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06/12/2018

Eugène POTTIER "celui  « qui avait entendu le mouvement de la ruche humaine ».

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L'INSURGE

 

L’insurgé, son vrai nom c’est l’homme
Qui n’est plus la bête de somme,
Qui n’obéit qu’à la raison.
Et qui marche avec confiance,
Car le soleil de la science,
Se lève rouge à l’horizon.

Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé se dresse
Le fusil chargé.

On peut le voir aux barricades
Descendre avec les camarades,
Riant, blaguant, risquant sa peau
Et sa prunelle décidée
S’allume aux splendeurs de l’idée,
Aux reflets pourpres son drapeau.

Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé se dresse
Le fusil chargé.

En combattant pour la Commune,
Ils savent que la terre est une,
Qu’on ne doit pas la diviser,
Que la nature est une source
Et le Capital une bourse
Où tous ont le droit de puiser.

Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé se dresse
Le fusil chargé.

Il revendique la machine,
Il ne veut plus courber l’échine
Sous la vapeur en action,
Puisque l’exploiteur à main rude
Fait instrument de servitude
Un outil de rédemption.

Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé se dresse
Le fusil chargé.

Contre la classe patronale,
Il fait la guerre sociale
Dont on ne verra pas la fin,
Tant qu’un seul pourra sur la sphère
Devenir riche sans rien faire,
Tant qu’un travailleur aura faim.

Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé se dresse
Le fusil chargé.

A la bourgeoisie écœurante
Il ne veut plus payer la rente,
Combien de milliards tous les ans !
C’est sur vous, c’est sur votre viande
Qu’on dépèce un tel dividende,
Ouvriers, mineurs, paysans.

Devant toi, misère sauvage,
Devant toi, pesant esclavage,
L’insurgé se dresse
Le fusil chargé.

Il comprend notre mère aimante,
La planète qui se lamente
Sous le joug individuel;
Il veut organiser le Monde,
Pour que de sa mamelle ronde
Coule un bien-être universel.

 

 

LAISSEZ FAIRE, LAISSEZ PASSER

De tous les droits que l'homme exerce,
Le plus légitime, au total,
C'est la liberté du Commerce,
La liberté du Capital.
La loi ? c'est l'offre et la demande,
Seule morale à professer !
Pourvu qu'on achète et qu'on vende,
Laissez faire, laissez passer !

Et que rien ne vous épouvante !
Y glissât-il quelque poison,
Si le marchand double sa vente,
Le succès lui donne raison.
Que ce soit morphine ou moutarde,
Truc chimique à manigancer...
C'est l'acheteur que ça regarde,
Laissez faire, laissez passer !

Les travailleurs ont des colères
Dont un savant n'est pas touché.
Il faut bien couper les salaires
Pour travailler à bon marché.
Par un rabais de deux sous l'heure,
Des millions vont s'encaisser.
Et puis !... croyez-vous qu'on en meure ?
Laissez faire, laissez passer !

Le marché pour l'article en vogue
Offre un rapide écoulement.
N'écoutons pas le démagogue
Qui nous prédit l'engorgement.
Il faut, malgré ces balourdises,
En fabriquant à tout casser,
L'inonder de nos marchandises,
Laissez faire ! laissez passer !

Pour le bien-être des familles
Doublons les heures de travail.
Venez, enfants, femmes et filles,
La fabrique est un grand bercail.
Négligez marmots et ménage,
Ça presse ! et pour vous délasser
Vous aurez des mois de chômage.
Laissez faire ! Laissez passer !

Par essaims le Chinois fourmille.
Ils ont des moyens bien compris
De s'épargner une famille
Et travailler à moitié prix.
Avis aux ouvriers de France ;
Dans leur sens il faut s'exercer,
Pour enfoncer... la concurrence...
Laissez faire ! laissez passer !

Sous le Siège, dans la famine,
J'ai défendu la "liberté"
Voulant, fidèle à la Doctrine,
Rationner par la cherté.
Chaque jour et sans projectiles,
Par vingt mille on eût vu baisser
Le stock des bouches inutiles.
Laissez faire ! Laissez passer !

Qu'on accapare la denrée,
Qu'on brûle docks et magasins,
Que pour régler les droits d'entrée,
On se bombarde entre voisins,
Quitte à gémir sur les victimes,
Qu'on voit écraser, détrousser !
L'économie a pour maximes :
Laissez faire ! Laissez passer !

 

 

LES CLASSES DIRIGEANTES

Tout un flot d’étoiles filantes
Sur ce globe s’est abattu,
Et, de nos classes dirigeantes,
Il ne reste plus un fétu.
Ceux qui nous guidaient dans l’impasse,
Nos hommes d’État creux et lourds,
Sont allés diriger l’espace…
Et la Terre tourne toujours !

Ils ne sont plus ! qu’allons-nous faire ?
Devant qui nous mettre à genoux ?
L’État tenait tout dans sa sphère,
Ces gaillards-là pensaient pour nous !
Sans eux, moutons, saurez-vous paître ?
Qui tiendra la bride aux amours ?
Quoi ! pas même un garde champêtre !
Et la Terre tourne toujours !

Où sont ces doctrinaires chauves
Qui, de père en fils, ont voté
Codes sauvages et lois fauves,
Pour sauver la société ?‎
Vous n’entendrez plus, prolétaires,
Couler l’eau trouble, en longs discours,
Des robinets parlementaires…
Et la Terre tourne toujours !

