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08/05/2018

Sétif, Guelma, l'autre 8 mai 1945

 
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Sétif, Guelma, l'autre 8 mai 1945

Rappel des faits, par Hassane Zerrouky. Le 8 mai 1945, les premiers tirailleurs algériens qui débarquent du croiseur Gloire font une entrée triomphale à Alger.

La presse coloniale fait sa une sur la défaite du nazisme. Le jour même, débutent les manifestations organisées par le PPA à travers les principales villes algériennes.

Brandissant des drapeaux alliés, y compris celui de la France mais aussi l'emblème algérien, scandant des mots d'ordre revendiquant l'indépendance de l'Algérie, portant des gerbes de fleurs devant être déposées devant les monuments aux morts, plusieurs centaines de milliers d'Algériens répondent à l'appel du PPA.

À Sétif et Guelma, cependant, l'événement prend une tournure dramatique. Le matin du 8 mai, avant que ne débute la marche, les manifestants sont invités par les organisateurs à déposer cannes, bâtons et couteaux devant la mosquée de Sétif. Le cortège, précédé par des scouts, devait se rendre au monument aux morts de la ville pour déposer une gerbe de fleurs en hommage aux soldats algériens tombés face au nazisme. Mais c'était sans compter avec le préfet de Constantine, Lestrade-Carbonnel, qui a ordonné aux forces de police :

« Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien. »

Le commissaire de police Lucien Olivier ne se fait pas prier : il fait tirer sur les manifestants.

Les colons, organisés en milices, participent à la répression.

De pacifiques, les manifestations deviennent violentes. Elles échappent au contrôle des nationalistes, tournent à l'émeute et embrasent tout l'Est algérien. Devant l'ampleur des cortèges de Sétif, mais aussi Kherrata et Guelma, l'administration coloniale fait intervenir l'armée.

Légionnaires, tirailleurs sénégalais et même des prisonniers allemands et italiens sont engagés pour réprimer la révolte : manifestants fusillés sommairement par centaines, femmes violées...

L'aviation mitraille et bombarde les villages de montagne. Le croiseur Duguay-Troin qui se trouvait dans la baie de Bougie bombarde les douars de la montagne kabyle. À Périgotville, près de Guelma, on fusille tous ceux qui savent lire et écrire.

À Chevreuil, Petite Kabylie, c'est par groupes de vingt que des Algériens sont passés par des armes.

Des prisonniers fusillés sont jetés dans les gorges de Kherrata. Parmi eux, Rabah Hanouz, membre de la Ligue des droits de l'homme, et ses trois enfants. À son frère Lounis, juste démobilisé à son retour de France, qui faisait partie du Comité pour l'amnistie des prisonniers, le ministre de l'Intérieur, André Le Troquet, lui demande d'oublier et de tourner la page.

Les dizaines de milliers de manifestants qui ont été arrêtés seront libérés suite à une campagne du PCA qui avait pourtant condamné auparavant ce soulèvement populaire.

Officiellement cette répression a fait 1 500 morts algériens et 110 européens.

Mais selon le général Duval qui a organisé cette répression, il y a eu 7 500 morts.

Quant au général Tubert, membre de la commission d'enquête chargée de faire la lumière sur ces événements, il avance le chiffre de 15 000.

Mais selon les nationalistes algériens, elle a fait 45 000 morts. Au-delà de cette querelle des chiffres, le fait est que les manifestations du 8 mai 1945 ont été durement réprimées et que les auteurs de ce massacre relevant du crime de guerre n'ont jamais été inquiétés. Pis, le général Duval, qui a poussé le cynisme jusqu'à lire une prière à la mosquée de Constantine, déclare alors : « Je vous ai donné la paix pour dix ans. »

Moins de dix ans après, le 1er novembre 1954, débutait la guerre d'Algérie !

 

"Ces événements-là resteront à jamais gravés dans sa mémoire. Lahcène Bekhouche avait dix-sept ans lors du soulèvement du 8 mai 1945 dans le Constantinois.

« Des Algériens avaient participé à la libération de la France. En contrepartie, nous demandions la liberté et l'égalité des droits », raconte le vieil homme.

Pour avoir pris une part active aux manifestations, il fut condamné à mort.

Une sentence finalement commuée en peine de prison. Lahcène Bekhouche sera incarcéré pendant dix-sept ans, jusqu'à l'indépendance, en 1962. ."

 

 

 
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Guelma 1945, un retour de mémoire

Vendredi, 20 Février, 2009
L'Humanité

La liquidation sanglante des premières manifestations du mouvement national algérien annonçait l'explosion ultérieure de violence coloniale.

