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22/01/2015

LA LAICITE PLUS QUE JAMAIS NECESSAIRE

Pour lutter contre le fanatisme, la laïcité plus que jamais nécessaire

Le Monde.fr | 14.01.2015 à 16h14

 
Paris, Place de la République, le 11 janvier 2015 Paris, Place de la République, le 11 janvier 2015 | JOEL SAGET / AFP

Par Henri Peña-Ruiz, philosophe et spécialiste de la laïcité. Dernier ouvrage paru : «Dictionnaire amoureux de la laïcité » (Éditions Plon)

Dictionnaire Amoureux De La Laïcité de Henri Pena-Ruiz

Paris, Place de la République, nuit du 7 janvier 2015. Des dizaines de bougies vacillent au pied de Marianne. La République est en deuil. Qui pourra dire l’accablement, cette tristesse dans tous les yeux, cette impossibilité de former des paroles qui ne paraissent pas dérisoires ? On prend soudain la mesure du crime. Les fanatiques ont voulu tuer le courage, l’humour critique, l’insolence salutaire, ces audaces de l’art et de la satire qui parlaient vrai et clair.

Et ce alors que la complaisance électoraliste inventait le politiquement correct pour travestir la trahison en réalisme, en expressions confuses, en formules ambiguës. Car enfin confondre l’esprit critique avec la stigmatisation, la culture avec le culte, la fermeté du droit avec la violence arbitraire, c’est brouiller le sens des principes et encourager leurs adversaires.

De même réduire la laïcité à l’égalité des religions et non de toutes les convictions, c’est discriminer l’humanisme athée ou agnostique.

Paradoxe. C’est l’humour impertinent qui a tenu lieu de clarté politique, quand trop de responsables se sont livrés à l’incantation de principes qu’ils n’osaient plus défendre concrètement.

Chez Cabu, chez Charb, chez Honoré, chez Tignous, chez Wolinsky, héros ordinaires de la clarté comme du courage, la liberté ne s’encombrait pas d’opportunismes ou de silences partisans.

Elle jaillissait avec la fraîcheur du regard sans concession, la force d’un absolu dit hâtivement « irresponsable », mais assumé comme tel à rebours des lâchetés intéressées. Oui les dessinateurs de Charlie étaient les « instituteurs du peuple » chers à Victor Hugo. Leurs caricatures géniales surgissaient de la conscience spontanée qui pointe l’inqualifiable et le donne à voir sans autre violence que celle du fanatisme dénoncé. On riait devant le dessin et sa légende, car il visait juste en passant à la limite, mais selon un clin d’œil complice qui n’avait rien de cette violence pointée du doigt.

Ces hommes de culture ne voulaient nullement faire la leçon. Ils incarnaient la liberté vive de l’être humain, cette sorte de langage sans façon qui convoque la pensée dans le sourire provoqué, et produit la conscience émancipée. Ces artistes modestes et tendres n’étaient jamais méchants, mais toujours féroces avec l’inhumanité qu’ils dessinaient sans complexe ni fausse pudeur.

Ils dénonçaient l’intolérance et le racisme, la xénophobie et la bêtise meurtrière. Ils s’inscrivent désormais dans la « tradition des opprimés » chère à Walter Benjamin. Ils côtoient Jean Calas et le Chevalier de Labarre, Giordano Bruno et Michel Servet, suppliciés au nom de la religion.

Ils sont les héritiers de Voltaire, qui « écrasait l’infâme » dans l’humour du Dictionnaire philosophique, de Diderot qui dénonçait le fanatisme dans La Religieuse, d’Averroès qui invitait à lire le Coran avec distance dans le Discours décisif.

Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinsky n’ont jamais confondu le respect de la liberté de croire, conquis par l’émancipation laïque, et le respect des croyances elles-mêmes.

Ils ont su qu’on peut critiquer voire tourner en dérision une religion, quelle qu’elle soit, et que ce geste n’a rien à voir avec la stigmatisation d’une personne en raison de sa religion.

