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11/03/2014

LES AUXILIAIRES DU PATRONAT

 

Sujet: Respublica N°742 - Hégémonie culturelle - Syndicats - Chômage
Date : Tue, 11 Mar 2014 06:01:06 +0000
De : ★ Respublica ★ <journal@gaucherepublicaine.org>
Répondre à : <journal@gaucherepublicaine.org>
 
ReSPUBLICA
Combat social

CFDT, CFTC, CGC, PS : les auxiliaires du patronat

Lundi 10 mars 2014
Par Bernard Teper
Co-animateur du Réseau Education Populaire.
Auteur avec Michel Zerbato de « Néolibéralisme et crise de la dette ».
Auteur avec Catherine Jousse et Christophe Prudhomme « Contre les prédateurs de la santé ».
http://wwww.reseaueducationpopulaire.info
 

 

Les textes du patronat signés sans contrepartie se suivent et se ressemblent. Signer des compromis fait partie de la vie syndicale lorsque cela améliore des conditions de travail ou de salaire. Mais depuis quelques années, les confédérations susnommées ne signent que des textes qui n’améliorent que la vie de l’oligarchie patronale. Y aurait-il des contreparties occultes ? On peut se poser la question. Ou alors, ces syndicats sont les idiots utiles du patronat.


Le pacte dit de responsabilité en apporte témoignage. « Il vaut mieux un accord a minima que rien », selon l’un de ces syndicats. Le premier secrétaire du Parti socialiste surenchérit en disant que c’est le plus grand accord depuis le programme du Conseil national de la Résistance. Là, il faut tirer l’échelle car aujourd’hui la parole médiatique des néolibéraux de gauche ne s’appuie que sur du vent, et ce texte n’engage à rien. Rien sur la sous-traitance, rien sur les personnels « détachés » selon la directive européenne de 1996, rien sur les CDD, sur la précarité, rien sur les stages sous-payés ou non payés, rien sur les salaires, rien sur l’augmentation des droits des salariés, etc.


La nouvelle stratégie patronale est de faire signer un texte vide prévoyant d’autres textes vides pour aller plus loin dans la décentralisation - arme du patronat et des néolibéraux - et notamment négocier entreprise par entreprise là où le rapport des forces est le plus défavorable aux salariés !


Que des syndicats acceptent d’entrer de cette façon dans la stratégie patronale en dit long sur le fait qu’ils en sont devenus des filiales, et espérons-le pour eux, appointés ! On parlait en d’autres temps de valets stipendiés.

L’accord PS-CFDT-CFTC-CGC-Medef fait un cadeau sans contrepartie au patronat qui passe des 20 milliards du CICE à 35 milliards ! Ce texte décide donc une augmentation du profit des entreprises, puisque toute diminution des cotisations sociales sans contrepartie est une augmentation pure et simple du profit.


Le profit des entreprises est partagé en 4 éléments : les impôts des entreprises, les dividendes aux actionnaires, l’investissement aux entreprises et le financement de l’économie parallèle via les paradis fiscaux. Comme depuis 30ans, les impôts et l’investissement des entreprises a fortement baissé, un élève de 6e de collège est capable de comprendre ce qui a augmenté, contrairement aux bac +35 du néolibéralisme, qui semblent avoir du mal à le comprendre.

Certes le texte prévoit d’ « ouvrir des discussions en vue d’aboutir à un accord, précisant des objectifs quantitatifs et qualitatifs en termes d’emploi »… Mais il ajoute que « La réalisation des objectifs dépendra dans ce domaine de l’engagement de l’État et des Régions… Une concertation pourra être ouverte à ce titre… ».

Vous avez compris ? Le patronat et ses alliés (PS-CFDT-CFTC-CGC) écrivent que ce qu’ils écrivent ne dépend  pas d’eux mais de la puissance publique !


Mais il ajoute que « la réalisation des objectifs dépendra dans ce domaine de l’engagement de l’État et des Régions… Une concertation pourra être ouverte à ce titre… ». Vous avez compris ? Le patronat et ses alliés (PS-CFDT-CFTC-CGC) écrivent que ce qu’ils écrivent ne dépend pas d’eux mais de la puissance publique !

