans le cadre des mesures sanitaires contre la grippe aviaire.

De voir ces 3.000 canards partir par principe de précaution, ça m'a pris aux tripes - Alexia Sierra

 

"Je lance une bouteille à la mer pour faire bouger les choses"- Alexia Sierra

Il a répondu : tous les canards, même sains, seront abattus.

C'est sûr ! je boycotterai tout ce qui vient du canard, vendu dans les super marchés.

Il est dit que les Landes sont le plus gros client de la Hongrie

Les Delpeyrat, les Labeyrie iront se faire voir ailleurs que chez moi.

OUI AU CANARD FERMIER ! NON AU CANARD INDUSTRIEL

 

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HAMON REVIENT SUR SA PROMESSE. IL NE VEUT PAS ROMPRE AVEC LE P.S.

http://www.lesinrocks.com/2017/02/news/benoit-hamon-revient-promesse-dabroger-loi-travail/

 

Benoît Hamon veut “une nouvelle loi Travail” et non plus son abrogation

Benoît Hamon revient sur sa promesse d’abroger la loi Travail

Capture LES INROCKS.JPG

C’est un peu le monde à l’envers. Alors que Manuel Valls, quand il était candidat à la primaire de la Belle Alliance populaire, promettait de supprimer le 49-3, voilà que Benoît Hamon, qui s’engageait à abroger la loi Travail, en veut finalement “une nouvelle”. Cette volte-face a eu lieu en direct lors d’une interview sur dimanche 19 février, sur RTL, Le Figaro et LCI.

“Ce que je souhaite, c’est que nous pensions demain une nouvelle loi Travail. Nous trouverons matière à nous rassembler”, a-t-il déclaré.

Il souhaite en garder les “aspects positifs”

Ce changement de vocabulaire, Benoît Hamon le justifie par la présence d’“aspects positifs” dans cette loi, qu’il veut sauvegarder, comme le droit à la déconnexion, le compte personnel d’activité et la garantie jeune.

A la mi-janvier, le candidat socialiste était pourtant très ferme lors d’un discours devant l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis):

“Je commencerai par un geste très politique et très symbolique. Sans état d’âme, j’abroge la loi travail”, symbole “d’un déni de démocratie”, avait-il déclaré.

 

Ménager le PS

Un changement de fusil d’épaule de la part du candidat de la BAP, qui fait dire à Eric Coquerel, membre de l’équipe de Mélenchon : “On comprend mieux pourquoi Benoît Hamon ferme la porte à toute discussion avec Jean-Luc MELENCHON"

La loi Travail a fracturé la gauche sous le mandat de François Hollande. Elle est devenue le symbole des “deux gauches irréconciliables”.

En souhaitant en maintenir certains aspects, Benoît Hamon signale qu’il ne veut pas rompre avec le PS.Capture LES INROCKS.JPG

Peut-être même veut-il donner des gages à sa partie la plus modérée, tenté par Emmanuel Macron ?

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Petit bonhomme, tout petit Benoît.

Tu me ferais presque de la peine

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20/02/2017

Sociologie et Oligachie

LUTTE DES CLASSES

lutte des classes

Monique Pinçon-Charlot : « La violence des riches atteint les gens au plus profond de leur esprit et de leur corps »

par Agnès Rousseaux

Qui sont les riches aujourd’hui ? Quel impact ont-ils sur la société française ? Pour la sociologue Monique Pinçon-Charlot, les riches font subir au reste de la société une violence inouïe. Une violence banalisée grâce à un renversement du langage : les riches seraient des victimes, menacées par l’avidité du peuple. La sociologue dénonce un processus de déshumanisation, une logique de prédation, une caste qui casse le reste de la société. Et invite à organiser une « vigilance oligarchique » : montrer aux puissants que leur pouvoir n’est pas éternel.

Basta ! : Qu’est-ce qu’un riche, en France, aujourd’hui ?