Ils ont pratiqué la laïcité par la liberté de leur art, sans l’affubler d’adjectifs qui attestent une réticence hypocrite. Ni ouverte ni fermée, leur laïcité avait l’évidence nette de leurs dessins créateurs. Car ils savaient que l’indépendance des lois communes à l’égard de toute religion est la condition des libertés comme de l’égalité, mais aussi celle d’un cadre commun à tous, capable d’unir sans soumettre. Ils savaient, comme le rappelle Bayle, qu’il n’existe de blasphème que pour ceux qui vénèrent la réalité dite blasphémée. Dans un état de droit laïque nul délit de blasphème n’est légitime.

Ils savaient aussi, et montraient clairement, que les fidèles des religions ne peuvent être confondus avec leurs délinquants.

Ni le christianisme avec Torquemada qui envoya au bûcher tant d'« hérétiques » ou avec les poseurs de bombe qui le 23 octobre 1988 firent 14 blessés graves en incendiant le cinéma Saint-Michel qui projetait La dernière tentation du Christ. Ni le judaïsme avec Baruch Goldstein qui le 25 février 1994 abattit à Hébron 29 Palestiniens ou avec Yigal Amir qui assassina Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995 après avoir vu dans un verset de la Bible une incitation au meurtre. Ni l’Islam avec les fous de Dieu qui le 11 septembre 2001 précipitèrent des avions contre les Twin Towers de New York, causant la mort de plus de 3 000 personnes, ou avec les tortionnaires de l’Etat Islamique qui violent les femmes et décapitent des journalistes.

Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinsky nous manquent déjà, d’une absence cruelle qui nous fait mesurer ce qu’ils apportaient à l’humanité rieuse et pensante, à la lucidité collective, à la conscience libre. Et avec eux nous manquent toutes les personnes qui ont subi cette mort aveugle.

Si nous voulons être Charlie, vraiment, nous devons bannir toute tentation de transiger sous quelque prétexte que ce soit avec les principes de notre République.

Des principes conquis dans le sang et les larmes, à rebours de traditions rétrogrades qui n’épargnèrent aucune culture, aucune région du monde.

Liberté, égalité, fraternité.

Et laïcité, plus que jamais.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/14/pour-lutter-contre-le-fanatisme-la-laicite-plus-que-jamais-necessaire_4556258_3232.html#YwuKZTzFKphv46L9.99

LA LAICITE française en crise par PENA- RUIZ.. A lire SANS MODERATION

 

Références du Dictionnaire amoureux de la laïcité

« Dictionnaire amoureux de la laïcité« , Henri Pena-Ruiz, février 2014, éditions Plon.

 Dictionnaire Amoureux De La Laïcité de Henri Pena-RuizDictionnaire Amoureux De La Laïcité de Henri Pena-Ruiz

Henri Pena-Ruiz, philosophe, écrivain et maître de conférences à Sciences-Po Paris, vient de recevoir plusieurs prix pour son Dictionnaire amoureux de la laïcité. Selon lui, la laïcité française est en crise. Entretien.

 

Vous venez de recevoir le Prix national de la laïcité 2014, décerné par le Comité Laïcité République, ainsi que le Prix de l’initiative laïque remis par la CASDEN, la MAIF et la MGEN. Que représentent ces deux distinctions à vos yeux ?

 

Je ne boude pas mon plaisir. C’est une reconnaissance morale et intellectuelle du travail effectué pour défendre l’idéal laïque. Il n’est pas toujours facile de faire comprendre ce qu’est la laïcité. Quand on le fait, on soulève encore de l’hostilité de la part des personnes que l’idée laïque dérange en ce qu’elle porte atteinte non à la religion, mais à ses privilèges traditionnels.

 

Quelle définition donner de la laïcité ?

 

Dans la laïcité, il y a d’abord l’idée d’unité, celle du laos, qui en grec veut dire peuple indivisible. Il ne s’agit ni de nier les différences, ni de s’enfermer en elles. Sinon on tombe dans le communautarisme. Avant d’être différents, les êtres humains sont ressemblants : ils sont tous porteurs d’humanité et de citoyenneté.