Alors que ce gouvernement prépare un niveau de baisse des dépenses jamais réalisée, tant de la puissance publique que de la protection sociale et de l’ensemble des collectivités locales (baisse des dotations). Quel sommet de travail intellectuel de la part du patronat et de ses alliés !


Suit un florilège de vœux très pieux en dehors du projet de décentralisation des décisions et de l’application intégrale du programme patronal par la stratégie de la grenouille chauffée1 :

- « … il est demandé aux branches… dans un délai cohérent avec la trajectoire pluriannuelle du pacte de responsabilité… de prendre en compte la montée en compétences des salariés dans le cadre de leur négociation sur les classifications »,

- le dialogue social « est un des éléments de méthode pour réussir le pacte de responsabilité »,

- « la simplification et l’amélioration du fonctionnement des institutions représentatives du personnel (IRP)… et notamment la mise en œuvre de la base de données uniques ». Derrière cette phrase alambiquée, nous voyons venir la diminution du nombre d’élections professionnelles, la fusion des délégués du personnel et du CE, l’élévation des seuils sociaux, la diminution des informations obligatoires aux syndicats ;

- « la prise en compte de l’exercice de responsabilités syndicales dans le parcours professionnel des salariés » pour les syndicalistes dociles avec le patronat,

-  « une concertation paritaire sur le financement de la protection sociale » à condition d’accepter le processus de suppression par étapes des cotisations sociales et de la baisse des prestations,

- « un développement d’une fiscalité incitative sur l’intéressement et la participation », vieille antienne patronale qui semble ne pas lasser. Donc à la place de l’augmentation du salaire, direct ou socialisé, et de la socialisation progressive des entreprises, voilà des ersatz de salaire différé sur lesquels aucune cotisation n’est perçue et qui diminuent les impôts des entreprises. Demandez à un enfant de 6e qui gagne à ce jeu ?

- « Une concertation sur le logement » sans autre précision !

- « Une méthodologie » sur la compétitivité de la France… à l’intention des branches qui le souhaiteront » . Pipeau, pipeau, pipeau !

- l’attachement à « la politique familiale du pays »… quelle que soit l’évolution du mode de financement de la branche famille de la sécurité sociale ». On supprime  35 milliards de cotisations sociales sans savoir par quoi on les remplace, on prévoit de diminuer les prestations mais on reste attachés à la « branche famille de la Sécu… » !

- ce pacte est déclaré indissociable de la baisse des prélèvements sur les entreprises, du coût du travail et de la simplification. Etc.

 

Derrière l’hilarité que ce florilège provoquera chez les lecteurs de ReSpublica, apparaît l’urgence d’une alliance de responsabilité avec tous ceux qui ont envie de frapper cette fourmilière néolibéralo-politico-syndicale nauséabonde. 

Le syndicalisme revendicatif, les partis de la gauche de la gauche (même s’ils ne sont pas encore totalement de gauche), les associations contestataires, iraient dans ce sens s’ils prenaient des initiatives d’éducation populaire sur ce texte « historique », sous la forme de lectures-débats, par exemple.

27/02/2014

le 8 MARS des Retraitées

 

 

 

 

UNION SYNDICALE DES RETRAITES CGT DES LANDES

Maison des Syndicats - 97 Place Bosquet – B.P 114 - 40002 MONT DE MARSAN

 

( : 05 58 06 50 70 - 7 : 05 58 06 50 71

e-mail : usrcgt40@laposte.net

 

 

8 MARS : LES FEMMES RETRAITEES DOIVENT SE FAIRE ENTENDRE

 

2013, ANNEE NOIRE pour les retraité(e)s et leur pouvoir d’achat

 

  • Taxe de 0,3% payée par les seuls retraités imposables (CASA) pour soi-disant financer la réforme de la prise en charge de l’autonomie, cet argent est pour le moment détourné.

  • Blocage pendant deux ans des barèmes d’imposition sur le revenu.

  • Disparition de la ½ part fiscale aux veufs et divorcés n’ayant pas élevé seuls leurs enfants pendant 5 ans au moins.

  • Imposition de la majoration de 10% pour les femmes ayant eu 3 enfants.

  • Sous-indexation des retraites complémentaires.

  • Report de l’augmentation des pensions, ce qui fait 18 mois sans augmentation.