Monique Pinçon-Charlot [1] : Près de 10 millions de Français vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté. Celui-ci est défini très précisément. Mais il n’existe pas de « seuil de richesse ». C’est très relatif, chacun peut trouver que son voisin est riche. Et pour être dans les 10 % les plus riches en France, il suffit que dans un couple chacun gagne 3000 euros.

Nous nous sommes intéressés aux plus riches parmi les riches. Sociologiquement, le terme « riche » est un amalgame. Il mélange des milieux très différents, et regroupe ceux qui sont au top de tous les univers économiques et sociaux : grands patrons, financiers, hommes politiques, propriétaires de journaux, gens de lettres... Mais nous utilisons délibérément ce terme. Car malgré son hétérogénéité, ces « riches » sont une « classe », mobilisée pour la défense de ses intérêts. Et nous voulons aujourd’hui contribuer à créer une contre-offensive dans cette guerre des classes que mènent les riches et qu’ils veulent gagner.

Pourquoi est-il si difficile de définir cette classe ?

La richesse est multidimensionnelle. Bourdieu parlait très justement de capital – capital économique, culturel, symbolique –, c’est ce qui donne du pouvoir sur les autres. A côté de la richesse économique, il y a la richesse culturelle : c’est le monde des musées, des ventes aux enchères, des collectionneurs, des premières d’opéra... Jean-Jacques Aillagon, président du comité des Arts décoratifs, vient d’être remplacé par un associé-gérant de la banque Lazard. Dans l’association des amis de l’Opéra, on retrouve Maryvonne Pinault (épouse de François Pinault, 6ème fortune de France), Ernest-Antoine Seillière (ancien président du Medef, 37ème fortune de France avec sa famille) [2]...

A cela s’ajoute la richesse sociale, le « portefeuille » de relations sociales que l’on peut mobiliser. C’est ce qui se passe dans les cercles, les clubs, les rallyes pour les jeunes. Cette sociabilité mondaine est une sociabilité de tous les instants : déjeuners, cocktails, vernissages, premières d’opéra. C’est un véritable travail social, qui explique la solidarité de classe. La quatrième forme est la richesse symbolique, qui vient symboliser toutes les autres. Cela peut être le patronyme familial : si vous vous appelez Rothschild, vous n’avez pas besoin d’en dire davantage... Cela peut être aussi votre château classé monument historique, ou votre élégance de classe.

Il existe aussi une grande disparité entre les très riches...

Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, est en tête du palmarès des grandes fortunes professionnelles de France, publié chaque année par la revue Challenges. Il possède 370 fois la fortune du 500ème de ce classement. Et le 501ème est encore très riche ! Comparez : le Smic à 1120 euros, le revenu médian à 1600 euros, les bons salaires autour de 3000 euros, et même si on inclut les salaires allant jusque 10 000 euros, on est toujours dans un rapport de 1 à 10 entre ces bas et hauts salaires. Par comparaison, la fortune des plus riches est un puits sans fond, un iceberg dont on ne peut pas imaginer l’étendue.

Malgré l’hétérogénéité de cette classe sociale, les « riches » forment, selon vous, un cercle très restreint.

On trouve partout les mêmes personnes dans une consanguinité tout à fait extraordinaire. Le CAC 40 est plus qu’un indice boursier, c’est un espace social. Seules 445 personnes font partie des conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Et 98 d’entre elles détiennent au total 43 % des droits de vote [3] ! Dans le conseil d’administration de GDF Suez, dont l’État français possède 36 % du capital, il y a des représentants des salariés. Ceux-ci peuvent être présents dans divers comités ou commissions, sauf dans le comité des rémunérations. Cela leur est interdit. Qui décide des rémunérations de Gérard Mestrallet, le PDG ? Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain, notamment. C’est l’entre-soi oligarchique.

Cela semble si éloigné qu’on peut avoir l’impression que ces riches vivent dans un monde parallèle, sans impact sur notre vie quotidienne. Vous parlez à propos des riches de « vrais casseurs ». Quel impact ont-ils sur nos vies ?

