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18/02/2015

LE SECOND MAITRE HENRI MARTIN est décédé

Trois ans en prison pour la paix du monde, trois ans en prison pour la liberté d’un peuple
 

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Henri MARTIN, berrichon comme moi, a été mon premier héros de petite fille

"LIBEREZ HENRI MARTIN" était inscrit sur tous les murs, le long des voies ferrées qui menaient du Cher à Paris.

Une responsable amie de l'Union des Femmes Françaises, Léa,

m'avait emmenée chez ses parents à ST FLORENT SUR CHER pendant son incarcération.

Mon père l'avait côtoyé dans les maquis du Cher.

On parlait souvent de lui à la maison.

J'étais jeune, je n'ai pas oublié.

Je ne pouvais passer sous silence son parcours héroïque.
 
 
 
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En 2008, dans un entretien avec l'Humanité Dimanche, Henri Martin racontait son engagement, de maquisard FTP puis dans l'armée contre l’Allemagne nazie avant de s'opposer à la « sale guerre » engagée par la France pour garder ses colonies d’Indochine.

1948 : la guerre en Indochine déclenchée en 1946 avec le bombardement de Haiphong s'enlise. Le contingent français ne parvient pas à enrayer l'influence politique et militaire des combattants indépendantistes vietnamiens dirigés par le communiste Hô Chi Minh.

De jeunes soldats français, anciens de la Résistance, s'opposent sur le terrain à cette guerre coloniale de reconquête où l'armée multiplie les exactions. Parmi eux Henri Martin.

À 17 ans, il a rejoint les FTP, puis s'est engagé dans l'armée d'abord contre l'Allemagne puis contre le Japon, qui occupe la Cochinchine, avant d'être entraîné dans cette sale guerre qui finira en 1954. Son opposition à la guerre le conduit devant les tribunaux militaires. Il raconte...

http://www.humanite.fr/henri-martin-une-conscience-dans-la-sale-guerre-dindochine-565806

 

 Photo : DR

 

 

http://www.memoiresvivantes.com/projets/partie.php?id=66

 

Au matin du 14 Mars 1950, une rumeur court dans les quartiers populaires du port de Toulon.
On aurait arrêté, la nuit précédente sept jeunes marins coupables d’avoir agi contre la guerre d’Indochine.
On parle même de sabotage.


Très vite les choses sont confirmées par les autorités. Parmi les jeunes marins (deux seulement passeront devant le tribunal militaire) l’un deviendra bientôt un symbole pour la jeunesse. Il s’agit d’Henri Martin.
Il est enfermé à la prison maritime.


L’affaire Henri Martin commence.

La Résistance

Né en 1926 à Rosières , petite cité industrielle du Cher, Henri Martin est issu d’une famille modeste, son père est ouvrier aux fonderies de la ville. Les études primaires terminées, il apprend le métier de mécanicien..
En 1943 jeune ouvrier, il n’a pas encore 17 ans, révolté par l’ occupation nazi, Henri Martin prend contact avec la Résistance.


Il distribue des tracts, camoufle des armes, assure des liaisons avec le maquis. Il rejoint alors les FTP du Cher et participe à la libération du département.


C’est là qu’il adhère au Parti Communiste Français. Le 14 Novembre 1944 il se porte volontaire pour aller combattre sur le front de Royan, la dernière poche nazie dans la France libérée.


Le 1er Février 1945 il s’engage dans la marine. Le Japon occupe encore l’Indochine et une campagne est lancée par les autorités.

Des affiches clament en direction des jeunes; "Français tu dois délivrer l’Indochine de l’hydre japonaise" ou encore "Français, l’Indochine est captive".


Ainsi, le 5 Octobre 1945, Henri Martin est affecté à l’aviso Chevreuil qui appareille pour l’Indochine le 16 et en Novembre arrive à Haïphong.

L’honneur du marin

Là, peu à peu, la réalité s’impose à lui, c’est une guerre de reconquête coloniale, la France ne combat pas les japonais mais les vietnamiens dans leur propre pays.


