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07/05/2018

OCCURENCE, le compteur de manifestants qui bricole et traficote.. EST- IL INDEPENDANT ?

 Le Monde diplomatique

La vérité en sous-traitance

 

Pour rétablir le crédit du journalisme, il fallait un électrochoc. Lancer un mouvement pour soustraire la presse aux griffes des oligarques ? Décupler les budgets consacrés à l’international et aux enquêtes sociales ? Thomas Legrand, éditorialiste politique à France Inter, a son idée. Le 25 septembre dernier, il lance sur les ondes un appel. « Affluence aux manifestations : il faut que la presse se donne les moyens de publier les vrais chiffres. » « Oui, nous avons pris la déplorable habitude de donner le chiffre des organisateurs et celui de la police. (…) Pourtant il ne s’agit pas d’opinion, mais d’un fait ! » Thomas Legrand exhorte alors ses confrères à « décider, collectivement (télés, radios, Agence France-Presse et le plus de journaux possible), de mutualiser [leurs] moyens pour fournir un troisième chiffre. Pas une vérité de plus, mais la réalité ».

Le propos rappelle celui des Décodeurs, cette équipe du Monde qui s’évertue depuis février dernier avec son Décodex à évaluer la fiabilité des sources d’information afin de lutter contre les « fausses nouvelles » . Dans une société où s’affrontent des visions du monde antagoniques, les dirigeants éditoriaux prétendent produire une vérité neutre, factuelle, indiscutable, située au-dessus des rapports sociaux. Or l’excellence de l’information se mesure non seulement à la rigueur des faits, mais aussi au pluralisme des points de vue qui président à la sélection de ces faits. Le journalisme dominant n’a retenu que le premier aspect. En a-t-il seulement les moyens ?

Répondant à l’appel de Thomas Legrand, une vingtaine de journaux, radios et télévisions nationaux expérimentent depuis le mois d’octobre une méthode originale de dénombrement des manifestants. Mais, plutôt que de détacher chacun un journaliste pour s’acquitter collectivement de cette tâche, ils recourent aux services d’un prestataire : Occurrence, un « cabinet d’études et conseil en communication » qui, entre autres activités, utilise des outils électroniques pour mesurer l’affluence dans les salons professionnels. Son fondateur a signé en 2012 un ouvrage remarqué, Comment votre swing peut améliorer votre management. Dix-huit leçons de business par le golf. Sur le site d’Occurrence, une vidéo résume la philosophie de l’entreprise : « Tous les PDG vous le diront : “Ce qui ne se mesure pas n’existe pas.” (…) Si vous considérez la réputation de votre entreprise comme un actif majeur et une stratégie de communication bien pensée comme le meilleur moyen de l’entretenir, Occurrence est à vos côtés. »

Placé à l’aplomb des cortèges, le dispositif fonctionne mal quand il y a trop de lumière, compte les parapluies quand il pleut, s’aveugle quand il rencontre un arbre et oublie un manifestant sur six. Mais les résultats établis lors des derniers cortèges contre la loi travail sont prometteurs : « Un chiffre proche de celui de la préfecture et très éloigné de celui des organisateurs, commente Thomas Legrand (France Inter, 17 novembre). Bientôt, la presse pourra donner collectivement non pas un troisième chiffre, mais le chiffre le plus crédible, parce qu’issu d’une méthode transparente. » À ceci près que l’algorithme de comptage, propriété commerciale de l’entreprise Eurecam, qui le développe, n’est pas public. Impossible donc de vérifier l’outil. Qu’importe : sous-traiter une fonction du journalisme traditionnel à un cabinet-conseil en communication, « ce sera un gros progrès journalistique. Et donc, c’est déjà ça, un petit progrès démocratique ». Le sens du progrès a décidément bien changé.

Pierre Rimbert

 

Résultat d’images pour Manuel BOMPARD

 

Faire les comptes ou régler des comptes ?

C’était la nouveauté des manifestations organisées le 22 mars dernier. On allait enfin savoir. On allait enfin en finir avec les batailles de chiffres entre les organisations syndicales et la police et connaitre LE vrai chiffre. C’est en tout cas ce que l’on pouvait entendre ou lire sur la quasi-intégralité des médias de ce pays, puisqu’ils avaient décidé, pour aider la vérité bien évidemment, d’organiser eux-mêmes le comptage de la manifestation parisienne.

Un institut bien peu indépendant

En réalité, et contrairement à ce qui pouvait être indiqué, ce comptage n’est pas réalisé par le « collectif de médias », qui comprends notamment l’AFP, France Inter, Europe 1, Franceinfo, RMC, BFMTV, France Culture, CNews, France 2, Mediapart, Le Figaro, Le Parisien, Libération, La Croix et la presse régionale et départementale.

Ce comptage est confié à une entreprise privée, l’entreprise « Occurrences », qui se présente comme un « cabinet d’études spécialisé dans le comptage du public ».