La laïcité unit tout le peuple par la conjugaison de trois principes fondamentaux : la liberté de conscience ; la stricte égalité de droits ; et l’orientation de la puissance publique vers l’intérêt général, commun à tous, donc universel. C’est une application du triptyque républicain « liberté, égalité, fraternité ».

 

La laïcité se porte-t-elle bien en France et, plus précisément,

à l’école ?

 

Non, elle ne va pas bien du tout, parce que l’école publique est affaiblie par des politiques qui l’ont remise en question en tant qu’école républicaine et laïque. Certaines réformes dites pédagogiques ont relativisé l’acte d’instruire. On a trop souvent découragé les enseignants en les traitant d’élitistes et en opposant la démocratisation à l’exigence culturelle. Ce qu’il faut démocratiser, ce n’est pas le savoir, mais l’accès au savoir.

Et puis, seconde cause du problème : les défaites de la laïcité.

La loi Debré de décembre 1959, qui organise le financement public d’écoles privées religieuses, est une loi anti laïque. Elle détourne l’argent public vers des intérêts privés. Elle a été aggravée par la loi Carle de 2009.

Autre recul de la laïcité : la neutralité nécessaire de l’école. Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, vient de déclarer que les accompagnatrices de sorties scolaires n’étaient pas tenues d’observer une neutralité vestimentaire. C’est une erreur.

 

Pour quelles raisons ?

 

Si l’on considère que les sorties scolaires font partie de l’enseignement, les accompagnateurs doivent être soumis aux mêmes règles déontologiques que les personnels de l’Education nationale.

Imagine-t-on un accompagnateur scolaire qui viendrait revêtu d’un tee-shirt sur lequel serait écrit « Dieu n’existe pas » ? Non. Alors il en va de même pour toute tenue religieuse.

Et puis, il y a des choses incompréhensibles. Quand Vincent Peillon ministre de l’Education a fait la réforme des rythmes scolaires, il a étendu aux activités périscolaires les financements de la loi Debré.

Une étrange façon d’honorer la Charte de la laïcité !

De façon inintelligible, il a dispensé les écoles privées religieuses sous contrat de l’application des nouveaux rythmes scolaires.

Quant aux élus qui contournent la loi de séparation laïque de 1905, en finançant indirectement les religions, ils violent la laïcité qu’ils prétendent pourtant défendre.

 

Ce qui va mal également pour la laïcité, c’est le non respect du principe de neutralité par les plus hautes autorités de la République.

Deux exemples : Nicolas Sarkozy dans son discours du Latran, en 2007, avait osé dire que la République avait besoin de croyants, ce qui était très discriminatoire à l’égard des athées et des agnostiques.

Que dirait-on d’un enseignant qui entrerait dans sa classe en déclarant que l’école a besoin de croyants, ou d’athées ?

Récemment, en avril dernier, Manuel Valls, premier Ministre, s’est rendu au Vatican, en voyage officiel et donc aux frais de la République, pour assister à deux béatifications papales. C’était pourtant un événement purement religieux, qui n’a rien avoir avec des relations diplomatiques entre Etats !

 

En quel sens la laïcité ne peut-elle pas être dite antireligieuse ?

 

La confusion entre laïcité et démarche antireligieuse est un contre-sens encore trop fréquent.

La laïcité n’a jamais été hostile à la religion ! D’ailleurs, elle a été parfois portée par des croyants, comme Victor Hugo, par exemple. On lui doit la célèbre formule

« Je veux l’Etat chez lui et l’Eglise chez elle ».

Lors des débats auxquels je participe, je suis souvent stupéfait que des personnes m’attribuent une hostilité farouche à la religion. Ma position est pourtant simple : la religion est libre, mais elle n’engage que ceux qui croient.

De même, l’humanisme athée est libre mais il n’engage que les athées.

La République se doit d’être neutre et de traiter à égalité les divers croyants, les athées et les agnostiques.

Cela interdit les privilèges publics de la religion, les financements publics d’écoles privées religieuses, les privilèges concordataires qui existent encore en Alsace-Moselle.

Beaucoup de religieux cultivent leur foi de façon désintéressée. Ils considèrent même que la laïcité est une bonne chose puisqu’elle conduit la religion à se recentrer sur sa démarche spirituelle et à abandonner toute volonté de domination sur la sphère temporelle.