Avec la financiarisation de l’économie, les entreprises sont devenues des marchandises qui peuvent se vendre, s’acheter, avec des actionnaires qui exigent toujours plus de dividendes. Selon l’Insee, les entreprises industrielles (non financières) ont versé 196 milliards d’euros de dividendes en 2007 contre 40 milliards en 1993. Vous imaginez à quel niveau nous devons être sept ans plus tard ! Notre livre La violence des riches s’ouvre sur une région particulièrement fracassée des Ardennes, avec l’histoire d’une entreprise de métallurgie, qui était le numéro un mondial des pôles d’alternateur pour automobiles (les usines Thomé-Génot). Une petite entreprise familiale avec 400 salariés, à qui les banques ont arrêté de prêter de l’argent, du jour au lendemain, et demandé des remboursements, parce que cette PME refusait de s’ouvrir à des fonds d’investissement. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire. Un fonds de pension l’a récupérée pour un euro symbolique, et, en deux ans, a pillé tous les savoir-faire, tous les actifs immobiliers, puis fermé le site. 400 ouvriers se sont retrouvés au chômage. C’est un exemple parmi tant d’autres ! Si vous vous promenez dans les Ardennes aujourd’hui, c’est un décor de mort. Il n’y a que des friches industrielles, qui disent chaque jour aux ouvriers : « Vous êtes hors-jeu, vous n’êtes plus rien. On ne va même pas prendre la peine de démolir vos usines, pour faire des parcs de loisirs pour vos enfants, ou pour planter des arbres, pour que vous ayez une fin de vie heureuse. Vous allez crever. »

Comment s’exerce aujourd’hui ce que vous nommez « la violence des riches » ?

C’est une violence inouïe. Qui brise des vies, qui atteint les gens au plus profond de leur corps, de leur estime, de leur fierté du travail. Être premier dans les pôles d’alternateur pour automobiles, c’est faire un travail de précision, c’est participer à la construction des TGV, à l’une des fiertés françaises. Casser cela est une violence objective, qui n’est ni sournoise ni cachée, mais qui n’est pas relayée comme telle par les politiques, par les médias, par ces chiens de garde qui instillent le néolibéralisme dans les cerveaux des Français. Pour que ceux-ci acceptent que les intérêts spécifiques des oligarques, des dominants, des riches, deviennent l’intérêt général.

Comment cette violence objective se transforme-t-elle en assujettissement ?

C’est une forme d’esclavage dans la liberté. Chacun est persuadé qu’il est libre d’organiser son destin, d’acheter tel téléphone portable, d’emprunter à la banque pendant 30 ans pour s’acheter un petit appartement, de regarder n’importe quelle émission stupide à la télévision. Nous essayons de montrer à quel système totalitaire cette violence aboutit. Un système totalitaire qui n’apparaît pas comme tel, qui se renouvelle chaque jour sous le masque de la démocratie et des droits de l’homme. Il est extraordinaire que cette classe, notamment les spéculateurs, ait réussi à faire passer la crise financière de 2008 – une crise financière à l’état pur – pour une crise globale. Leur crise, est devenue la crise. Ce n’est pas une crise, mais une phase de la guerre des classes sans merci qui est menée actuellement par les riches. Et ils demandent au peuple français, par l’intermédiaire de la gauche libérale, de payer. Et quand on dit aux gens : « Ce n’est quand même pas à nous de payer ! », ils répondent : « Ah, mais c’est la crise »...

Pourquoi et comment les classes populaires ont-elles intégré cette domination ?

C’est une domination dans les têtes : les gens sont travaillés en profondeur dans leurs représentations du monde. Cela rend le changement difficile, parce qu’on se construit en intériorisant le social. Ce que vous êtes, ce que je suis, est le résultat de multiples intériorisations, qui fait que je sais que j’occupe cette place-là dans la société. Cette intériorisation entraîne une servitude involontaire, aggravée par la phase que nous vivons. Avec le néolibéralisme, une manipulation des esprits, des cerveaux, se met en place via la publicité, via les médias, dont les plus importants appartiennent tous à des patrons du CAC 40.

