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17/07/2018

L'ESPRIT DE VICTOIRE... UNE OCCASION DE FAIRE LA FETE ENSEMBLE, d'EXPRIMER DU BONHEUR

 
 
 
Jean-Luc Mélenchon
 
 

esprit victoire

Au moment où j’écris ces lignes, la rue résonne de klaxons et ma télé donne les images des Champs-Elysées emplis d’une foule en joie. Je ne me suis mis à mon clavier que pour maîtriser l’étrange houle partagée qui montait en moi. Je suis reconnaissant à ceux qui nous permettent de vivre un moment de cette sorte.

Je comprends que le foot indiffère et même qu’il insupporte. Mais j’ai plus de mal avec les militants politiques de la gauche traditionnelle quand ils montrent du doigt ceux qui s’en passionnent et se réjouissent d’une victoire sur le stade. J’ai lu je ne sais combien de commentaires sur le thème « le foot c’est l’opium du peuple », « les mêmes supporteurs sont incapables de défendre leur droits sociaux dans la rue », etc… Et ainsi de suite.

D’une façon générale, cette façon de voir nie le rapport du foot et des luttes populaires. Et des équipes de foot issues de ces milieux. Pourquoi des équipes de foot de la Résistance, des équipes de foot des républicains espagnols, le Red Star et ainsi de suite ?

 

Le livre de Mickaël Correia, Une histoire populaire du football, dit si bien tout sur le sujet. De même que le documentaire de Gilles Perez, « Les Rebelles du foot ».  Quels enjeux s’y trouvaient pour que le foot soit aussi confisqué par l’argent ?

Je réponds à ceux qui m’écrivent en ce moment même pour qu’ils se protègent de l’incapacité a partager une ferveur populaire apparemment sans objet réel. Demandez-vous ce que tant de gens vous disent de cette manière au lieu de les juger.

Méfiez-vous des pisse-vinaigres qui regardent de haut les grandes émotions collectives partagées sans limite visible.

Je comprends la méfiance qui s’attache à ce qui semble échapper au discernement rationnel. Mais est-ce le cas ici ? Quand les mêmes qui applaudissent s’interrompent aussitôt pour huer le président lorsqu’il apparaît à l’écran, ne montrent-ils pas au contraire que leur extrême vigilance dans le match s’exerce encore aussi sans limite d’objet ?

Je ne crois pas que la ferveur anéantisse la volonté. À l’inverse, je crois qu’elle la muscle. Elle la fortifie. Elle le fait en élargissant la perception de soi et de la puissance que nous contenons tous en nous. En s’identifiant au modèle de l’équipe qui force l’adversité par l’endurance et l’opiniâtreté, ceux qui s’y abandonnent exaltent le sentiment qu’ils ressentent de savoir que la force est en eux aussi. On ne fait jamais rien d‘autre en se donnant un exemple, un modèle, un héros.

Qu’est-ce qui s’anéantit dans la ferveur footballistique ? La peur de l’autre. Le doute sur soi. La victoire exalte la bienveillance et le goût de soi. Le sentiment que la victoire est acquise devient un esprit de victoire. Car le goût de la victoire se transpose. La victoire est donc une force de confiance en soi qui est contaminante. Elle peut être contagieuse.

Plongeons sans réserve dans cette vague qui nous submerge ! Nous en reviendrons plus forts, plus généreux. Sans modération : quelle autre équipe conclut une victoire en criant « Vive la République » ?

 

 

 

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HUMANITE.FR

« Fêter les Bleus répond à un besoin profond de partage »
Lundi, 16 Juillet, 2018
Paule Masson

L’ex-défenseur, 142 sélections avec l’équipe de France, est engagé en faveur de l’égalité avec sa fondation d’éducation contre le racisme.

Les Bleus l’ont fait. Ils accrochent une seconde étoile à leur maillot. On peut dire que ce Mondial a renoué avec une équipe de France qui a touché les cœurs…

Lilian Thuram Oui. Il faut remercier les joueurs, l’encadrement, le staff pour ce merveilleux moment passé ensemble. Didier Deschamps a su patiemment ­reconstruire un collectif. Après la qualification au Mondial 2014, la finale perdue de peu face au Portugal lors du championnat d’Europe en France en 2016, l’équipe de France n’a cessé de monter en puissance à cette Coupe du monde. Elle a procuré beaucoup de joie et d’émotions bien au-delà des supporters classiques.

Au-delà des hommes en tout cas. L’intérêt des femmes pour ce type de compétition est-il une des traces laissées par la victoire des Bleus au Mondial de 1998 ?

Lilian Thuram Certainement. Car jusque-là le foot était enfermé dans l’idée d’un sport réservé aux hommes. Le foot est un sport qui fédère.