 

Que pensez-vous des référents laïcité qui ont été nommés dans chaque académie pour former les équipes éducatives ?

 

L’idée est bonne, mais tout dépend du choix de ces référents. Si l’on choisit des partisans de la laïcité dite « ouverte », c’est-à-dire qui prétendraient que la laïcité est fermée et qu’il faut l’ouvrir, ce n’est pas une bonne chose.

Je suis favorable à ce que l’on dispense une formation à la laïcité à tous les enseignants.

Il faut que dans les ESPE, il y ait des modules laïcité pour expliquer que dans l’école de la République, on doit respecter des règles.

Et notamment celle d’éviter tout prosélytisme religieux ou athée.

La République confie ses enfants à des enseignants qui se doivent de les former pour qu’ils deviennent des citoyens éclairés, capables de voter en connaissance de cause.

 

 Charles Centofanti

CHARLIE HEBDO : RISS nouveau directeur de la publication

Photo : Alexander Klein/AFP
 
Le caricaturiste Riss, sorti hier de l’hôpital, est le nouveau directeur
 de la publication de l’hebdomadaire satirique.

De son lit d’hôpital, il a dessiné, de la main gauche, une caricature pour le dernier Charlie Hebdo, sorti mercredi 14 janvier, une semaine après la tuerie qui a coûté la vie à 12 personnes au sein de l’hebdomadaire satirique. Sur ce dessin, un dessinateur peine à la tâche, en tirant la langue. En légende : « Dessinateur à Charlie, c’est 25 ans de boulot ». En dessous, deux terroristes tirent sur des silhouettes. Légende : « Terroriste, c’est 25 secondes de boulot. Terroriste, c’est un métier de feignant et de branleur ».

Touché à l’épaule droite lors de la fusillade, Riss devait sortir de l’hôpital hier. Il était directeur de la rédaction, depuis 2009, aux côtés de Charb. Il devient directeur de la publication. Dans une interview au Monde, publiée hier, il a précisé que « le prochain numéro de Charlie Hebdo ne paraîtrait pas le 28 janvier », comme initialement prévu, « mais dans les semaines à venir. À plus long terme, il faudra une refondation. Mais il faudra la mûrir ». Seule certitude : Charlie ne renoncera pas « au combat pour la laïcité », même s’il « ne faut pas que ça devienne une obsession ».

Riss parlait hier au Monde de « réinventer » Charlie Hebdo, d’autant qu’on a vu disparaître « des poids lourds ». Mais, nuance-t-il, « moi-même, je ne sais pas si, une fois sorti de l’hôpital, j’arriverai à le faire. On va essayer en tout cas ».

Il précise que c’est « la dynamique collective qui donnera la direction. Il faut transformer cette épreuve en quelque chose de créatif. Ce n’est pas évident ».

Riss ne doit sa survie qu’à un réflexe : il s’est jeté face contre terre, quand les coups de feu ont commencé à pleuvoir, et a fait semblant d’être mort pour échapper aux frères Kouachi. Il n’a entendu ni sons ni cris. Juste des coups de feu. Puis le silence, longtemps. La première nuit, à l’hôpital, raconte-t-il, il n’a cessé d’avoir peur que les terroristes viennent l’achever.

Le nouveau directeur de la publication s’est aussi exprimé sur la mobilisation et ses suites : « Vu l’énormité de la mobilisation, il fallait s’attendre à des voix dissonantes. On a le droit de dire “je ne suis pas Charlie”.

La question est de le dire pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Si c’est pour défendre les terroristes, là, j’ai du mal. » Riss fait partie de l’équipe, aux côtés de Cavanna, Charb et Val, qui a relancé Charlie Hebdo en 1992, après être passé durant une petite année à la Grosse Bertha.

Caricaturiste, Riss a aussi suivi de nombreux procès pour Charlie, depuis 1994. Certains sont emblématiques, comme ceux des collabos Paul Touvier ou de Maurice Papon (1997), voire du tortionnaire de la guerre d’Algérie Paul Aussaresses, ou de l’intégriste catholique l’abbé Cottard.