  • Hausse de la TVA.

  • Augmentation de la CSG.

  • Baisse du livret A.

  • Augmentation des tarifs EDF.

  • Loi famille suspendue.

  • Nouvelle réforme des retraites, nouveau coup porté à notre système.

  • Remise en cause de la protection sociale.

  • L’espérance de vie en bonne santé tend à diminuer…

 

Inégalités à la retraite

 

A quelques jours du 8 mars, Journée Internationale de Lutte des Femmes, nous pourrions penser que nous avons tout obtenu : l'égalité professionnelle, la parité, la liberté sexuelle, la contraception, l’IVG… !

 

Vraiment ? Vous le croyez ?

 

Voici exactement 40 ans, la loi du 22 décembre 1972 inscrivait dans notre droit le principe de l’égale rémunération des femmes et des hommes…

 

2014 : les femmes retraitées subissent toujours au moment de leur retraite les conséquences d’une carrière professionnelle dont les salaires sont inférieurs à ceux des hommes en moyenne de 26 %, travail précaire, nombre d’années de cotisation moins important notamment en raison des périodes de maternité, congé parental, temps partiel, discrimination dans le déroulement de carrière, périodes de chômage plus importantes, etc…

Pourquoi une nouvelle loi adoptée ce mardi 28 janvier sur l’égalité hommes/femmes ? On s’aperçoit qu’il s’agit en grande partie d’une modification des textes déjà existants, une sorte de pack réunissant tout ce qui existe déjà et qui n’est pas appliqué !!

 

Le comble de l’injustice se trouve dans le système de calcul des retraites qui pénalise largement les femmes, notamment les dernières réformes qui reculent l’âge de départ sans décote et suppriment une année par enfant pour les femmes ayant travaillé dans la fonction publique.

 

39% des femmes valident une carrière complète contre 85% des hommes…. Les chiffres sont éloquents !

 

Parlons-en des retraites de misère !

 

Les pensions des femmes sont en moyenne de 38% inférieures à celles des hommes.

 

En 2010, la retraite moyenne des hommes était de 1 552 euros mensuels et seulement de 899 euros pour les femmes.

 

36 % des femmes retraitées perçoivent 700 euros mensuels et 64 % touchent moins de 900 euros.

 

Le fossé est criant... et il ne se comble que très lentement.

 

Il y a urgence d’un autre partage des richesses

 

La moitié de la richesse mondiale appartient à seulement 1% de la population.

Ce n’est pas une surprise, parmi les retraités pauvres, 8 sur 10 sont des femmes ; les veuves notamment subissent au moment du calcul de la pension de réversion un abattement tel qu’elles se retrouvent souvent en dessous du seuil de pauvreté.

 

Le nombre de seniors au travail augmente, et ils sont de plus en plus nombreux à fréquenter les restos du cœur et autres associations caritatives…

François Hollande et sa majorité ont choisi le camp des patrons et des actionnaires, celui de la finance. Ils cajolent le Medef en continuant les exonérations de cotisations sociales, sans contrôle ni contrepartie, qui ne contribuent pas à des créations d’emplois, et persévèrent dans leur logique de casse du code du travail.

 

En 2012, 230 milliards ont été versés aux actionnaires des grandes entreprises, en 25 ans, le salaire moyen en France n’a pas doublé, tandis que les dividendes ont été multipliés par 13 !!

 

Les risques de remise en cause des acquis existent bel et bien

 

Le 20 décembre 2013, le gouvernement conservateur espagnol de Mariano RAJOY approuve un projet de loi supprimant l’avortement en Espagne… Il renoue avec des pratiques qui dénient la liberté de choix aux femmes, au mépris des droits humains fondamentaux.

 

Rappelant les heures sombres du franquisme, il annonce clairement son projet de société : maintenir les femmes dans un statut social étroit et de soumission… Cette attaque s’inscrit dans l’offensive européenne des opposants aux droits des femmes, comme nous l’avons vécu ce dimanche 1er février en France… Là aussi, le gouvernement Hollande a choisi le camp des féministes de droite qui veulent imposer un stéréotype familial homophobe.

L’enjeu est de taille en cette période de consultations électorales municipale et européenne.