L’engouement qui s’exprime dans la rue, dans les bars, dans les familles est intergénérationnel, interculturel. Il touche les villes, les banlieues, les campagnes. Ce sont les valeurs du collectif qui créent cet élan ?

Lilian Thuram Fêter l’équipe de France permet de saisir une occasion de faire la fête ensemble, d’exprimer du bonheur, spontanément d’ailleurs car personne ne donne officiellement rendez-vous sur les Champs-Élysées après le match. On y va pour satisfaire un besoin profond de partage. Nous sommes des êtres de liens. Nous avons besoin des autres pour exister.

Or nous vivons un moment où les discours politiques et leurs relais médiatiques conditionnent à la peur des autres. Des pays, des continents sont en train de se fermer, de céder au repli identitaire.

Ces idéologies sont là pour casser les solidarités, briser les cohésions et empêcher de croire qu’il est possible de changer les choses.

Dans ce contexte d’anxiété, les victoires de l’équipe de France servent de défouloir pour partager des émotions avec des gens qu’on aime. C’est un besoin humain. Cela fait un bien fou. On ne peut pas vivre sans cela.

Iriez-vous jusqu’à penser qu’il s’agit d’une expression du principe de fraternité que le Conseil constitutionnel vient de reconnaître ?

Lilian Thuram Le football touche à ­l’émotion. Il permet de s’identifier à un groupe, d’en faire partie. Alors oui, il a quelque chose à voir avec la fraternité. Et puis il satisfait aussi un autre besoin, celui de pouvoir espérer. Avant un match, on rêve, on se projette. Or il n’y a aujourd’hui plus beaucoup d’espaces pour le faire dans une société où on nous vend un avenir fait de catastrophes.

S’identifier à l’épopée d’une équipe métissée, ça fait du bien aussi, non ?

Lilian Thuram Nous en sommes tous très heureux. Mais cette équipe de France aurait pu être très différente. Il ne faut pas avoir la mémoire courte. Fin 2010, la Fédération française de foot a bien failli instaurer des quotas contre les joueurs binationaux. L’affaire a été éventée grâce à Mohamed Belkacemi, conseiller technique national pour le football des quartiers, qui a enregistré une réunion évoquant ces mesures discriminatoires. Il a été un lanceur d’alerte et nous devons remercier cette personne d’avoir osé dénoncer l’injustice. Les gens doivent savoir que le bonheur qu’ils sont en train de vivre, ils le doivent à un homme qui a eu le courage de dire « non ».

Lilian Thuram

Ancien footballeur, sélectionné en équipe de France de 1994 à 2008
Les défenseurs à l’attaque

Lilian Thuram a fait le voyage jusqu’en Russie pour assister à la finale. « Celle-là, je ne pouvais pas la rater. France-Croatie, ça me parle, ça me fait rêver », glisse l’ancien défenseur des Bleus, qui avait qualifié la France pour la finale du Mondial 1998 grâce à deux buts, les seuls marqués de toute sa longue carrière en équipe de France. Vingt ans après, le recordman de sélections en équipe de France ne s’explique toujours pas ces deux tirs. Mais il sait en revanche combien il faut savoir gérer ses émotions pour jouer un match de ce niveau. Avec humour, la Fédération croate de football a tweetté vendredi 13 pour demander à Didier Deschamps s’il comptait titulariser Lilian Thuram pour la finale 2018. Les Bleus ont répondu à leur tour sur le réseau social qu’il faudrait alors que les Croates laissent sur le banc de touche Davor Suker, auteur d’un but en 1998. Les temps changent et les arrières marquent aujourd’hui des buts, les talents de la défense française notamment, Varane, Umtiti, ou encore Pavard, auteurs de tirs décisifs lors de ce Mondial.

 

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Pascal Boniface, né le 25 février 1956 à Paris, est un géopolitologue français.

Fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, il a traité de l'arme nucléaire, du conflit israélo-palestinien et de géopolitique du sport — notamment dans le domaine du football.

"Vous avez dit dans l’un de vos livres que le football pouvait atténuer les conflits. Ce n’est pas toujours le cas

Pascal Boniface Certes, le football peut être utile pour réconcilier les communautés, mais il peut aussi être utilisé. On l’a constaté à deux reprises lors de cette Coupe du monde, avec ce qu’on peut qualifier de provocations inutiles : les deux joueurs suisses d’origine kosovare qui ont eu des gestes anti-Serbes ; et aussi ce joueur croate qui a évoqué le conflit russo-ukrainien en rendant hommage à l’Ukraine après le match contre l’équipe russe.

Les plus méprisants disent que la Coupe du monde est l’opium du peuple. Quelle est votre opinion ?