 
 BON COURAGE à RISS, AUX RESCAPES... PARCE QU'IL EN FAUDRA  !
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*
 
Journal l'Humanité
 
Nos lecteurs par centaines sont ulcérés par le comportement des chaînes publiques de télévision et de radio qui, durant des centaines d’heures sur le sujet, pas une fois, n’ont donné la parole à un journaliste de l’Humanité, pour laquelle pourtant dessinait Charb chaque lundi. Le drame n’a, pour l’heure, rien apporté au pluralisme, réduit à une fleur de rhétorique.

 

GRECE: POUR QUE L'ESPOIR RENAISSE

Capture GRECE.JPG

Photo : Patrick Nussbaum
 
Pour tous, une victoire de Syriza en Grèce symboliserait l’espoir d’un virage politique
à visage humain
en Europe.
 

 

... Paris, Athènes, même combat. Lundi soir, au gymnase Japy du 11e arrondissement de la capitale, plus de 1 500 personnes se sont rassemblées en solidarité avec le peuple grec et pour soutenir Syriza. La coalition menée par Alexis Tsipras, qui incarne la gauche radicale et progressiste, peut l’emporter lors des législatives grecques du 25 janvier prochain.

L’espoir et les vœux de victoire ont réchauffé les cœurs de tous les participants, invités par le Front de gauche et Attac, auxquels se sont joints Europe Écologie-les Verts, Nouvelle Donne et l’aile gauche du PS.

Pierre Laurent, Jean-Luc Mélenchon, Cécile Duflot, Guillaume Balas, et tous les autres représentants politiques, ont rappelé à tous que l’avenir de toute l’Europe, aujourd’hui, se joue en Grèce. Une victoire de Syriza sonnerait le départ d’un renouveau d’une union continentale au service des peuples, et concerne tous ceux qui sont confrontés au dogme d’une austérité qui n’en finit plus de briser les politiques de justice sociale et 
de solidarité. Parce que, pour eux, le combat est commun, qu’il concerne aussi bien le pays où fut inventé la démocratie que celui des droits de l’homme, les militants rassemblés à Paris, lundi, ont apporté un soutien total au peuple grec, pour la Grèce, et pour l’Europe.

Ils disent non à Juncker, oui à Tsipras. Non à une Commission européenne qui impose l’austérité en sacrifiant les peuples, oui aux Grecs qui veulent élire Syriza pour une alternative à gauche. « Le rapport de force nous est extrêmement défavorable à l’échelle du continent, mais cela peut changer. L’étincelle, le vrai changement, peut venir d’une victoire lors des législatives en Grèce. C’est pour cela que je suis là ce soir », lance Jean.

Membre de l’Union des étudiants communistes, le jeune homme de vingt-cinq ans était au milieu des militants rassemblés lundi soir au gymnase parisien de Japy, drapeau au poing. « La Grèce a été le laboratoire de mesures austéritaires qui ne servent qu’à empirer la situation. C’est pareil en France : même si elles sont moins brutales, elles avancent et détruisent. Quand je vois que l’Université d’Athènes a été fermée, je me dis qu’il y a danger, je me dis que l’avenir de nos jeunes est lié à celui des jeunes Grecs. Il faut combattre ensemble pour reprendre le pouvoir. Il n’y a pas de crise, mais des puissants qui se gavent sur le dos des autres », assène-t-il. Très critique à l’égard du projet européen sous sa forme actuelle, il rêve d’un virage à visage humain.

HEROS MALGRE LUI

 

Lassana Bathily : « C’était mon rêve de devenir français »

Alexandre Fache
Mardi, 20 Janvier, 2015
L'Humanité
 
Il avait caché plusieurs clients de l’Hyper Cacher le 9 janvier. Le jeune employé malien du supermarché recevra ce soir la nationalité française. Une récompense qui aurait pu venir plus tôt dans le parcours de cet ex-lycéen sans papiers, qui a rencontré un jour la France de la solidarité.