Quoi ! plus un seul capitaliste,
Plus d’escrocs par le code absous,
Dont le génie âpre consiste
À faire suer les gros sous !
Eh ! quoi le Travail et l’Idée
Sont soustraits au bec des vautours !
Quoi ! Rothschild, ta caisse est vidée ?
Et la Terre tourne toujours !

Pour des travaux de Pénélope
À coups de canon déchirés,
Plus d’ambassadeurs en Europe,
Ni crachats, ni cordons moirés.
Les peuples, las des vieilles trames
Et de l’eau bénite des cours,
Fraternisent par télégrammes…
Et la Terre tourne toujours !

Sachant mieux aboyer que mordre,
Où sont tant de chefs glorieux,
Qui se repliaient en bon ordre,
Pas plus morts que victorieux ?
Les coups d’État, mèche allumée,
N’ensanglantent plus nos faubourgs,
La paix se maintient sans armée…
Et la Terre tourne toujours !

Plus de gras curés, plus de pape !
Pas même un pieux sacristain ;‎
On ne rencontre plus Priape
En soutane d’ignorantin.
Le miracle ayant tué Rome,
Le Syllabus n’ayant plus cours,
La raison se fait Dieu dans l’Homme !
Et la Terre tourne toujours !

La Terre tourne et, plus fertile,
Nourrit des bras moins fatigués.
Dans les blés grands où croît l’utile,
L’alouette a des chants plus gais.
Le travail s’accomplit sans maîtres
Et, dans leurs loisirs de velours,
La poésie emplit les êtres,
Et la Terre tourne toujours !‎

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le 4 octobre 1816, naissait à Paris le poète, le goguetier, le révolutionnaire, le communard Eugène Pottier, « d’une mère dévote et d’un père bonapartiste » précise-t-il. D’abord apprenti de son père, emballeur, il sera pion, commis papetier, employé de bureau et finalement dessinateur d’impression. Il crée même son entreprise de dessinateurs industriels en 1864 et fonde, pour cette profession, une chambre syndicale qui adhère, avec ses cinq cents membres, à la Ire Internationale.

Élu membre de la Commune dans le 2e arrondissement de Paris, il en est le maire jusqu’au 28 mai 1871, pendant la semaine sanglante qui écrase la Commune dans le sang. Les Versaillais croient qu’il a été exécuté. C’est caché dans ce Paris meurtri qu’il écrira l’Internationale. Il fuit en Belgique, puis en Angleterre et enfin aux États-Unis. Il revient en France en 1880, après l’amnistie des communards.

Toute sa vie, il se battra pour le droit et la justice, pour une République sociale, incarnant le désespoir et l’espoir des plus démunis. Sa pensée politique et sociale (influencée par Fourier et Blanqui, par Proudhon aussi) est authentiquement révolutionnaire. Chants révolutionnaires est d’ailleurs le titre choisi par ses amis, anciens communards, pour le recueil qui rassemble ses textes à la fin de sa vie, en 1887. Il résume ses idées politiques dans son plaidoyer pour rejoindre, en 1875, la loge maçonnique « les Égalitaires » lors de son exil aux États-Unis : « En 1832, j’étais républicain, en 1840, socialiste. J’ai pris une part obscure aux révolutions de 1848 : février et juin. Du coup d’État (de Napoléon III du 2 décembre 1851 – NDLR) au 4 septembre (1870, proclamation de la République – NDLR), je demeurais intransigeant : participer avec les assassins du droit, c’est se prostituer. » En 1885, il se définit comme communiste et anarchiste « tant il est vrai que nos querelles sont surtout des querelles de mots, de mots mal définis ».

Il trace ses chansons et ses poèmes avec le burin du graveur

Poète ouvrier, il est aussi un ouvrier poète. Il aime la belle ouvrage et la moindre de ses chansons se distingue par un solide sens artistique. Dessinateur, il trace ses chansons et ses poèmes avec le burin du graveur. Celui qui dit avoir ­découvert la poésie en apprenant par cœur un recueil de Béranger et en lisant une vieille grammaire est à bien des égards un digne contemporain de Hugo. Il partage le même sens de la formule frappée et frappante.

Il ne se contente pas de s’apitoyer sur le sort des pauvres. Son sens de la formule n’est pas pour rien dans le succès planétaire de l’Internationale : « Le monde va changer de base/Nous ne sommes rien, soyons tout !/ Il n’est pas de sauveurs suprêmes/Ni Dieu, ni César, ni tribun,/ Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes. » Un programme repris par les révolutions du XXe siècle mais qui porte aussi en lui la critique avant l’heure des limites de ces mêmes révolutions.

En bref, « Un personnage hors du commun, proche du peuple, connu et admiré pour sa gentillesse, sa force de caractère, son sens de la générosité, son culte de l’amitié »

Eugène Pottier s’éteint à Paris le 6 novembre 1887. Deux jours plus tard, cinq cent mille personnes suivent le ­cortège funèbre malgré l’intervention arrogante de la police qui tente d’arracher les drapeaux rouges de la manifestation. De nombreux anciens communards et ses amis socialistes sont présents. Jules Guesdes, son exécuteur testamentaire, Clovis Hugues, Pierre Dupont, Jean-­Baptiste Clément, Édouard Vaillant et tant d’autres qui se rassemblent aux cris de :

« Vive la Commune! » Il est salué par Louise Michel au Père-Lachaise, celui : « qui avait entendu le mouvement de la ruche humaine ».

 

 

 

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