Pascal Boniface C’est une parenthèse de quelques semaines, mais dont le souvenir positif dure longtemps. Nous sommes encore marqués par ce 12 juillet 1998. Mais le football n’occulte pas tout et n’empêche absolument pas d’avoir une conscience politique, une fois le match terminé. Dire du football qu’il est l’opium du peuple, j’y vois surtout le mépris de certains intellectuels.

 

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Parlons équipe de France. Est-elle le reflet de la France d’aujourd’hui ?

Pascal Boniface C’est surtout un exact reflet de la France que l’on voudrait avoir. Une France qui réussit, une France qui gagne, une France joyeuse, qui travaille ensemble, qui est collective. Disons que c’est un reflet amélioré de la réalité. On voit la joie qu’elle a pu apporter aux Français.

Certains considèrent avec mépris ces débordements, mais que le peuple soit joyeux n’est pas forcément une mauvaise chose. Il n’y a pas beaucoup d’occasions pour qu’il le soit. ça ne veut pas dire qu’ensuite ces gens seront oublieux de leurs combats et de leurs causes. Ce sont deux choses bien distinctes.

Cette équipe a aussi retrouvé un contact avec les Français car, au-delà de ses performances, elle est aussi extrêmement sympathique. Elle a le sourire, elle ne met pas une distance entre elle et le public. Et puis, le grand mérite de Didier Deschamps, c’est que l’on voit qu’il y a des vedettes dans cette équipe, mais qu’elles se mettent toutes au service du collectif. Le groupe l’emporte, sans pour autant étouffer les stars.

Est-ce que la France est devenue un pays de football ?

Pascal Boniface Non, toujours pas. Les Français se passionnent en premier lieu pour la victoire, pas pour la Coupe du monde. On voit qu’il faut toujours attendre un certain niveau dans la compétition pour que les gens se mobilisent. Dans un pays comme l’Angleterre, si une équipe est reléguée dans une division inférieure, les gens continueront à la soutenir, à suivre ses résultats. C’est moins le cas en France, excepté certaines villes. Malgré tout, on peut quand même dire que la France se « footballise ».

On voit maintenant que, toutes générations confondues, tous sexes confondus, on se passionne pour le football."


(1) L’Empire foot. Comment le ballon rond a conquis le monde (Armand Colin) et Planète football, avec David Lopez (BD aux éditions Steinkis).

 

« Un joueur est toujours

l’ambassadeur de son pays »

Lundi, 16 Juillet, 2018

Au-delà des enjeux sportifs, la Coupe du monde draine des enjeux politiques. Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques et auteur de plusieurs livres sur le football (1), nous détaille ces liens.

Selon vous, football et géopolitique ont un lien très fort. Pourquoi ?

Pascal Boniface Parce que c’est le sport universel par excellence, connu de tous et qui se pratique partout. Chaque nation est représentée par son équipe de football. Quelque part, le prestige d’un pays se mesure également à la qualité de son équipe et au parcours de celle-ci. Par ailleurs, dans la mesure où les symboles sont très forts, il peut y avoir des rapprochements ou des affrontements qui viennent se superposer sur un match de football.

Il y a eu des audiences record lors de cette Coupe du monde.

Le football a-t-il gagné la bataille de la mondialisation ?

Pascal Boniface Il est complètement mondialisé, dans la mesure où l’on y joue partout et que les Coupes du monde ont été organisées sur tous les continents. En même temps, il n’est pas encore multipolarisé, parce qu’il est toujours dominé par les pays européens et sud-américains. Sur les 16 huitièmes de finalistes, il y avait dix pays européens, quatre sud-américains et seulement le Mexique et le Japon pour compléter le tableau. En termes de résultats, le football reste relativement oligarchique.

Le footballeur est-il aussi devenu un objet politique sans le savoir ?

Pascal Boniface Oui, dans la mesure où il a une telle exposition mondiale que la compétition devient un enjeu politique pour ceux qui y participent, ou ceux qui l’organisent, en l’occurrence Vladimir Poutine, qui voulait montrer un autre visage de la Russie. Le joueur est toujours, qu’il le veuille ou non, l’ambassadeur en short de son pays. Il l’incarne, et ses compatriotes se sentent incarnés par lui. La définition classique de l’État, c’est : un gouvernement, une population, un territoire. Et on pourrait ajouter : une équipe nationale de football.

Vladimir Poutine a-t-il réussi sa Coupe du monde ?

Pascal Boniface Il a marqué des points par rapport à sa population, mais beaucoup moins par rapport aux Occidentaux, qui restent réservés. Avant la compétition, il y avait plusieurs enjeux : le hooliganisme, le racisme dans les stades et les risques d’attentats. Rien de tout cela n’a eu lieu. Cerise sur le gâteau, l’équipe russe a finalement réussi un beau parcours.

 

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