«Il a encore des nuits difficiles. » Militant de la Ligue des droits de l’homme (LDH), Denis Mercier est le « parrain » de Lassana Bathily, ce Malien de vingt-quatre ans, employé de l’Hyper Cacher, qui a caché plusieurs clients dans la chambre froide du magasin, lors de la prise d’otages du 9 janvier. Si le jeune homme affiche à nouveau, de temps à autre, le sourire que ses enseignants du lycée professionnel Jean-Jaurès appréciaient tant, il se dit aussi « triste d’avoir perdu un ami », Yohan Cohen**, salarié comme lui du supermarché de la porte de Vincennes, tué en essayant de désarmer Amedy Coulibaly.

Un incroyable tourbillon 
politique et médiatique

Garçon modeste et travailleur, Lassana Bathily a été absorbé depuis son geste par un incroyable tourbillon politique et médiatique. Félicité au téléphone par François Hollande, et en personne par le président du Mali, Ibrahim Boubakar Keïta, qui l’a remercié d’avoir « ramassé le drapeau du Mali que Coulibaly avait laissé à terre », ou encore par le secrétaire d’État américain, John Kerry, vendredi à la Mairie de Paris, il se verra décerner ce soir la nationalité française, place Beauvau, lors d’une « cérémonie d’accueil » présidée par Bernard Cazeneuve.

Une vraie fierté pour ce garçon longiligne, à la fine barbichette noire. « C’est mon rêve depuis tout petit de devenir français. Mon père s’était installé dans ce pays pour y travailler dès 1967, et je le voyais faire les allers-
retours. » Les dates, Lassana Bathily en a une mémoire bien précise, lui qui a subi pendant de longues années le parcours du combattant imposé aux étrangers par les pouvoirs publics.

Arrivé « le 10 mars 2006, à 19 h 30 » sur le sol français, à l’âge de seize ans, il a connu depuis les files d’attente interminables et les tracasseries administratives, la « honte » d’être sans papiers et l’angoisse de l’arrestation, mais aussi la solidarité et la justice. Celles que défendent – incarnent même – ces citoyens qui, à l’école ou dans les réseaux associatifs et syndicaux, viennent en aide aux jeunes sans-papiers.

C’est au lycée pro Jean-Jaurès (Paris 19e) que Lassana Bathily va d’abord bénéficier de ces précieux soutiens. Révoltés par l’expulsion d’un jeune à l’été 2006, les enseignants se sont organisés pour que pareille injustice ne se reproduise plus et que leurs élèves, avec ou sans papiers, puissent aller jusqu’au bout de leur scolarité. Ce sera le cas de Lassana, élève modèle, « toujours à l’heure, toujours souriant », se souvient sa prof d’arts appliqués, Zimba Benguigui. Il décroche « brillamment » son CAP de carreleur mosaïste en 2009, avant d’obtenir l’année suivante celui de peintre.

Son quotidien, pourtant, reste précaire. Un jour, tout juste majeur, Lassana se fait contrôler dans la rue par la police. Avec pour seul papier son certificat de scolarité. Il risque l’expulsion. « Mais le policier a été très compréhensif et humain, raconte Denis Mercier. Il lui a dit “vous savez, il y a des associations pour aider les jeunes comme vous”» L’histoire aurait pu beaucoup plus mal finir. Le locataire de l’Élysée de l’époque a fixé des quotas d’expulsions qu’il exige de voir remplis.

« Sous Sarkozy, c’était vraiment dur, confirme Lassana Bathily. Il y avait des arrestations tout le temps, toutes les semaines. Je me souviens que quand on sortait du lycée, on était obligé d’appeler avant, au foyer, pour vérifier que les policiers n’étaient pas là pour embarquer le maximum de gens… »

En 2009, d’ailleurs, le couperet tombe. La demande de régularisation de Lassana est refusée. Il est sous le coup d’une « OQTF », une obligation de quitter le territoire. « Dans la rue, 
je marchais avec la peur au ventre, je regardais à droite, à gauche, se souvient-il. Et j’évitais les gares, où il y avait beaucoup d’arrestations. »

