logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

« MAI 68 : LE POINT DE VUE de Georges SEGUY, dirigeant et négociateur de la C.G.T. | Page d'accueil | SAMEDI, RENCONTRE CITOYENNE A MONT DE MARSAN... LA FETE A MACRON »

30/04/2018

SYNDICALISME ET POLITIQUE par G. SEGUY (LUTTER 1975)

Récemment mis à jour15.jpg

extraits : 

... "Jamais le mouvement syndical français n'a été apolitique au sens étymologique du terme. Au contraire, les luttes politiques et idéologiques qui ont marqué l'évolution du mouvement ouvrier français ont toujours, dans une certaine mesure, déterminé le mouvement syndical.

C'est justement l'un des traits caractéristiques de ce mouvement en France ; d'où parler d'apolitisme syndical, surtout dans un pays comme le nôtre, est complètement irréaliste. Cela dit, il faut peut-être s'entendre sur la façon dont le mot "politique" ou l'expression "faire de la politique" est apprécié.

...

Vous remarquerez qu'il est de plus en plus difficile aux dirigeants de F.O. de proclamer leur prétendu apolitisme, tant il est vrai que personne n'y croit.

En vérité, il s'agit d'un paravent derrière lequel se trame la politique de collaboration de classe, négation de l'indépendance syndicale. Cette pratique part de l'idée ou de la nécessité de la coopération entre exploiteurs et exploités, ce qui est une pure aberration pour tout syndicaliste normalement constitué. L'apolitisme syndical sert le plus souvent de couverture à la pire des politiques de renoncement et de résignation. C'est le syndicalisme sclérosé, stérile.

 

- Les problèmes économiques, politiques et sociaux sont en interaction. A mon avis, parler de syndicalisme apolitique me paraît donc, si on admet ce postulat, un non-sens.

Il faut dire un mot sur la façon dont on entend généralement en France, y compris parmi les travailleurs, cette terminologie : "politique" ou "faire de la politique".

Il s'agit d'une notion qui a été très galvaudée et, dans une certaine mesure, discréditée ; pour beaucoup, elle évoque une activité politicienne, très partisane et parfois assez sordide. Elle rappelle des souvenirs désagréables de cuisine politique, de tractations entre partis plus ou moins véreux qui se sont partagé le pouvoir sous la IIIe, la IVe et même la Ve République. Elle évoque des promesses électorales jamais satisfaites, des combines, des scandales, la corruption, autant d'aspects de la vie politique nationale auxquels les Français ont pu assister et qui les révulsent.

De ce point de vue, l'aversion qu'une grande partie de l'opinion ressent pour cet aspect de la politique n'est pas extraordinaire.

... Dans un pays comme le nôtre, il est nécessaire de réhabiliter le sens noble du mot "politique" ou de l'expression "faire de la politique", en tant que synonyme de civisme ou d'intéressement à la vie sociale. Il est nécessaire de donner à chacun conscience du fait que tout le monde est obligé de s'intéresser aux choses de la politique, parce que, ou il les subit, ou bien il intervient par nécessité, par la force des choses, sur la plan politique.

 

Il m'arrive fréquemment dans la vie militante ou familiale de rencontrer des personnes qui commencent par me déclarer : "Je vous préviens, moi je ne fais pas de politique", et en deux minutes de conversation, je m'aperçois que ces interlocuteurs ont des positions politiques assez précises. Il leur est cependant difficile de préciser comment elles leur sont venues. La plupart pensent qu'il s'agit d'idées très personnelles. Mais il est facile de déceler l'influence de la presse, de la radio, de la télévision sur beaucoup de ces esprits convaincus sincèrement d'être étrangers à la politique.

 

L'avenir de l'évolution de la société en France n'est pas dans une dépolitisation de la vie sociale, comme tentent toujours de le faire les régimes rétrogrades, surtout fascistes et obscurantistes, mais, au contraire, notre avenir national est lié dans une large mesure à une plus grande politisation de l'activité de la société, de l'engagement du peuple. Pas sous l'angle d'une sorte de ralliement général à l'idéologie d'un parti. J'entends politisation dans le sens d'un plus grand engagement dans la vie sociale, d'une évolution de l'esprit de responsabilité, d'une plus grande participation des gens à la vie de leur pays et, par conséquent, d'un élargissement des libertés démocratiques et de la liberté d'expression susceptibles d'enrichir et de vivifier la pensée collective.

 

... Les syndicats ne peuvent pas se désintéresser de l'orientation politique et économique du pays où s'exerce leur activité, alors que tous les problèmes sociaux dépendent précisément de cette politique. Dans la mesure où l'orientation de la politique économique, comme c'est le cas aujourd'hui en France, est entièrement soumise aux intérêts privés par nature diamétralement opposés à ceux des travailleurs, il est naturel que les syndicats, au moins les syndicats dignes de ce nom, se déterminent parmi les forces d'opposition à cette politique, la combattent, contribuent et participent même, dans le cadre de leurs compétences, à l'action pour en changer le cours.

C'est donc une attitude progressiste, qui postule un certain nombre de changements démocratiques et de progrès sociaux.

 

... Il faut établir une distinction entre apolitisme et indépendance syndicale.

Si les syndicats ne peuvent être, apolitiques au sens strict du terme, ils doivent pouvoir se déterminer à propos de toute question indirectement ou directement liée à la politique, en toute souveraineté. C'est ce que nous appelons en France, l'indépendance syndicale. Cette indépendance, il est nécessaire que les syndicats l'observent vis-à-vis de l'Etat, du patronat, des Eglises et aussi des partis politiques, y compris vis-à-vis de ceux avec qui le mouvement syndical peut contracter des alliances en vue d'une action commune pour faire aboutir des objectifs communs.

Cette conception est l'une des caractéristiques du mouvement syndical français. Elle provient, comme nous l'avons déjà vu, de ses origines, de ses particularités, de ses traditions, de son histoire aussi. Il ne faut pas oublier que la naissance de la C.G.T. a précédé celle des principaux partis de gauche en France.

La C.G.T. a sa personnalité, son comportement, sa spécificité. Peut-être arrive-t-il en France, et même parfois à l'étranger, qu'on ne comprenne pas très bien la nature de ces particularités nationales du mouvement syndical français ; je pense qu'elles présentent des qualités de nature à favoriser la démocratie dans notre pays, et toute tentative pour les remettre en cause, aujourd'hui ou dans l'avenir, serait inévitablement rejetée par le mouvement syndical comme contraire à la démocratie et à l'intérêt de l'évolution progressiste de la société.

 

... Ce ne sont pas des liens organiques, au demeurant inexistants, que nous reprochent nos détracteurs, mais notre conception du syndicalisme, notre orientation fondamental de l'action syndicale, notre option de toujours sur les principes d'un syndicalisme de lutte de classes.

Finalement, notre indépendance syndicale vis-à-vis des forces qui prédominent dans la société capitaliste....

Écrire un commentaire

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique