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11/11/2017

Honoré par MACRON, LE TIGRE : Père la Victoire et Premier flic de France, briseur de grèves

Clémenceau


«Le père la victoire», lithographie (rehaussée d'aquarelle) de Georges Goursat, dit Sem, et «Clémenceau, le tigre», lithographie de G. Gautier (Historial de la Grande Guerre - Péronne, Somme, et © communiqué par l'Historial de la Grande Guerre).
© Yazid Medmoun/CG80

Ces deux dessins, qui croquent Georges Clémenceau (1841-1929), évoquent deux des surnoms de celui qui est redevenu président du Conseil en 1917 : le Tigre et le Père la Victoire. Ils résument l’immense popularité dont bénéficiait alors cet homme politique intransigeant, à l’extraordinaire longévité.

 

« Père la Victoire » marqué par la fameuse déclaration : « Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c'est tout un. Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique étrangère ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. »

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Ce n’est pas un hasard si le président de la République, Emmanuel Macron, se rend samedi dans l’appartement - devenu musée - du « Tigre », rue Benjamin Franklin à Paris (XVIe).

« Dans la mesure où un simple mortel peut incarner un grand pays, Georges Clemenceau a été la France ». Le mot est de Winston Churchill

Personnage politique controversé tout au long de sa carrière, l’ex-ministre de l’Intérieur « premier flic de France » autoproclamé du début du XXe siècle est une figure à qui il fait bon faire référence de nos jours. Une évolution récente d’un point de vue historique.

 « On n’essaie pas de dépouiller Manuel Valls de son Clémencisme bien au contraire » s’amuse-ton au Château.

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Valls, le fils de Clemenceau ? - 26 décembre 2016 - L'Obs

« Il n’y a pas de volonté de récupération, Il y a la nécessité d’un « héroïsme » en politique, il y a des moments où il faut ressaisir ces personnages dans leurs dimensions historiques incontestables malgré la controverse » explique un connaisseur du dossier du côté de l’Elysée.

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 Manuel Valls interviewé dans le bureau de Clemenceau,

CLEMENCEAU c'est un discours de gauche avant d’être au pouvoir ; des pratiques de droite en y étant. Cela rappelle un contexte beaucoup plus actuel…

« Macron se situe dans l’héritage de Clémenceau et son socialisme pragmatique opposé à la version idéaliste d’un Jaurès. Peut-être qu’il se représente comme un héros de la rénovation française, il trace sa voie malgré les critiques de président coupé du peuple, accusations autrefois portées contre Clémenceau » nous confie l’historien Jean Garrigues.

Quand on vous dit que cette célébration est tout sauf un hasard du calendrier….

« Au fond Clémenceau n’est pas seulement celui qui arrive en 17 pour reprendre les choses en mains. C’est l’homme politique qui fait un discours aux Français de remobilisation au moment où elle est la plus menacée. Il est la preuve que la parole et la volonté politique contribuent largement à la « victoire ».

Le « leadership » est important pour gagner les guerres, il a été exemplaire chez Clémenceau. Il a représenté une vraie force politique capable de remettre un pays sur le pont » confie au Parisien Sylvain Fort, la plume d’Emmanuel Macron à l’Elysée.

Le fondateur d’En Marche a lui choisi de célébrer un biais plus politique. Le volontarisme en politique est une qualité pour le locataire de l’Elysée, c’est une manière de le célébrer indirectement.

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Manifestation pour la journée de travail d’une durée de huit heures, À l’initiative de la CGT, le 1er mai 1906, à Paris.

Manifestation pour la journée de travail d’une durée de huit heures, À l’initiative de la CGT, le 1er mai 1906, à Paris.
Photo : Adoc-Photos
Un jour dans l'Humanité. Entre 1906 et les années 1910, le mouvement ouvrier mène la lutte syndicale avec la CGT face à un pouvoir, et son ministre de l’Intérieur, qui a recours à la force pour réprimer les luttes sociales. (2/34)

« Il y a eu une réhabilitation récente de l’image de celui qui venait de l’extrême gauche mais qui une fois au pouvoir est devenu l’ennemi juré des socialistes, le « briseur de grèves ». Elle est principalement venue de Manuel Valls qui a fait de Clémenceau son référent historique. Dans un contexte de guerre contre le terrorisme qui a surgi, ce que représentait Clémenceau, la fermeté et le respect de l’ordre républicain ont repris de la vigueur.