Sommes-nous prêts à tout accepter ? Jusqu’où peut aller cette domination ?

Dans une chocolaterie qu’il possède en Italie, le groupe Nestlé a proposé aux salariés de plus de cinquante ans de diminuer leur temps de travail [4], en échange de l’embauche d’un de leurs enfants dans cette même entreprise. C’est une position perverse, cruelle. Une incarnation de ce management néolibéral, qui est basé sur le harcèlement, la culpabilisation, la destruction. Notre livre est un cri d’alerte face à ce processus de déshumanisation. On imagine souvent que l’humanité est intemporelle, éternelle. Mais on ne pense pas à la manipulation des cerveaux, à la corruption du langage qui peut corrompre profondément la pensée. Le gouvernement français pratique la novlangue : « flexi-sécurité » pour ne pas parler de précarisation, « partenaires sociaux » au lieu de syndicats ouvriers et patronat, « solidarité conflictuelle ». Le pouvoir socialiste pratique systématiquement une pensée de type oxymorique, qui empêche de penser. Qui nous bloque.

Les riches entretiennent une fiction de « surhommes » sans qui il n’y aurait pas travail en France, estimez-vous. Menacer les riches signifie-t-il menacer l’emploi ?

Cette menace est complètement fallacieuse. Dans la guerre des classes, il y a une guerre psychologique, dont fait partie ce chantage. Mais que les riches s’en aillent ! Ils ne partiront pas avec les bâtiments, les entreprises, les autoroutes, les aéroports... Quand ils disent que l’argent partira avec eux, c’est pareil. L’argent est déjà parti : il est dans les paradis fiscaux ! Cette fiction des surhommes fonctionne à cause de cet assujettissement, totalitaire. Quand on voit le niveau des journaux télévisés, comme celui de David Pujadas, il n’y a pas de réflexion possible. En 10 ans, les faits divers dans les JT ont augmenté de 73 % !

Certains se plaignent d’une stigmatisation des « élites productives ». Les riches ont-ils eux aussi intériorisé ce discours, cette représentation ?

Notre livre s’ouvre sur une citation extraordinaire de Paul Nizan [5] : « Travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il est nécessaire [à la bourgeoisie] de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire. M. Michelin doit faire croire qu’il ne fabrique des pneus que pour donner du travail à des ouvriers qui mourraient sans lui ». C’est pour cela que cette classe est tout le temps mobilisée : les riches ont sans cesse besoin de légitimer leur fortune, l’arbitraire de leurs richesses et de leur pouvoir. Ce n’est pas de tout repos ! Ils sont obligés de se construire en martyrs. Un pervers narcissique, un manipulateur, passe en permanence du statut de bourreau à celui de victime, et y croit lui-même. C’est ce que fait l’oligarchie aujourd’hui, par un renversement du discours économique : les riches seraient menacées par l’avidité d’un peuple dont les coûts (salaires, cotisations...) deviennent insupportables. On stigmatise le peuple, alors que les déficits et la dette sont liés à la baisse des impôts et à l’optimisation fiscale.

Depuis que le parti socialiste est au pouvoir, qu’est-ce qui a changé ? Y a-t-il eu des améliorations concernant cette violence des riches que vous dénoncez ?

On ne peut pas parler d’amélioration : nous sommes toujours dans un système oligarchique. Nos dirigeants sont tous formés dans les mêmes écoles. Quelle différence entre Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy ? Je ne suis pas capable de vous le dire. L’histoire bégaye. Un exemple : le secrétaire général adjoint de l’Élysée est actuellement Emmanuel Macron, qui arrive directement de la banque d’affaires Rothschild. Sous Nicolas Sarkozy, ce poste était occupé par François Pérol, qui venait aussi de chez Rothschild. Les banques Lazard et Rothschild sont comme des ministères bis [6] et conseillent en permanence le ministre de l’Économie et des Finances.