Lassana et ses soutiens ne baissent pourtant pas les bras. Et engrangent les « preuves » de sa volonté farouche de « vivre ici ». Le jeune homme vient défendre lui-même son dossier au tribunal. « Quand ils ont appelé mon nom, j’avais les jambes qui tremblaient. Mais dès que j’ai eu la juge devant moi, j’étais déterminé. On me demandait de m’intégrer, de me former, et c’est exactement ce que je faisais. »

Résultat, un premier titre de séjour obtenu « le 22 juin 2011 ». Un soulagement. S’il ne parvient pas à trouver de travail correspondant à ses qualifications, Lassana Bathily ne se décourage pas et multiplie les petits boulots : « Ménage, plonge, bâtiment, commerce… J’ai fait un peu de tout », égrène-t-il. Jusqu’à devenir l’homme à tout faire de l’Hyper Cacher, à partir de 2012.

« Après, il faudra que je passe 
mon permis »

Pas forcément pressé de retourner y travailler, le futur « Franco-Malien » pourrait voir d’autres pistes s’ouvrir. La Mairie de Paris ou Air France lui auraient déjà fait des avances. « On sera très attentif à ce qui lui est proposé, assure Denis Mercier. Mais c’est sûr que des employeurs peuvent être intéressés par son image. » Air France… Le nom et les promesses de voyages ne semblent pas laisser insensible le jeune homme. Qui commencera bientôt par goûter la joie, une fois son passeport tricolore en main, de retourner au Mali, où sa mère vit encore, à bord d’un des avions de la compagnie nationale.

« Après, il faudra que je passe mon permis et, si possible, que je trouve un appartement. Peut-être une colocation avec un de mes amis. » La vie normale d’un jeune Français, fan de foot et de rap. « J’espère quand même que dans deux mois on ne l’aura pas totalement oublié et que les choses se seront bien stabilisées pour lui », indique Denis Mercier.

Militante « historique » du Réseau Éducation sans frontières, Brigitte Wieser se réjouit aussi du « bel exemple » qu’incarne Lassana Bathily. Mais elle n’en oublie pas les autres sans-papiers qui galèrent… « Dans cette tragique affaire, vous avez, d’un côté, des jeunes nés en France qui sont devenus des meurtriers et, de l’autre, un jeune, né au Mali, à qui on n’a cessé de demander des “preuves d’intégration”. Il faut qu’on fasse plus confiance à ces jeunes. Car si on avait appliqué les critères de la circulaire Valls à Lassana, il n’aurait pas été régularisé, car il ne vivait pas avec l’un de ses deux parents. Or, des jeunes comme Lassana, il y en a au moins une centaine à Paris. C’est pour eux que la loi doit être changée. »

Lassana le sait. Un de ses proches amis, rencontré à Jean-Jaurès, est d’ailleurs toujours sans-papiers. Une raison de plus pour rejeter le qualificatif de « héros » dont tout le monde l’affuble. « Non, je ne me sens pas un héros. Je suis Lassana. Le même Lassana qu’avant tout ça. »

*

 

Un fan de rap, un étudiant et deux pères de famille :

Yoav Hattab,

Yohan Cohen,

Philippe Braham

et François-Michel Saada

sont les 4 otages tués par Amedy Coulibaly.

* 

Yohan Cohen, 23 ans, était employé de la supérette Hyper Casher depuis un an. Sur Facebook, il était d'ailleurs "ami" avec Lassana Bathily, l'employé de l'Hyper Cacher qui a raconté avoir caché plusieurs otages dans la chambre froide.

Vendredi, il a tenté de lutter contre Amedy Coulibaly et de lui subtiliser son arme. Le terroriste lui a alors tiré une balle dans la tête.

Né à Enghien-les-Bains, Yohan Cohen a fréquenté le lycée ORT, un établissement professionnel juif. Ce fan de rap, en particulier de Booba, était le petit-fils d'un célèbre chanteur judéo-tunisien, Doukha, décédé un mois avant lui, en décembre.

Ses parents étaient originaires d'Afrique du nord - le père d'Algérie, la mère de Tunisie - et se sont installés à Sarcelles dans les années 60, dans le "Grand Ensemble".

 
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