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Le samedi 10 mars 1906 une explosion dévaste la fosses n° 3 à Méricourt (Pas-de-Calais), appartenant à la compagnie des mines de Courrières. Par extension, les fosses n° 2 à Billy Montigny, et n° 4 à Salaumines sont touchées aussi. Cette catastrophe a causé la mort de 1099 personnes, ce qui en a fait la plus meurtrière de l’histoire des mines jusqu’à celle de Benxihu (Chine) en 1942. Rapidement, la gestion de la mine et celle de l’accident par la compagnie et les autorités publiques sont mises en cause et illustrent le mépris des capitalistes pour la vie des mineurs. La colère populaire va s’étendre à tout le bassin minier et au-delà.

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Le soir de la catastrophe, des milliers de personnes attendent devant les grilles du puit n°4 à Sallaumines, gardées par les gendarmes, en espérant avoir des nouvelles de leurs proches.

Le mardi 13 mars ont lieu les premières funérailles, dont 18 corps dont l’état ne permet pas l’identification. Pour ceux-là, une fausse commune est creusée à Méricourt. Les 18 cercueils, portés par des militants des jeunesses catholiques choisis par la compagnie, sont accompagnés par 15 000 personnes, malgré une tempête de neige. Pour tous les enterrements qui se succèderont à un rythme effréné pendant plusieurs jours, la compagnie impose une cérémonie religieuse, « même pour les familles de libres-penseurs », précise la presse. Mais la foule des mineurs et de leurs familles empêche les représentants de la compagnie de s’exprimer. Les syndicalistes mineurs Arthur Lamendin, député maire de Liévin, et Émile Basly, député maire de Lens, sont applaudis. Les cris de : « Vive la révolution ! Vive la Sociale ! Vive la grève ! » répondent à leurs discours.

Le contexte est celui d’une forte croissance économique, qui se traduit par une forte demande de charbon et donc un besoin croissant en main d’œuvre dans les mines. Ce besoin de main d’œuvre a obligé les compagnies a cédé à certaines revendications (responsabilité des patrons pour chaque accident en 1898, journée de 10h en 1900, puis de 8h pour les mineurs du fond votée en 1905 pour s’appliquer progressivement entre 1906 et 1908…). Mais les compagnies font aussi appel à une immigration organisée, notamment de mineurs du midi, et ferment les yeux sur l’embauche illégale des enfants de moins de 13 ans. 27% des mineurs ont alors entre 13 et 18 ans. Les compagnies donnent aussi la priorité aux travaux productifs sur les travaux de sécurité, comme l’évacuation du bois usagé.

Les profits sont alors impressionnants. De 1898 à 1904, la compagnie de Courrières a gagné 74 millions de francs : 41 millions ont été distribués aux actionnaires, 14 mis en réserve et 18 utilisés pour les travaux d’amélioration. La priorité est évidente. Les salaires baissés de 10% en 1902 sous prétexte d’une crise n’ont pas été remontés une fois la croissance revenue. Ils s’approchent de 5F par jour (dont une bonne moitié de primes variables selon la production) pour une journée qui reste à 10h malgré la diminution progressive prévue par la loi.