La mission de constituer la Banque publique d’investissement (BPI) a été confiée par le gouvernement à la banque Lazard... Et la publicité sur le crédit d’impôt lancé par le gouvernement a été confiée à l’agence Publicis. Qui après avoir conseillé Nicolas Sarkozy conseille maintenant Jean-Marc Ayrault. On se moque de nous !

Pierre Moscovici et François Hollande avait promis une loi pour plafonner les salaires de grands patrons [7]. Ils y ont renoncé. Pierre Moscovici a annoncé, sans rire, qu’il préférait « l’autorégulation exigeante ». Des exemples de renoncement, nous en avons à la pelle ! Le taux de rémunération du livret A est passé de 1,75 % à 1,25 %, le 1er août. Le même jour, Henri Emmanuelli, président de la commission qui gère les livrets A [8], a cédé au lobby bancaire, en donnant accès aux banques à 30 milliards d’euros supplémentaires sur ces dépôts. Alors qu’elles ont déjà reçu des centaines de milliards avec Nicolas Sarkozy ! Elles peuvent prêter à la Grèce, au Portugal, avec un taux d’intérêt de 8 ou 10 %... Avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), entré en vigueur le 1er janvier 2013, c’est encore 20 milliards d’euros de recettes fiscales en moins chaque année, offerts aux entreprises, et qui plombent le déficit public de façon absolument considérable.

Le Front national a un discours virulent contre les « élites » françaises. N’avez-vous pas peur que votre analyse soit récupérée par l’extrême-droite ?

Nous ne disons pas que les politiques sont « tous pourris », comme le fait le FN. Nous proposons une analyse en terme de classes, pour donner à voir des mécanismes sociaux. Nous cherchons à dévoiler le fonctionnement de cette caste qui casse le reste de la société, dans une logique de prédation qui va se poursuivre dans une spirale infernale. Le Front National désigne comme bouc émissaire l’immigré ou le Rom, donnant en pâture ce qui est visible. Le Rom est d’ailleurs devenu un bouc émissaire transversal à l’échiquier politique, depuis la gauche libérale avec Manuel Valls jusqu’au Front National. Si on doit pointer précisément un responsable à la situation actuelle, c’est plutôt une classe sociale – les riches – et un système économique, le néolibéralisme. Puisqu’il faut des formules fortes : le banquier plutôt que l’immigré !

Vous parlez dans votre ouvrage d’une guerre des classes qui n’est pas sans visage. N’y a-t-il pas un enjeu justement à « donner des visages » à cette classe, comme vous le faites ?

C’est une nécessité absolue. Il faut s’imposer d’acheter chaque année ce bijou sociologique qu’est le palmarès du magazine Challenges. Et s’efforcer d’incarner, de mettre des visages sur cette oligarchie... C’est une curiosité nécessaire, les gens doivent être à l’affût de cette consanguinité, de cette opacité, de la délinquance financière. Nos lecteurs doivent se servir de notre travail pour organiser une « vigilance oligarchique » : montrer aux puissants que leur pouvoir n’est pas éternel, empêcher ce sentiment d’impunité qu’ils ont aujourd’hui, car ils savent que personne n’ira mettre son nez dans leurs opérations financières totalement opaques.

Nous avons aussi expérimenté des visites ethnographiques dans les quartiers riches, pour vaincre nos « timidités sociales ». Se promener dans les beaux quartiers, leurs cinémas, leurs magasins, leurs cafés, est un voyage dans un espace social. Il faut avoir de l’humilité pour accepter d’être remis à sa place, ne pas se sentir à l’aise, se sentir pauvre car vous ne pouvez pas vous payer une bière à six euros. Mais c’est une expérience émotionnelle, existentielle, qui permet des prises de conscience. Une forme de dévoilement de cette violence de classe.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

(@AgnesRousseaux)

 
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