 

Rappelons partout haut et fort les propositions de la CGT

 

  • Augmentation des pensions et retraites : minimum égal au SMIC à 1 700 euros mensuels pour une carrière complète et taux de remplacement de 75% minimum.

  • Pension de réversion à 75% du montant de la pension du conjoint décédé.

  • Rattrapage immédiat par une augmentation de 300 euros par mois.

  • Indexation des retraites sur les salaires moyens et non sur les prix.

  • Suppression de la décote pour les trimestres manquants.

 

  • Redonner à la protection sociale son rôle économique et social.

  • Revenir à la revalorisation des pensions au 1er janvier et au calcul pratiqué avant juillet 1993 (prise en compte des 10 meilleures années et revalorisation adossée sur les salaires moyens et non sur les prix).

  • Stopper les exonérations de cotisations sociales des entreprises pour cesser l’augmentation de la fiscalité sur les ménages.

  • Etc…

LE COLLECTIF « FEMMES RETRAITEES » DE L’UCR invite nos organisations à prendre toutes les dispositions nécessaires pour organiser des rencontres débats, des délégations aux préfectures ou sous-préfectures, rencontrer les élus ou candidats aux élections afin de leur rappeler nos propositions.

 

Les retraités n’ont pas à payer pour une crise dont ils ne sont pas responsables ! Les retraités ne sont pas des vaches à lait.

 

Les femmes doivent se faire entendre pendant cette journée de internationale de lutte des femmes du 8 mars, il est nécessaire de continuer à lutter contre le sexisme et les stéréotypes dont les femmes font les frais, améliorer les conditions de travail et faire appliquer les lois sur l’égalité salariale dans toutes les branches, obtenir le départ anticipé à la retraite pour les femmes ayant élevé des enfants, exiger des services publics de haut niveau, notamment pour la santé et l’autonomie.

 

Et le plus important, RENFORCER LE SYNDICALISME FEMININ, adhérer, faire adhérer à la CGT.

 

 

L’EGALITE, ON A TOUTES ET TOUS A Y GAGNER !

21/02/2014

AU PANTHEON : Germaine TILLION

Tribunes - le 3 Juillet 2010

Portraits de résistants

Germaine Tillion « Résistante instantanée le 17 juin 1940 »

Par Charles Silvestre, journaliste, secrétaire des Amis de l’Humanité

Ethnologue, Germaine Tillion a participé 
à la création du réseau du musée de l’Homme, avant de mettre à nu les mécanismes de domination de Ravensbrück et de dénoncer la torture pendant la guerre d’Algérie.

Quand Pétain appelle à cesser le combat, le 17 juin 1940, Germaine Tillion vomit. C’est la capitulation qui lui donne la nausée. Durant l’hiver 1932-1933, elle a vu sur place, en Allemagne, ce qu’était le nazisme. La mécanique se met en place. Elle rendra visite à son maître, Marcel Mauss. Il l’a orientée vers son métier, l’ethnologie. Chez lui, elle prend de plein fouet l’ignominie : sur sa veste, il porte l’étoile jaune. Une seule image, touchant au plus fort du sensible, peut marquer un destin.

Germaine Tillion, à l’été 1940, ne sait plus très bien ce qu’est la France. La jeune femme, née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire), est partie en 1934 dans les Aurès, étudier les systèmes de parenté chez les Chaouias. Seule, elle a planté sa tente dans le douar de Tadjemout, le plus pauvre et le plus éloigné, à quatorze heures de cheval d’un centre, Arris. L’Algérie des Chaouias deviendra sa thèse d’ethnologie. Et, plus qu’une thèse, ce sera sa méthode, qu’elle appliquera au camp de concentration de Ravensbrück, où elle est déportée le 31 janvier 1944.

Résistante instantanée, Germaine Tillion ne part pas à Londres. C’est à Paris, dans le nœud de vipères, qu’elle se met en route. Ou plutôt en chasse. Elle se retrouve avec Boris Vildé et Anatole Lewitsky, plus tard fusillés, eux aussi élèves de Marcel Mauss et qui constitueront le fameux réseau du musée de l’Homme. Le réseau est trahi. La lutte, à la vie à la mort, entre la collaboration et la Résistance, est une histoire d’héroïsmes, mais aussi de trahisons. Le 13 août 1942, Germaine Tillion est arrêtée. Elle a été donnée par un prêtre, l’abbé Alesch, qui recrutait des jeunes pour la Résistance pour mieux les livrer à la Gestapo ! Sa mère aussi, Émilie, au doux visage rayonnant, dont elle ne quittera jamais la photo des yeux dans son salon de Saint-Mandé, qui sera une gazée « cheveux blancs » dans le camp de sa fille.

