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01/08/2016

PLONGER dans "l'Abîme" de Rollinat le berrichon

 

 

 

 

 

C'est ce que j'ai fait ce matin, le sommeil m'ayant abandonnée

Je reviens à mes premières Amours : la poésie

et j'ai choisi un "païs" , un poète berrichon

**

*

 

 Ce recueil est aussi le plus synthétique de tous les ouvrages en vers de Rollinat. Le poète avait souhaité composer un livre sur la condition humaine. Dans L'Abîme, Rollinat examine en grande partie les vices humains, à la manière des moralistes du XVIIe siècle. On trouve dans la réflexion de Rollinat des échos pascaliens (La chanson de l'Ermite) quant à la place de l'homme dans l'univers, mais surtout une fascination pour l'intériorité humaine (La genèse du crime, Le faciès humain), regorgeant de pouvoirs insoupçonnés, de pulsions et de projets souvent vains. L'Abîme offre un constat accablant de la nature humaine et de sa destinée. La vie, déplorable, ne sera pas, selon Rollinat, excusée par la mort. À la fin du recueil, notamment dans Requiescat in Pace, le poète, cynique, fait de la mort un juge sans Dieu au sein de laquelle l'homme n'aura aucun droit au pardon.

 

 

La poésie de Rollinat : de la Nature à la condition humaine

Je plongerai encore dans "l'Abime" (1886) et je n'ai pas l'intention de m'arrêter là.

Je vais le suivre dans ses

"Névroses" (1883)

et dans

"Les Brandes" (1877)

 

 

LE MAUVAIS CONSEILLEUR

 

« Pour chacun sois bon compère :
Papillonne avec l’oiseau,
Ondule avec la vipère.

La mauvaise foi prospère :
Taille ton âme en biseau.
Pour chacun sois bon compère.

L’Aigle et toi faites la paire ;
Double aussi le vermisseau.
Ondule avec la vipère.


Avec le chat délibère,
Mais préviens le souriceau.
Pour chacun sois bon compère.

Sers l’hyène et coopère
Au vautrement du pourceau.
Ondule avec la vipère.

Ne fais jamais le Cerbère :
Veux-tu le meilleur morceau ?
Pour chacun sois bon compère.

Suivant le cas, réverbère
La lumière ou le boisseau.
Ondule avec la vipère.

Radote avec le grand-père,
Pêche avec le jouvenceau.
Pour chacun sois bon compère.


Le jeu t’ouvre son repaire,
Entres-y sans un sursaut !
Ondule avec la vipère.

Devant qui se désespère
Change ton œil en ruisseau.
Pour chacun sois bon compère.

Flatte, souscris, obtempère,
Dis : blanc, noir, bleu, vert, ponceau.
Ondule avec la vipère.

Mens ! la franchise exaspère.
Être vrai, c’est être sot.
Pour chacun sois bon compère,
Ondule avec la vipère. »

— Notre égoïsme hélas ! comme un fil conducteur
Nous transmet cet avis du mauvais chuchoteur,

Le simple en est troublé, le sage le discute,
Caria pauvre âme humaine est un gouffre écouteur,
Un abîme indécis qui songe, qui suppute,
Et dans le fond duquel, toujours plus scrutateur,
Vertigineusement, de minute en minute,
Le bruit du mal se répercute.

 

 

 

L’EXPÉRIENCE

 

À mesure que le temps fuit
Nous voyons que tout est semblance,
Vaine enveloppe, faux enduit ;
Que Demain remplace Aujourd’hui
Dans une fixe équivalence,
Que c’est le Mal qui nous séduit
Et que la vertu se réduit
Quand on la pèse à la balance.

Notre âme alors devient l’étui
D’un poison plein de virulence ;

Le deuil mêle ses coups de lance
Aux coups d’épingle de l’ennui,
Et le Démon qui nous a nui
Active encor sa vigilance.

Cependant que le jour, la nuit,
Où qu’on se traîne, où qu’on s’élance,
Un double fantôme nous suit
Qui nous hèle et qui nous relance :
La Vie humaine avec son bruit
Et la Mort avec son silence.

 

LA CURIOSITÉ

 

S’étant dit que l’on sort de l’énigme pour naître,
Comme on y rentre pour mourir,
Et qu’entre ces deux nuits, l’espace à parcourir
Reste impénétrable à ton être,

Ton esprit refermé ne veut plus rien connaître,
Rien rechercher, rien découvrir ;
Nulle tentation ne pourra plus ouvrir
Cette inexorable fenêtre.