Cette entreprise est dirigée par Monsieur Assaël Adary. Un simple passage sur son compte Twitter permettra de noter son impartialité totale. Au milieu des tweets d’auto-promotion pour sa méthode de comptage des manifestations, on y retrouvera ainsi plusieurs retweets de félicitations du gouvernement et même un message de félicitations à une nouvelle députée de la République en Marche. Quant à sa directrice générale Madame Céline Mas, ses différents messages de soutien au président de la République et à ses ministres suffiront à attester de sa totale indépendance.

 

 

Bref, c’est bien sur le droit le plus strict de s’engager en faveur d’un candidat. Mais je vous laisse imaginer la réaction du « collectif de médias » si des associations et syndicats avaient annoncé un comptage indépendant confié à une entreprise dirigée par des soutiens de Jean-Luc Mélenchon.

Sur le site d’« Occurrences », on peut également consulter la liste des clients du cabinet. On observera donc que celui-ci compte parmi ses clients un certain nombre de grands groupes. Au milieu des laboratoires Servier, de Suez ou d’AREVA, on y trouve notamment la SNCF, groupe à priori concernée assez directement par le succès ou l’échec d’une manifestation des cheminots. Le cabinet touche donc de l’argent de la direction de la SNCF, au moment où celle-ci est accusée d’agir pour compliquer la mobilisation. On a vu plus indépendant.

 

 

Des méthodes scientifiquement très discutables.

Le site d’ « Occurrences » présente également la méthode de comptage utilisée par le cabinet. Celle-ci s’appuie donc sur des capteurs et un algorithme développé par la société Eurecam. Comme on peut le constater sur le site de cette société, cette technologie a été développée pour le comptage de personnes dans des établissements publics, des centres commerciaux ou des aéroports. La vidéo de démonstration sur le site de ce partenaire montre par exemple comment la technologie permet de compter des individus franchissant une porte. On concevra ici que le comptage d’une manifestation dans une rue de plusieurs dizaines de mètres de large n’est pas tout à fait la même problématique.

« Occurrences » admet d’ailleurs sur son site internet que « la technologie est fiable, mais qu’elle comporte une marge d’erreur ». Bien sûr, le niveau de cette marge d’erreur n’est pas précisé. Un article du Monde Diplomatique indique que le dispositif « oublie un manifestant sur six ». La marge d’erreur pourrait donc être de près de 20%.

Pour corriger cette marge d’erreur, le cabinet indique utiliser une méthode de redressement s’appuyant sur 6 micro-comptages humain de 30 secondes.

Ainsi, pour des manifestations comme celles du 22 mars dernier dont la durée peut être estimée à plus de 3 heures, un redressage est effectué à partir d’un comptage manuel de 3 minutes de cortège (1 minute d’une partie « peu dense », 1 minute d’une partie « dense », 1 minute d’une partie « très dense »). Sur la base de l’écart entre le comptage automatique et le comptage manuel sur ces 3 minutes, et sur la base d’une identification par « une personne » des moments « peu dense », « dense » et « très dense » de la manifestation, un redressage total est effectué. Les coefficients de redressement sont donc calculés sur moins de 2% du temps total de la manifestation et sont soumis à un biais énorme puisque la densité de la manifestation est classée en 3 catégories seulement.

On peut également souligner que ce dispositif de comptage s’appuie sur un laser et un contrôle vidéo. Celui-ci devient donc totalement inopérant quand la visibilité ne permet plus de distinguer les manifestants, par exemple car la lumière est trop forte ou quand la vue est obstruée par de la fumée. Pour qui a déjà participé à une manifestation, il est assez classique que des fumigènes soient utilisés.

Pour qui a déjà marché sous la pluie entre Bastille et République, il est assez répandu que les manifestants, malgré leur courage et leur détermination, se couvrent de parapluie. Bref, la méthode de comptage par vidéo ne permet certainement pas de garantir la prise en compte de l’ensemble des manifestants.

Enfin, à cela s’ajoute l’impact du lieu choisi pour positionner le capteur. Ainsi, lors des dernières manifestations, celui-ci était positionné proche de la place de la Bastille, point d’arrivée de la manifestation. Il ne peut donc pas prendre en compte des manifestants qui n’iraient pas jusqu’au bout de la manifestation. Il ne peut pas prendre en compte non plus ceux qui emprunteraient un itinéraire parallèle sur une partie du parcours pour rejoindre plus rapidement le point d’arrivée.

 

Bien sûr, il n’existe aucune méthode de comptage sûre à 100% pour des rassemblements populaires de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les méthodes utilisées par la police ou les organisations syndicales ont aussi leurs limites et ne sont sans doute pas plus performantes que celles présentées par la société « Occurrences ».

Mais en l’absence d’une vérité scientifique qu’il serait possible d’établir par un dispositif totalement fiable, et n’en déplaise au « collectif de médias », c’est donc bien la publication de plusieurs chiffres qui permet à chaque citoyen de se faire une idée raisonnable du niveau des mobilisations sociales. Si le « collectif de médias » veut effectivement mieux informer les citoyens, il devrait souligner les limites de son dispositif plutôt que de parader sans aucune prudence avec LE chiffre de la manifestation.