 

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***http://www.lemouvementsocial.net/comptes-rendus/serge-bianchi-une-tragedie-sociale-en-1908-les-greves-de-draveil-vigneux-et-villeneuve-saint-georges

Les événements sont connus : pendant une centaine de jours, du 2 mai au 4 août 1908, plus d’un millier d’ouvriers (terrassiers, carriers et mariniers), remarquablement organisés par leur syndicat, sont en grève pour des revendications multiples allant de l’augmentation de salaires à l’obtention d’une convention collective et la reconnaissance du fait syndical. Se heurtant à un patronat intransigeant et bien organisé qui fait appel aux « jaunes » et à la force publique pour assurer la liberté du travail, ils sont victimes des tirs d’un gendarme le 2 juin alors qu’ils étaient paisiblement assemblés dans leur lieu de réunion habituel. La mort de deux terrassiers entraîne l’escalade et la manifestation de protestation du 30 juillet, apportant le soutien des ouvriers parisiens et de la direction de la CGT, est chargée violemment par la gendarmerie et l’armée qui démantèlent quelques « barricades » et font la chasse aux manifestants : le bilan tragique de la journée se solde par 4 morts et près de 200 blessés parmi les ouvriers.

...l’on est étonné, avec l’auteur, de l’extrême précision de certains rapports policiers suivant heure par heure les débats des militants syndicalistes sur la décision de lancer ou non un appel à la grève générale. Il est vrai que le gouvernement de Clemenceau est excellemment renseigné et dispose d’agents bien placés pour jouer la carte de la provocation (chapitre 15, « Provocations et règlements de compte »). On se demande cependant si l’on a tiré tout le profit des archives judiciaires, les références à celles-ci semblant se faire surtout via les pièces du dossier de l’Intérieur.

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Clemenceau, briseur de grèves

12 Novembre 2014
 
 
 

Valls avait déjà déclaré son admiration pour Georges Clemenceau, une pièce de théâtre le met à l'honneur dans un face à face avec Jaurès, et le 11 novembre, au cours du défilé sur les Champs Élysées, Hollande est allé déposer une gerbe au pied de sa statue.

Clemenceau est ainsi devenu une référence pour les dirigeants socialistes actuels. Alors qu'ils célèbrent la fin de la Première Guerre mondiale, ils le présentent comme un artisan de la paix. On se demande pourquoi, car Clemenceau fut avant tout partisan de mener la guerre jusqu'au bout. Mais surtout, ils passent tous sous silence que le « premier flic de France », ainsi qu'il se dénommait, fut l'artisan de répressions féroces contre le mouvement ouvrier.

En 1906, après la catastrophe de la mine de Courrières, des grèves de mineurs ont secoué le Nord et le Pas-de-Calais. Pour tenter de les briser, Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur, envoya la troupe. En 1907, alors qu'il était depuis plusieurs mois président du Conseil, eut lieu la révolte des vignerons dans le midi de la France. Cinq manifestants furent tués, et si le bilan ne fut pas plus lourd, c'est parce que le 17e régiment d'infanterie décida de mettre « la crosse en l'air » en se rangeant du côté des vignerons insurgés.

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En mai-juin 1908, les travailleurs du bâtiment et des carrières de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges se mirent en grève. La troupe réprima une manifestation en tirant sur les ouvriers, tuant deux d'entre eux. Il y eut deux morts aussi à Vigneux, où les gendarmes tirèrent à bout portant dans la salle où se tenait une réunion. Plusieurs dirigeants de la CGT furent arrêtés, ainsi que de nombreux grévistes.

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Enfin, après la guerre, en 1919, alors qu'un mouvement de grèves quasi insurrectionnelles se développait et aurait pu menacer le pouvoir de la bourgeoisie française, Clemenceau se fit le soutien de cette dernière en poursuivant sa politique de « briseur de grèves ».

Voilà quelques traits du triste personnage que célèbrent aujourd'hui Valls et Hollande.

Marianne LAMIRAL

 

AUJOURD'HUI C'EST MACRON

ça continue encore et encore

 

Un tigre «aux colères terribles, aux rugissements féroces, aux saillies sarcastiques, dont tout le monde redoute l’épée, le pistolet et la langue», dixit le site de l’encyclopédie Larousse

Clémenceau s’est fait beaucoup d’ennemis. En 1892, il est mis en cause dans l’affaire du canal de Panama. Il doit alors prendre du champ. Il s’investit dans le journalisme et participe à la fondation du journal L’Aurore dont il devient éditorialiste. Le journal s’engage résolument au côté des dreyfusards. C’est d'ailleurs là qu’Emile Zola publie, le 11 janvier 1896, son célèbre J’accuse.
L’affaire va lui permettre de revenir en grâce. En 1902, il est élu sénateur du Var, fonction qu’il occupera jusqu’en 1920.
Mais ce n’est qu’en mars 1906 qu’il accède au gouvernement, à près de 65 ans, comme ministre de l’Intérieur. Il mène à son terme la séparation des Eglises et de l’Etat. Et réprime durement des grèves de mineurs, ce qui lui vaut un nouveau surnom : celui de «premier flic de France».
 

