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20/10/2015

Gérald BLONCOURT, un homme engagé

Le plasticien et photographe haïtien Gérald Bloncourt à Paris, le 21 juillet 2015. © Philippe Triay/La1ere.fr

Il a connu André Breton, Aimé Césaire, Georges Brassens, Pablo Picasso, le peintre cubain Wifredo Lam, le révolutionnaire vietnamien Ho Chi Minh, les écrivains haïtiens Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis et René Depestre, et bien d’autres personnes encore, des anonymes dont il garde des souvenirs encore vifs. 
 
A 89 ans, Gérald Bloncourt a encore une poigne de fer quand il vous serre chaleureusement la main, l’œil aiguisé, le sourire aux lèvres, et une excellente mémoire. Devant un café dans son appartement parisien proche du Faubourg Saint-Antoine, il rappelle ses années de jeunesse.
 
Le peintre haïtien est né en 1926 à Bainet (Haïti), d’une mère française et d’un père guadeloupéen, venus tenter l’aventure dans la seule île indépendante des Caraïbes à cette époque. Il passe toute son enfance à Jacmel dans le sud d’Haïti et son adolescence dans la capitale Port-au-Prince.
 

"Autodidacte"

« J’ai été engagé très jeune politiquement », confie-t-il. « Pour cela j’ai d’ailleurs été viré du séminaire collège où j’étudiais. Puis j’ai rejoint la classe ouvrière, tout en continuant à peindre. Je suis autodidacte. » En 1944, Gérald Bloncourt participe à la fondation du Centre d’art haïtien à Port-au-Prince, qui marque l’entrée et la reconnaissance de la peinture haïtienne sur la scène internationale. Deux ans plus tard, il devient l’un des principaux dirigeants des journées dites des « Cinq Glorieuses », avec les écrivains Jacques Stephen Alexis et René Depestre.

REGARDEZ. Gérald Bloncourt évoque son engagement politique, le communisme et son adhésion au marxisme  

 

 


Ces journées de contestation révolutionnaire entraînent le renversement du gouvernement Lescot en janvier 1946. Mais une junte militaire lui succède. « J’ai alors été arrêté à plusieurs reprises puis finalement expulsé d’Haïti », précise Gérald Bloncourt. « Interdit de transit sur le territoire des Etats-Unis où j’étais considéré comme terroriste, je me suis retrouvé dans la République dominicaine du dictateur Trujillo, où j’ai été aussi arrêté.
Puis grâce à André Breton et l’écrivain français Pierre Mabille (alors conseiller culturel de l'ambassade de France à Port-au-Prince, ndlr) j’ai pu prendre un bateau pour Fort-de-France. »

Après quelques mois passés en Martinique, Gérald Bloncourt s’installe à Paris où il poursuit ses activités artistiques. Egalement passionné de photographie, il se lance dans le photojournalisme en 1948, d’abord comme responsable du service photo du quotidien communiste l’Humanité, puis comme reporter indépendant avec d’autres grands journaux de la place comme Le Nouvel Observateur, L’Express, Le Nouvel Économiste et Témoignage Chrétien, entre autres. Il couvrira de nombreux conflits sociaux et internationaux, comme la Révolution des Œillets au Portugal et la guerre du Front Polisario contre le Maroc au Sahara occidental.

 

Ma culture est haïtienne, ma vie, mes racines sont haïtiennes. C’est Haïti qui m’a tout donné et où j’ai tout appris. Haïti c’est quand même la première révolution victorieuse d’esclaves et d’affranchis. C’est un peuple magnifique. Un peuple de créateurs dans un creuset culturel."


 Parallèlement, Gérald Bloncourt continue de s’adonner à la peinture, sa passion. « C’est un besoin. Je peins depuis que je suis gamin. C’est ma façon de m’exprimer et de communiquer ». Ses œuvres (tableaux, dessins, gravures) sont principalement exposées en France, en Haïti et aux Etats-Unis. Il publiera également de nombreux ouvrages, des récits, essais, poésies et des albums de ses photographies (plus de détails sur le blog de Gérald Bloncourt ici), tout en militant activement sur le plan politique, notamment contre la dictature des Duvalier. Après la chute de « Baby Doc » en 1986, Gérald Bloncourt se rendra en Haïti, après quarante ans d’absence.    

 
Un pays auquel il reste viscéralement attaché. « Ma culture est haïtienne, ma vie, mes racines sont haïtiennes. C’est Haïti qui m’a tout donné et où j’ai tout appris. C’est un pays très abîmé à cause des dictatures qui se sont succédé mais c’est un pays fabuleux. Haïti c’est quand même la première révolution victorieuse d’esclaves et d’affranchis, ce n’est pas rien. C’est un peuple magnifique. Un peuple de créateurs dans un creuset culturel. »
 
Cependant Gérald Bloncourt avoue ne pas souhaiter visiter son pays natal actuellement. « Tout ce que j’ai connu a été détruit durant le séisme. Tout est encore par terre. Je n’ai plus le courage de voir ça. Et puis je ne peux pas supporter d’être invité à des réceptions pour boire du champagne alors que le peuple crève », déplore-t-il. 

 

 

 
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