Ainsi, tu ne fais seulement
Qu’espionner graduellement
Ta chair, ton Âme et ton cœur d’homme

Dépouillé de sa vanité.
— Eh ! mais… la Curiosité :
Ce n’est pas autre chose, en somme.

 

L’OUBLI

 

Outre les heures du sommeil
Dont la trêve est souvent mensonge,
Puisque plus d’un horrible songe
Vient nous y redonner l’éveil,

Il est des heures de magie
Pendant lesquelles, sans pensers,
On existe tout juste assez
Pour savourer sa léthargie.


Alors le projet en chemin
D’un seul coup s’arrête et se fige :
On perd jusqu’au dernier vestige
De son harcèlement humain.

Dans un croupissement d’extase
Gît votre personnalité,
Aplatie en totalité
Sous l’énorme oubli qui l’écrase.

Maint coupable connaît cela :
Il aspire à ces moments-là
Où sur son âme noire et double,

Vide de remords et de mal
Il flotte inerte et machinal
Comme un crapaud sur de l’eau trouble.

 

 

Son père, François Rollinat, était député de l'Indre à l'Assemblée constituante en 1848 et fut un grand ami de George Sand. Issu d'un milieu cultivé, Rollinat se met très tôt au piano, pour lequel il semble avoir de grandes facilités. Dans les années 1870, il écrit ses premiers poèmes. Il les fait lire à George Sand, qui l'encourage à tenter sa chance à Paris. Il y publie son premier recueil Dans les brandes (1877), qu'il dédie à George Sand mais qui ne connaît aucun succès.

Il rejoint alors le groupe des Hydropathes, fondé par Émile Goudeau, où se rassemblent de jeunes poètes décadents se voulant anticléricaux, antipolitiques et antibourgeois. Plusieurs soirs par semaine, la salle du Chat noir, célèbre cabaret parisien dans laquelle on croise Willette ou Antonio de La Gandara, se remplit pour laisser place à l'impressionnant Rollinat.

Seul au piano, le jeune poète exécute ses poèmes en musique. (Il mit aussi en musique les poèmes de Baudelaire). Son visage blême, qui inspira de nombreux peintres, et son aspect névralgique, exercent une formidable emprise sur les spectateurs. De nombreuses personnes s'évanouissent, parmi lesquelles notamment Leconte de Lisle et Oscar Wilde.

Ses textes, allant du pastoral au macabre en passant par le fantastique, valent à Rollinat une brève consécration en 1883. Cette année-là, le poète publie Les Névroses, qui laisse les avis partagés. Certains voient en lui un génie ; d'autres, comme Verlaine dans Les Hommes d'aujourd'hui, un « sous-Baudelaire », doutant ainsi de sa sincérité poétique.

Cependant, grâce aux témoignages et aux travaux biographiques, nous savons que Rollinat fut toute sa vie très tourmenté et que ses névralgies ne l'épargnèrent guère. Son ami Jules Barbey d'Aurevilly écrira que « Rollinat pourrait être supérieur à Baudelaire par la sincérité et la profondeur de son diabolisme ». Il qualifie Baudelaire de « diable en velours » et Rollinat de « diable en acier ».

 
Rollinat chantant au piano
(d'après une aquarelle de Gaston Béthune).

Malade et fatigué, Rollinat refuse d'être transformé en institution littéraire. Il se retire alors à Fresselines, en 1883, proche de l'École de Crozant dans la Creuse, pour y continuer son œuvre. Il s'y entoure d'amis avec lesquels il partagera les dernières années de sa vie. Pendant les vingt années passées à Fresselines, il publiera cinq livres de poèmes : l'Abîme (1886), La Nature (1892), Le Livre de la Nature (1893), Les Apparitions (1896) et Paysages et Paysans (1899), ainsi qu'un recueil en prose : En errant (1903).

Alors que sa compagne, l'actrice Cécile Pouettre meurt, Rollinat tente plusieurs fois de se suicider. Son ami, le peintre Eugène Alluaud, le veille et s'inquiète. Malade, probablement d'un cancer, le poète est transporté à la clinique du docteur Moreau à Ivry où il s'éteint en octobre 1903, à l'âge de 56 ans.

Il repose au cimetière Saint-Denis de Châteauroux.

Il en était venu à être oublié de ses contemporains.

 
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