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«La France était unanime derrière celui qui l'avait sauvée, moment unique de son histoire, toutes classes sociales et opinions confondues. Dominait le sentiment d'un patriotisme unique, de la gravité des sacrifices consentis et du respect dû à la mémoire des morts et au deuil des familles», assure le site de l’Assemblée nationale.

Des propos qui, un siècle après la boucherie de 14-18, permettent de mieux comprendre l’immense popularité de Georges Clémenceau au sortir de la guerre.

Mais sa popularité va rapidement s’effondrer avec la politique sociale de son gouvernement (qu’il quitte en janvier 1920) et la signature du traité de Versailles en 1919. Par ce traité, l'intransigeant «Père la victoire» pensait tenir la revanche de la France. Mais l'on estime souvent que ce texte, considéré comme un «Diktat» en Allemagne, portait en lui les germes de la Seconde guerre mondiale…

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L’historien britannique David Watson le décrit, lors des négociations du Traité de Versailles, « cynique, silencieux et à l’écart…

Lloyd George, à partir de mars 1919, considère l'Allemagne suffisamment affaiblie et veut éviter une suprématie française : fidèle à la doctrine de l'équilibre des puissances continentales, il décide alors d'éviter qu'aucun des deux rivaux n'acquière une trop grande force.

Clemenceau, au contraire, cherche à imposer au vaincu le paiement de lourdes indemnités pour limiter sa puissance économique et politique, et pour financer la reconstruction de la France, ainsi que l'annexion de l'Alsace-Lorraine, voire d'autres territoires (Sarre, etc.).

 

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L'original du traité a disparu en 1940 et on ignore s'il a été détruit. Face à l'avancée des troupes allemandes vers Paris, il devait être mis à l'abri à l'ambassade de France aux États-Unis, mais ce n'est qu'une version préparatoire qui y est parvenue. On a longtemps cru qu'il se trouvait à Moscou, mais l'ouverture progressive des archives depuis 1990 n'a pas permis de le retrouver. La seule certitude est que les Allemands ont mis la main sur la ratification française du traité, cachée au château de Rochecotte, le 11 ou le , en même temps que sur le traité de Saint-Germain-en-Laye. Elle fut transportée par avion à Berlin pour être présentée à Adolf Hitler

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Dans la maison familiale, devant les portraits de Saint-Just et de Robespierre, « mon père me disait que c’étaient des dieux. » Dans son intervention sur « Clemenceau et Jules Ferry » , Mona Ozouf rappela que l’affrontement entre les deux républicains se fit avant tout sur la Révolution Française. On connaît bien la phrase fameuse

« La Révolution est un bloc dans lequel on ne peut rien retrancher »

Là encore, ni Hollande ni Valls ne diraient aujourd’hui une chose pareille, eux qui préfèrent tant Clemenceau à Jaures. Alors, pensez, Saint-Just et Robespierre !

 S’interrogeant sur les étiquettes que l’on accole à Georges Clemenceau, social-démocrate et social-libéral, il insiste sur le fait qu’il s’agit bien de deux anachronismes historiques. Mais qui, au final, lui vont bien.

http://geopolis.francetvinfo.fr/clemenceau-le-tigre-intransigeant-de-la-guerre-de-14-18-43599

http://www.leparisien.fr/politique/pourquoi-emmanuel-macron-celebre-george-clemenceau-ce-11-novembre-10-11-2017-7385445.php

https://journal.lutte-ouvriere.org/2014/11/12/clemenceau-briseur-de-greves_

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