À Ravensbrück, Germaine Tillion adopte une règle de résistance : « Survivre est notre ultime sabotage. » Et que fait-on pour survivre ? On s’entraide, on est caché au Revier (l’infirmerie), on prépare même, en douce, une opérette, le Verfügbar aux enfers, à l’ironie mordante pour les geôliers. Il faut imaginer ces déportées, dans la baraque, « répétant » les personnages de Titine, Lulu de Colmar, Bébé, imaginer Nénette chantant « J’irai dans un camp modèle, avec tout confort, eau, gaz, électricité… » et le chœur répondant : « Gaz surtout… ». 
Du camp, sortira surtout un maître ouvrage : Ravensbrück. Ni un récit, ni même un cri d’épouvante. Germaine Tillion met à nu, dans le régime concentrationnaire, le système économique – celui du profit, Himmler était le propriétaire du camp ! – les mécanismes psychologiques de la domination, de la détention. Elle en tirera des leçons pour toute la vie. Y compris quand elle aura affaire à un autre « système concentrationnaire », celui du goulag. En 1951, elle participe à une commission internationale pour auditionner les témoins des camps soviétiques. La controverse éclate alors avec des anciennes déportées communistes, notamment avec une amie tchèque qui lui a sauvé la vie. Et qui lui reprochera amèrement cette entorse à leur idéal, avant de se suicider… lors de l’entrée des troupes du pacte de Varsovie à Prague, en 1968. Germaine Tillion ne confondait pas, cependant, stalinisme et communisme, faisant l’éloge des résistantes communistes à Ravensbrück, d’une Jeannette jeune ouvrière du Nord.

Le 1er novembre 1954 éclatent les premiers coups de feu de la guerre d’Algérie. Dans les Aurès, et on est tenté de dire dans « ses » Aurès ! Années de déchirement pour l’ethnologue que Louis Massignon renvoie sur le « terrain ». Germaine Tillion va faire cette « traversée du mal », pour ainsi dire sans prendre parti, mais hostile à la guerre, jusqu’à l’indépendance de juillet 1962. Des Algériens, comme l’écrivain Jean Amrouche, lui reprocheront de ne pas être allée plus loin… Mais refuser de mettre en cause le principe même du fait colonial n’est pas s’abstenir de combattre ses crimes.

Elle découvre la « clochardisation » du peuple algérien. Elle crée des centres sociaux. La logique de la guerre coloniale broie cet idéalisme. Inspectant, avec d’autres, cette Algérie de la répression, des camps d’internement – encore des camps ! – les témoignages de sévices, les liquidations de ses propres éducateurs, l’incitent à tout faire pour arrêter « ça ». Elle rencontre même Yacef Saadi, le chef du FLN à Alger, pour proposer une trêve : arrêt des exécutions capitales de combattants FLN, d’un côté, suspension des attentats contre des civils, de l’autre. La trêve sera rompue par Paris : la guillotine reprend du « service » sous la pression de l’armée et des pieds-noirs ultras. Les deux camps aux prises ne s’y tromperont pas. Des Algériens témoigneront envers elle, le plus souvent, de leur gratitude. À l’inverse, les jusqu’au-boutistes de l’Algérie française ne lui pardonnèrent jamais : elle dut même, un jour, changer son numéro de téléphone…

Son dernier acte, si l’on peut dire, concernant la guerre d’Algérie, fut de signer, le 31 octobre 2000, un texte demandant aux autorités de la France de reconnaître et de condamner la torture pratiquée en son nom, ce qui devint l’Appel des douze. Et de se retrouver, ainsi, aux côtés d’Henri Alleg, deux personnages de l’histoire, elle l’humaniste et lui le communiste, que la guerre froide avait durement séparés, et qui avaient fait montre, chacun dans leur registre, dans les pires circonstances, d’un engagement exemplaire.