Et surtout il découvre chez les vietnamiens le même sentiment qui l’avait poussé , lui, à entrer dans la résistance: le patriotisme.


Lors de son procès à Toulon, Henri Martin dira à ses juges: "j’avais 16 ans quand j’ai commencé à distribuer des tracts qui appelaient la population de mon village à lutter contre l’occupant. Après avoir combattu les armes à la main dans les maquis du Cher, j’aurai pu rentrer chez moi. J’avais 17 ans. Je ne l’ai pas fait. Je suis allé sur le front de Royan. Là, j’avais un capitaine de 24 ans qui savait conduire des hommes.

Il est tombé face à l’ennemi, le 3 Décembre 1944. avant de mourir il nous a dit : "les gars il faut lutter jusqu’au bout pour la justice et la liberté."Je tiens cet engagement aujourd’hui encore en me battant contre la guerre injuste du Viêt-Nam. Ce faisant je défends mon honneur de marin."

5 ans de bagne

L’accusation de sabotage sera abandonnée, mais le 19 Octobre Henri Martin sera condamné à 5 ans de réclusion.


Ce procès sera cassé et un autre se déroulera à Brest. Finalement Brest confirmera le verdict de Toulon.


C’est alors que la campagne pour sa libération prendra de l’ampleur. Les multitudes d’initiatives, sous des formes mille fois différentes, la pression constante auprès des plus hautes autorités ont fait de la campagne pour la libération d’Henri Martin, un des plus grands moments de la lutte pour la Paix au Vietnam.

Il sera libéré au bout de 41 mois, le 2 Août 1953.

 ***

*

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Il y a soixante ans :
les Affaires Raymonde Dien et Henri Martin

« Henri Martin, Raymonde Dien (bis)
N’ veulent pas qu’on tue les Vietnamiens (bis)
Ils aiment tant la paix
Qu’aux juges ils sont suspects
 »

Il arrive encore que des femmes et des hommes, disons d’un certain âge, anciens (ou toujours actuels) militants, entonnent ce refrain lorsqu’on évoque devant eux la lutte contre la guerre d’Indochine. Longtemps, ces noms de très jeunes gens (elle : 21 ans, lui : 22 ans), arrêtés en février et mars 1950, ont été mêlés, comme symboles – un gars, une fille – de l’hostilité de la jeunesse française à la « sale guerre ».

Aujourd’hui encore, beaucoup s’en souviennent. Comme quoi la mémoire anticolonialiste a la vie dure. Quant à ceux qui n’ont pas connu ces années, il n’est jamais inutile de leur rappeler ce que furent, alors, les luttes.

Raymonde Dien, jeune militante communiste d’Indre-et-Loire, est la première arrêtée. Le 23 février 1950, elle s’est couchée sur les rails, juste devant un train chargé d’armes et de munitions à destination de l’Indochine, en gare de Saint-Pierre-des-Corps. Elle est interpelée le jour même et incarcérée à Tours, puis à Bordeaux et accusée de « complicité de détérioration de matériel susceptible d’être employé pour la Défense nationale » (la défense nationale, c’est bien connu, était alors à 12 000 km de la métropole). Elle est défendue par Me Jacquier-Cachin, la fille du directeur de L’Humanité. Finalement, Raymonde Dien, reconnue coupable, mais bénéficiant de circonstances atténuantes (!), est condamnée, le 1er juin, à un an de prison ferme. A la veille de Noël, elle bénéficiera finalement d’une libération (légèrement) anticipée.

Il n’empêche. Pour une action contre la guerre du Vietnam, une très jeune fille, une militante de la paix, venait de passer dix mois en prison.

