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01/05/2017

EDIFIANT. SE REINVENTER avec EN MARCHE ... OU MOURIR .

A LIRE SANS MODERATION

Mais pourquoi donc un équipage socialiste referait-il surface après la présidentielle, puisqu'En marche ! se présente comme un tout nouveau mouvement, dépassant les anciens clivages ? Peut-être tout simplement parce qu'En marche ! n'est rien d'autre que le nouveau nom du Parti socialiste, tel qu'il a été théorisé par François Hollande lui-même.

Pour le comprendre, il suffit de lire une page d'un des ouvrages les plus commentés de l'année 2016 : «  Un Président ne devrait pas dire ça… », de Gérard Davet et Fabrice Lhomme (lisible dans Libération). Dans cet ouvrage, nous apprenons que le chef de l’Etat a milité pour un changement de nom du Parti socialiste.

Le 11 décembre 2015, alors qu'il reçoit à l’Elysée les deux journalistes du Monde, Hollande veut s'entretenir avec eux du parti qu'il a dirigé pendant dix ans et de la stratégie électorale à adopter dans la perspective de l'élection présidentielle de 2017. Selon lui, le PS ne serait pas adapté à la nouvelle géographie de la gauche :

« Tant qu’il y avait des partis de gauche, les communistes, les Verts qui acceptaient de faire alliance avec le PS et qui représentaient quelque chose, on n’avait aucun intérêt à refonder le PS, analyse le chef de l’Etat. Mais dès lors que ces alliés se sont rigidifiés, sectarisés, il faut faire sans ces partis-là. Comment ? Avec le parti le plus important, on en fait un nouveau qui permet de s’adresser aux électeurs ou aux cadres des autres partis. Ce que vous ne faites plus par les alliances, vous le faites par la sociologie. Par l’élargissement. C’est une œuvre plus longue, plus durable, moins tributaire d’alliances. Vous pouvez imaginer que viennent aussi des gens qui n’ont jamais fait de politique partisane, des gens du centre… »

 

François Hollande est alors sur la ligne de son Premier ministre, Manuel Valls, qui avait déjà, dans une interview à l’Obs en octobre 2014, appelé son parti à se « réinventer ou mourir » et dépasser « cette gauche passéiste ». Déjà Valls avait milité pour un changement de nom du Parti socialiste. Si Hollande n'était pas à ce moment-là sur sa ligne, en décembre 2015 il avait manifestement changé d'avis. « Le PS ne peut se dépasser que si d’autres viennent le rejoindre, considérait-il. Chaque fois que j’en parle à Cambadélis, il me dit : “On va le faire, on va le faire”. Mais ça tarde ».

Hollande paraît alors "pressé", nous dit-on dans Libération. Il veut que son projet aboutisse "au début de l’année 2016" :

« Il y a intérêt à le faire dans la perspective d’une élection présidentielle plutôt qu’au lendemain. »

Comment rebaptiser alors ce nouveau Parti socialiste ?

« Le meilleur [nom, ndlr] qu’on pourrait trouver, c’est le Parti de la gauche, quand on y réfléchit bien », confesse-t-il. « Comme on ne peut pas s’appeler comme ça, il y a le Parti du progrès. Le parti des progressistes. On peut y mettre des écolos. C’est facile à comprendre : vous êtes pour le progrès ? Oui. Le progrès social, humain. »

Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Les valeurs revendiquées par En marche ǃ sont précisément "le rejet de toute forme de conservatisme, une adhésion proclamée au progressisme, l'attachement à l'Union européenne, l'adaptation économique de la France à la mondialisation et l'engagement de moraliser et moderniser la vie politique française."

Voici encore ce qu'on lit dans la charte du mouvement d'Emmanuel Macron, lancé le 6 avril 2016, c'est-à-dire à peu près dans les temps fixés par Hollande pour le lancement du nouveau Parti socialiste :

"Nous préférons l’innovation à tous les conservatismes. Nous refusons de penser qu’il n’y a de salut que dans un retour vers le passé et pensons au contraire que l’avenir de la France nécessite de renouer avec l’idée de progrès. Nous croyons de manière radicale au progrès collectif et à l’émancipation individuelle : la transformation de la société est une nécessité de justice autant que d’efficacité."

Gérard Davet et Fabrice Lhomme, pas plus que Libération, qui a publié ces passages du livre, n'ont fait le rapprochement entre le projet de François Hollande et le mouvement En marche !, préférant conclure :

"Finalement, de changement de nom du PS, il n’y en a pas eu. Juste, en avril 2016, le lancement de cette Belle alliance populaire (la BAP), une ébauche de débauchage de quelques personnalités de la société civile et de transfuges d’EE-LV pro-gouvernement, sans la gauche du PS. Pas franchement un dépassement."

Le PS de Benoît Hamon est mort, ou moribond, et c'est précisément ce que François Hollande et Manuel Valls avaient compris. En marche ! incarne la mue du Parti socialiste, dans sa version Terra Nova, résolument tourné vers les gagnants de la mondialisation, mais aussi les femmes, les jeunes et les populations immigrées (selon la stratégie qui avait été mise en place en 2012 dans l'espoir de la candidature de Dominique Strauss-Kahn).

Il n'est d'ailleurs pas anodin de noter l'influence du lobby bancaire, et, plus particulièrement, de la banque Rothschild (dont est issu Emmanuel Macron) dans ce think tank :

"Terra Nova a été critiquée pour une supposée influence du « lobby bancaire ». (...) Pour Laurent Léger, journaliste à Charlie Hebdo, en 2013, le poids des financiers est devenu considérable au sein de Terra Nova : BNP Paribas y siège, ainsi qu'Ernst et Young, un des principaux cabinets d'audit financier au monde. Mais le journaliste pointe tout particulièrement la banque Rothschild, également présente par le biais de l’un de ses associés au sein du conseil d'administration, Guillaume Hannezo, lequel « est omniprésent depuis juin 2012 et se montre particulièrement interventionniste, sans commune mesure avec les autres administrateurs. »"

 Il y a un an environ, Jacques Attali, mentor de François Hollande et aussi d'Emmanuel Macron, avait annoncé la stratégie du pouvoir en vue de la prochaine élection présidentielle : proposer le visage neuf d'un parfait inconnu (il hésite alors entre Emmanuel Macron et Bruno Le Maire), auquel il se chargerait de fournir le contenu du programme :

Nous y sommes. Attali, Hollande & Co sont en passe de réussir leur pari. Ils ont floué le peuple français, tout en finesse. Le président le plus impopulaire de la Ve République est sur le point d'être réélu, à travers sa marionnette, sa créature. Chapeau l'artiste !

 La suite arrive dans une prochaine note.

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