 

 

 

 AgoraVox le média citoyen

 

Quelle va être sa méthode ?

Occurence utilise une technologie développé pour chiffrer le nombre de clients entrant dans un supermarché. On est loin d’un outil calibré pour décompter les foules denses en extérieur !

  • Utiliser une ligne laser entre deux points permettant de compte le nombre de personnes qui la traversent dans le sens de la manifestation.
  • Utiliser quelques micro-comptages de contrôle.
  • et redresser les chiffres bruts. Occurence ne publie pas sa méthode de redressement ni ses chiffres bruts. En clair, Occurence annonce les chiffres qu’elle veut.

 La qualité d’un sondage est tributaire de la qualité de l’échantillon choisi. Ainsi, il suffit de choisir le lieu de pose des capteurs (fin de parcours) et les lieu des micro comptages (parties clairsemées du cortège) pour biaiser le comptage.

Insistons sur un point connu de chaque participant à une grande manifestation parisienne et des grandes villes de France : la plupart des manifestants ne parcourent pas l’ensemble de la manifestation. Une manifestation dure parfois de longues heures et tous les manifestants ne restent pas durant la totalité du parcours.

  • Parce que lorsqu’il y a beaucoup de monde une partie importante du cortège ne défile pas et reste statique. (Place d’Italie par exemple pour la dernière manifestation monstre contre la Loi travail)
  • Parce que nombre de manifestants utilisent des rues adjacentes (ou les transports en commun) pour éviter d’être bloqués (cf ci-dessus) et ainsi éviter le bouchon de départ.
  • Parce que nombre de manifestants pour éviter la foule tassée des points de départs des cortèges se rende directement à des parties intermédiaires des cortèges.
  • Parce que les associations et partis politiques organisent des points fixes pour distribuer leurs tracts.
  • Parce qu’il faut rejoindre les cars pour repartir à heure fixe. (Et que la police accueille les manifestants avec matraque et lacrymogène en fin de parcours) et que donc une proportion très importante des manifestants ne rejoint pas l’arrivée du cortège

Bref, on le voit nous faisons face ici (comme avec l’opération Décodex du Monde) à une vaste tentative de réduire au silence les sources “non autorisées” (syndicats, organisateurs…) pour les remplacer par la seule voix des grands médias s’appuyant sur des organismes de sondage, non indépendants et financés par le système capitaliste. Cela s’apparente à de la censure. Le travail d’une presse libre exerçant son devoir de contrôle et d’information consisterait davantage à examiner comment syndicats et policiers ont obtenu leur nombre, sauf à admettre que par principe les chiffres officiels/ou les chiffres des organisateurs sont faux.

  • Cela va à l’encontre d’un grand principe du journalisme qui demande de recouper les sources.
  • Cela contredit de plus la pluralité de l’expression médiatique : un conglomérat de Médias s’arrogeant le droit de dire La Vérité (leur vérité).

De plus rappelons-le car ce n’est pas un détail ( et c’est omis par les “grands Médias détenteurs de La Vérité,mais financés par une poignée de grandes puissances d’argent), il apparait clairement que la société Occurence a dans son portefeuille de clients les adversaires des manifestants.

Il y a là comme un parfum de conflit d’intérêts.

Enfin posons une question : qui contrôle l’organisme de contrôle ? Rappelons que lors des élections, les candidats ont (en théorie) le droit d’assister aux opérations de comptage. Ce n’est pas le cas ici, les organisateurs syndicaux faisant l’objet principal des attaques menées au cours de cette opération de communication.

....

Sous-estimation de 15 à 20%

En parallèle, Jocelyn Munoz, chargé de mission à Occurrence, enregistre des séquences de 30 secondes qu’il repassera un peu plus tard au ralenti pour recompter le nombre de manifestants à la main. En comparant ses chiffres avec ceux enregistrés en temps réel par le capteur, il calcule la marge d’erreur qui survient surtout quand le défilé est plus compact. Le capteur a plus de mal à distinguer chaque individu lorsque les manifestants sont serrés épaule contre épaule ou l’un juste derrière l’autre. Le temps gris est une chance, des parapluies ou un soleil trop éclatant auraient compliqué la donne.

De l’aveu du journaliste de Libération, le décompte informatique sous estime massivement le nombre de manifestants de 15 à 20%. Une paille ! Mais c’est bien le but du système, comme l’a déjà souligné un de nos confrère du Monde diplomatique

......

Le pot au rose est dévoilé. Occurrence bricole les chiffres, et les traficote pour essayer d’estimer le nombre de manifestants que son système de mesure est incapable de voir. Avec 6 comptages de 30 secondes, Occurrence n’a en réalité décompté sérieusement que 3 minutes de la manifestation. Pour une manifestation durant par exemple 3 heures, le décompte n’est donc étalonné que sur moins de 2% de la durée de manifestation. On imagine bien ici la marge d’erreur.

 

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