{{Guelma, 1945. Une subversion française dans l'Algérie coloniale}}, {de Jean-Pierre Peyroulou, préface de Marc Olivier Baruch. Éditions La Découverte, 2009, 408 pages, 32 euros}.

Si, trop longtemps, mai 1945 ne signifia, pour l'homme de

la rue comme pour l'historien, que la victoire sur le nazisme, ce temps est bien révolu. Se sont succédé, depuis quelques années, trois ouvrages de qualité (celui-ci étant le dernier) sur les massacres dont ont été victimes, dans la région du Constantinois, des milliers d'Algériens. Soixante années plus tard, on peut affirmer que, sauf surprise à vrai dire improbable de découverte de nouvelles sources, tous les documents sur ce drame sont désormais accessibles.

L'apport spécifique de l'ouvrage de Peyroulou (*) est la fixation sur une zone géographique unique, celle de Guelma, à l'est de Sétif. Et ce parti pris se révèle heureux. D'abord, parce que toute histoire locale, surtout lorsqu'elle est menée avec cette méticulosité, est riche d'enseignements bien plus généraux. Mais également, dans ce cas, parce que les massacres d'indigènes sont partis de presque rien, si ce n'est la peur de l'autre. Jean-Pierre Peyroulou rappelle en effet que, si à Sétif il y eut bien des Européens tués, de l'ordre d'une centaine, avant la chasse à l'homme, à Guelma, il n'y avait rien eu de tel : une dizaine d'Européens tués, certes, dans des centres isolés, aucun dans le chef-lieu. Mais le fossé entre les communautés était tel que la simple rumeur d'une insurrection générale des Arabes, savamment reprise puis orchestrée par certains administrateurs et élus coloniaux, avait littéralement plongé dans les transes la quasi-totalité de la population européenne.

D'où la constitution d'une milice (mais l'auteur révèle qu'elle avait été créée le 14 avril... trois semaines avant les premiers heurts...) ayant droit de vie et, hélas le plus souvent, de mort, les simulacres de procès par des tribunaux dits de salut public totalement illégaux... L'auteur signale au passage ce que d'autres historiens avaient souligné avant lui : la quasi-unanimité de la participation, ou au moins l'acceptation, des Européens à la répression, toutes tendances politiques, toutes classes confondues. Toutes : le lecteur d'aujourd'hui de l'Humanité parcourra avec douleur, parfois avec horreur, ces pages signalant que des communistes ont partagé ces crimes, que le PCF a qualifié les victimes de provocateurs... C'est à ce prix que la lucidité progresse.

Reste l'essentiel de l'apport de ce livre : la description, presque de l'intérieur, des mécanismes de la montée de la haine raciale. Car, faut-il le rappeler, après l'auteur : « Une grande partie des morts ne fut pas imputable à l'armée, mais aux milices de la région de Guelma. » Et sans doute ailleurs. Rien d'étonnant, dans ces conditions, que beaucoup considèrent que la guerre d'Algérie a commencé à ce moment-là.

(*) Avaient précédé l'étude de Jean-Pierre Peyroulou : Aux origines de la guerre d'Algérie, 1940-1945. De Mers-el-Kébir aux massacres du Nord-Constantinois, d'Annie Rey-Goldzeiguer (Éditions La Découverte, 2002) et Sétif 1945. Histoire d'un massacre annoncé, de Jean-Louis Planche (Éditions Perrin, 2006).

{{Alain Ruscio, historien}}

 

 
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L'autre 8 mai 1945 : massacre colonial à Sétif

Mardi, 9 Mai, 2006
L'Humanité

France-Algérie . « Des douars entiers ont été réprimés avec des moyens militaires. » L'historien algérien Mohammed Harbi revient sur une page sombre longtemps occultée.

De l'autre côté de la Méditerranée, le 8 mai 1945 est une funeste date. Alors que la France fête la Libération, commence à Sétif l'un des plus effroyables épisodes de la répression coloniale. Tôt le matin, ce mardi-là, un cortège de plusieurs milliers d'Algériens se forme à l'entrée de Sétif, bravant l'interdiction du sous-préfet Butterlin. Des drapeaux algériens sont brandis, ainsi que des pancartes où l'on peut lire « Algérie libre », « Libérez Messali Hadj », ou encore « Indépendance ». La foule entonne Min Djibalina (« De nos montagnes »), l'hymne nationaliste. La manifestation s'engage dans la ville. Butterlin donne l'ordre de disperser les manifestants. Des coups de feu partent. Des manifestants tombent. La nouvelle se propage, mettant le feu aux poudres. La révolte gagne les régions de Guelma, Biskra, Bône, Kherata et Constantine. Des fermes coloniales et des bâtiments officiels sont attaqués. À Guelma, des arrestations et des exécutions sommaires d'Algériens inaugurent une véritable Saint-Barthélemy dans tout le Constantinois. La répression, menée par le général Duval, mobilise la marine et l'aviation. Un déchaînement de violence inouï, mobilisant des moyens militaires démesurés, s'abat pendant plusieurs semaines sur les populations algériennes. Retour sur ces événements qui inaugurent une tragique guerre de décolonisation, avec l'historien Mohammed Harbi.

