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16.05.2008

1. MAI 68 ...LES GRAINES DE LA REVOLTE aux P.T.T.


J’avais vingt-cinq ans en mai 68. Mère de famille de deux garçons nés en juin 1964 et décembre 1965, j’effectuais mes quarante-deux heures de travail par semaine dans un central téléphonique au Raincy en Seine-Saint-Denis, « vissée » et casquée à mon meuble.

Je m’en détachais uniquement pour un aller-retour aux toilettes sollicité auprès de la surveillante, laquelle répondait positivement à ma requête pressante après que les petites lumières des appels d’abonnés aient cessé de clignoter."Madame, je peux faire un aller-retour s'il vous plaît ?". C'était la formule consacrée.
 
La demande et la réponse avaient pour effet de m’irriter et me donnaient parfois envie de me soulager sur place en signe de protestation contre ce que je considérais être un excès d'autorité. Mais la honte eût été de mon côté. Je me souvenais de mon pipi dans la culotte en CE1 après un refus de la maîtresse. Je n’avais pas d’autre choix que de la maudire en silence ou parler dans les moustaches que je n’ai pas.
 
Une fois je m'étais "lâchée". "Vous irez quand il n'y aura plus d'appels". Je m'étais levée en criant  "j'en ai marre, vous me faites ..... " et j'avais claqué la porte en sortant. C'était un samedi matin au service télégraphique. J'avais repris ma place après un aller-retour comme il se doit.  A ma grande surprise je n'ai pas reçu de blâme.
 
Après mai 68 nous quittions notre poste en disant simplement : "Madame je vais aux toilettes". Tout ceci peut paraître anodin, futile, mais l'accumulation de petits faits que nous considérions comme des atteintes à notre dignité plombait les relations avec les Cadres.
 
 Nous étions notées au rendement et à la manière de servir. Les opératrices avaient intérêt à se précipiter sur les appels pour ne pas se faire rappeler à l’ordre par la vieille fille assise en milieu de salle . C’était assez désagréable de sentir ses yeux inquisiteurs dans notre dos surveiller tous nos faits et gestes. Parfois elle « s’introduisait » sur notre ligne par surprise pour contrôler les communications.

Un cahier d’incidents sur son bureau consignait les petites anomalies du jour, de la crise de larmes d’une fille, d'un malaise,  aux retards de prise de service. J’eus l’honneur d’y figurer en bonne place, un beau matin où j‘avais eu une panne d‘oreiller d‘un quart d‘heure. « Madame Crecq est arrivée en retard en s’excusant de n’avoir pas entendu son réveil ».  Je trouvais la chose ridicule.

Nous avions l’interdiction de parler, mais il nous arrivait quand même de braver l'autorité et de chuchoter lorsque le besoin s’en faisait sentir.

D’un côté la course au rendement, répondre à l'attente des usagers pas toujours compréhensifs et de l’autre les interdictions, les notations comme à l’école que nous avions quittée depuis pas mal d'années pour certaines.
 
Mon congé de maternité m’avait valu une baisse de notation et je ne l’avais pas digéré. Je l’avais ressenti comme une injustice et j’avais osé cette petite remarque à l’adresse du Chef de Centre : « ce sont les hommes qui nous mettent enceinte et ce sont les femmes qui trinquent » ; ça ne volait pas haut mais ça m'avait fait du bien.
 
Le petit groupe de syndicalistes C.G.T. que nous formions autour d’Estelle, une camarade à la quarantaine sonnée, une fille dynamique qui n'avait pas sa langue dans sa poche, nous avait valu le doux nom de « clique" à Martin par un Contrôleur Divisionnaire peu amène à notre égard. 

Nous nous sentions dévalorisées. Mener de front deux journées dans une en essayant d’être au top dans tous les domaines et se sentir déconsidérées, infantilisées par des « supérieures » dont certaines avaient grimpé les échelons à la force des ans, sans examen ni concours, faisaient germer les graines de la révolte.

 
C'était en avril 1968. Ce n'était que le début d'un long conflit, d'autres solidarités.
 
 
 

 

Commentaires

C'est vrai qu'on en bavait nous les femmes au boulot, j'ose espérer que ces temps sont bien révolus !!!
Tu me rappelles une histoire que je vais mettre chez moi !
Bisous ma Camarade !
Biche

Ecrit par : Biche | 16.05.2008

heraime se rappelle qu'il passait le diplome de dessinateur industriel en mai 68 et je me souviens des jours qui ont suivi.Notre prof d'éléctricité qui fumait comme un pompier nous disait en rentrant en cours :c'est bon ,vous pouvez fumer.C'est dingue non.Bises ma MICHE.

Ecrit par : heraime | 16.05.2008

Un tournant dans les tètes
qui ...perdure chez certains sexagénaires
mais que je plains la jeunesse au boulot...
de nos jours !
amitiès ouvrières

Ecrit par : ventdamont | 17.05.2008

des souvenirs en pagaille la dame des postes.... quand je suis entrée aux CCP en 1982 la surveillante était toujours au milieu et nous les petites fourmies nous travaillions sur des grandes tables avec à la main à chaque prise de service ou changement de position notre petit "baise en ville" dans lequel était rangé notre matériel personnel à usage professionnel et le petit tampon numéroté à apposer sur chaque fiche, chèque, courrier.... traité et par lequel on pouvait nous pister, nous contrôler, nous vérifier.... mais pour le pipi plus de problème... comme quoi les choses avaient évolué lOl ... Bisous
ANNIE

Ecrit par : Maminie | 17.05.2008

Bien raconté ma Miche, avec la spontanéité que je connais..

Tu sais, ton récit me fait penser à ces plus ou moins jeunes qui à l'heure actuelle ont les yeux fixés sur l'écran de l'ordinateur et font du télé-marketing sous l'oeil extrêmement vigilant non plus d'une vieille fille mais d'un supérieur bien cravaté!c'esy le nouvel esclavage!

Allez, continue ma Miche, et ne fais plus pipi dans ta culotte ( oh!!!!)

Bises dominicales

betty

(Dis, t'as vu "le Henri",il est victime de harcèlement......je cours à sa rescousse?)

Ecrit par : betty | 18.05.2008