Le cas Henri Martin était différent. En 1945, lorsque le territoire métropolitain est à peine libéré, Henri Martin, jeune communiste dès 16 ans, maquisard FTP à 17, s’engage dans la Marine. Appelé en Indochine, il est persuadé qu’il va affronter l’armée japonaise, alliée des nazis. Mais, lorsqu’il arrive sur place, les Japonais sont déjà désarmés, et il est témoin, à son corps défendant, des premiers combats contre le Viet Minh. C’est à ce moment seulement qu’il entend parler, pour la première fois, d’un certain Ho Chi Minh et de l’indépendance, nouvellement proclamée, du Vietnam. De retour en France, il est affecté à l’Arsenal de Toulon. Pour lui, il reste, sous l’uniforme, un citoyen. Il commence donc un travail d’intense propagande au sein de l’armée : distributions de tracts, de la presse anti-guerre, inscriptions à la peinture etc. Ce qui devait arriver arrive : Henri est arrêté par la Gendarmerie militaire le 14 mars 1950. En plus des motifs classiques, atteinte au moral de la nation, agitation politique illégale au sein de bâtiments militaires, l’accusation veut lui mettre sur le dos un acte de sabotage. Lors du procès, l’édifice s’écroulera, et Henri sera définitivement lavé de cette indignité par le Jury, pourtant militaire. Restera, donc, un procès politique, et seulement politique.

Pour cette seule activité – certes interdite –, le jeune marin va être condamné à cinq années de prison ! Il en fera finalement plus de trois, avant d’être gracié (de mauvaise… grâce) par le président Auriol, en août 1953.

Les affaires Raymonde Dien et Henri Martin vont permettre à la propagande anti-guerre de prendre une dimension nouvelle. Les deux emprisonnés avaient des profils comparables : jeunes, déterminés, ils avaient su tenir tête à leurs juges, transformer leurs procès en actes politiques, retourner la situation, devenir eux-mêmes procureurs des crimes que commettait alors la IVe République au nom de la France.

Surtout, le PCF et des organisations qui luttaient à ses côtés, l’UJRF (ancêtre des Jeunesses communistes), la CGT, l’Union des Femmes françaises, le Secours populaire, menèrent une campagne intense, d’une variété et d’une amplitude exceptionnelles. Un temps, la France entière parla des deux jeunes gens : meetings, prises de parole, lâchers de tracts, inscriptions à la peinture dans les lieux les plus invraisemblables, représentations de théâtre militant… En cette période de guerre froide, synonyme de clivages politiques forts entre le PCF et la quasi totalité des autres forces politiques, la campagne pour Raymonde Dien et Henri Martin fut par ailleurs un des rares moments où les communistes brisèrent leur isolement. Jean-Paul Sartre, le premier, s’engagea fortement pour la libération d’Henri Martin, entraînant derrière lui l’équipe des Temps Modernes, mais aussi Michel Leiris, Hervé Bazin, Vercors, Prévert (son célèbre poème « Entendez-vous, gens du Vietnam » lui est dédié)… L’équipe d’Esprit, avec Jean-Marie Domenach, mena également campagne. Des milliers de militants socialistes, voire MRP, des élus non communistes s’engagèrent.

Et la guerre d’Indochine ? Elle était omniprésente dans les thèmes mis en avant. Les accusés eux-mêmes, tout au long des procès, ne parleront que de cela. La presse d’opposition, s’appuyant sur la popularité grandissante des prisonniers, dénonça crescendo la « sale guerre », menée contre la liberté et l’indépendance d’un peuple – en cela, cette campagne reste un moment fort de l’histoire de l’anticolonialisme français – mais aussi contre les intérêts de la nation française, au seul bénéfice de la stratégie américaine de refoulement du communisme.

Trois ans et demi après la libération de Raymonde Dien, dix mois après celle d’Henri Martin, l’armée française subissait en Indochine, à Dien Bien Phu, son plus cruel revers (7 mai 1954). Puis, ce furent les accords de Genève (20 juillet).

Qui avait raison, des va-t’en guerre (avec le sang des autres) ou des militants emprisonnés ?

Alain Ruscio
 

 

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Aujourd’hui, alors que d’autres conflits font rage, alors que d’autres régions

sont victimes d’agressions étrangères,

il n’est pas inutile de se souvenir que l’action populaire peut faire reculer les guerres

et les gouvernements qui les mènent.

Alain RUSCIO

Historien, spécialiste de l’histoire de l’Indochine coloniale

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