Comment expliquer que ce 8 mai 1945, jour de la victoire sur les nazis, à laquelle ont contribué 144 000 combattants algériens, ait cristallisé un tel déchaînement de violence contre les populations « indigènes » ?

Mohammed Harbi. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, s'est développée une sensibilisation très forte de la population algérienne sur son statut. Certains voulaient l'autonomie, d'autres, déjà, l'indépendance. Les rapports entre les populations ont changé les comportements des Algériens. Ils manifestaient une volonté d'égalité. Cela a entraîné dans la population européenne une véritable psychose. Et la tendance à la répression a commencé à faire son chemin.

Il faut aussi souligner que les forces de gauche étaient dans une stratégie antifasciste qui faisait passer au second rang tous les problèmes posés par les coloniaux.

Peut-on parler d'insurrection en réaction à la répression aveugle conduite par les autorités

coloniales, et donc, en quelque sorte, du premier acte de la guerre d'Algérie ?

Mohammed Harbi. Au regard des documents et témoignages dont nous disposons, on ne peut pas dire qu'il y ait eu, initialement, une tendance à l'insurrection, même si des individus, ici ou là, y pensaient. Il n'y avait absolument rien de préparé, ni d'organisé.

Ces événements sont-ils le point de départ d'une prise de conscience collective plus large, populaire, sur la question nationale ?

Mohammed Harbi. Cela ne fait aucun doute. Un espoir d'émancipation traversait alors la population algérienne. C'est d'ailleurs une tendance lourde dans l'histoire de l'Algérie. Chaque fois que la France s'est trouvée aux prises avec un conflit, une guerre, émergeait chez les Algériens l'espoir du moment propice pour se libérer.

Quels sont les conséquences de ces événements de mai 1945 sur le mouvement national lui-même ?

Mohammed Harbi. On assiste, entre 1945 et 1947, à une réactivation assez rapide de la tradition de la force physique, alimentée par ceux qui pensaient que la conquête de l'Algérie s'étant faite par les armes, la voie pacifique ne pouvait rien donner, qu'il fallait donc se préparer à une lutte armée. Cette tendance, en apparence, était minoritaire. Mais dans la mesure où la population ne croyait pas dans un avenir avec la France, les choses ont pris, à ce moment-là, le chemin de l'insurrection.

Côté Français, le bilan officiel établi à l'époque s'élève à 1 500 morts algériens et 110 européens. Les nationalistes, eux, ont avancé le chiffre de 45 000 morts, un chiffre repris par l'ambassade des États-Unis. Qu'en est-il ?

Mohammed Harbi. Les batailles de chiffres sont toujours trompeuses. Mais il est indéniable que ceux donnés par les Français à l'époque sont largement sous-estimés. L'ampleur exacte de cette répression qui a duré cinq semaines a été dissimulée. Des douars entiers ont été réprimés avec des moyens militaires.

Au gré de l'avancée des recherches, le chiffre des morts a constamment été revu à la hausse. Les approximations selon lesquelles ces événements auraient fait 20 000 à 30 000 victimes algériennes sont de plus en plus crédibles. Elles se rapprochent du chiffre donné par les nationalistes.

Sétif n'est pas la première expression de la révolte contre la domination coloniale. Peut-on dire qu'une résistance s'est perpétuée de façon continue ?

Mohammed Harbi. Cette résistance a pris des formes différentes, mais elle n'a jamais cessé. À partir du début du XXe siècle, elle a revêtu des formes politiques. Mais ici et là, dans les campagnes, a perduré la tradition des rébellions contre l'administration coloniale. Sur le plan politique, le refus d'accepter le sort fait aux Algériens est une constante.

Il a fallu attendre 2005 pour que l'ambassadeur de France en Algérie condamne les événements de mai 1945, qualifiés de « tragédie inexcusable ». Comment expliquer ce silence persistant des autorités françaises ?

Mohammed Harbi. Le président de la République s'est exprimé l'été dernier sur le massacre de Madagascar. Mais il n'a pas dit un mot, jusqu'ici, de celui de Sétif : ce n'est pas un hasard. De larges secteurs de la société française n'ont toujours pas digéré la séparation avec l'Algérie. Le poids des nostalgiques est encore grand. Il a toujours pesé, y compris sur les gouvernements de gauche.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

 

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