On ne peut évoquer Germaine Tillion sans parler de la complicité féminine qui a marqué sa vie. Deux d’entre elles en témoignent pour d’autres, innombrables : Anise Postel-Vinay à Ravensbrück et Nelly Forget en Algérie, arrêtée et torturée par les parachutistes français. Cette complicité qui semble indestructible, qui confère sa force à l’Association des amis de Germaine Tillion, a donné un bel ouvrage, réalisé sous la direction de Tzevan Todorov (1). Car l’enfant d’Allègre, disparue en 2007, a eu le « bon goût » de vivre cent ans et un peu plus… pour inspirer ce titre : le Siècle de Germaine Tillion. La marque, déposée, en vaut pas mal d’autres…

(1) Éditions du Seuil.

 

TILLION AU PANTHEON

 Alors qu'une consultation publique cherche actuellement à définir quelles personnalités les français aimeraient voir entrer au Panthéon, le nom de Germaine Tillion est en bonne place dans les propositions de plusieurs associations revendiquant la présence de femmes dans ce temple dédié aux grands hommes.

Le documentaire de François Gauducheau, Les images oubliées de Germaine Tillion, est entré cet automne dans vidéothèque de la Maison Européenne de la Photographie.

« Lorsqu'on éclaire un monde, même affreux, on le domine »

Le propos de Germaine Tillion, dans cet entretien de 2004, quelques années avant sa mort, est vif, lucide. L'ethnologue, et résistante de 97 ans a conservé son sourire, celui qui lui a permis lors de la Seconde Guerre mondiale de traverser la pire des expériences humaines en gardant de la distance, autant que possible (notamment en créant une opérette parodique au sein même du camp de Ravensbrück).

Il aura fallu attendre plus de soixante ans pour qu'elle trouve le temps de publier ses photographies, celles qu'elle prit de 1934 à 1940 lors de ses voyages de recherche dans les Aurès, en Algérie.

Germaine Tillion parle ici de ses photographies de tribus nomades en mettant en perspective tous ses engagements. Elle créée naturellement des passerelles de réflexion entre ses différents combats : place de la femme dans les sociétés, accès à l'éducation, lutte contre la torture en Algérie, engagement dans la résistance, et expérience des camps de concentration. Celle qui fut l'élève de Marcel Mauss nous emmène dans une pensée globale des réalités sociales.

Germaine Tillion est ainsi de ces intelligences éclairantes qui relient tout et s'intéressent également aux petits détails, jusqu'à un regard d'enfant fixé sur l'image et ce qu'il contient de sens.

Le documentaire du fonds « Images de la culture » réalisé par Stéphane Gauducheau, est entrée la vidéothèque de la MEP, et, au delà de l'œuvre photographique par ailleurs d'une grande qualité, il vaut aussi par la capacité d'un regard qui donne du sens.

« Elle a su combattre le mal, sans jamais se prendre pour le bien incarné » dira Tzvetan Todorov au sujet de Germaine Tillion.

Emmanuel Bacquet

 

 

Le Verfügbar aux enfers

Une opérette à Ravensbrück ! Un texte stupéfiant écrit en 1944 par Germaine Tillion dans un seul but : survivre à la barbarie nazie.

   
 

 

En octobre 1944, Tillion avait écrit Le Verfügbar aux enfers dissimulée au fond d'une caisse d'emballage, pour soulager sa détresse et celle de ses compagnes d'infortune, mais aussi pour faire acte de résistance. L'œuvre a alors été dite et chantonnée par bribes, à la sauvette, mais jamais représentée.

Longtemps, Germaine Tillion ne s'est pas souciée de la diffusion ni de la postérité de ce manuscrit qui ne sera édité qu'en 2005. Le titre résume parfaitement la démarche de l'auteur en soulignant l'enfer des camps nazis tout en faisant un clin d'œil à une opérette d'Offenbach (Orphée aux enfers): humour noir teinté d'autodérision.

Quand Tillion évoque "un camp modèle avec tout confort, eau, gaz, électricité", le chœur répond : "gaz surtout"... L'auteur n'a bien sûr pas composé les airs très variés (chansons scoute ou grivoise, Habanera de Carmen, Danse macabre de Saint-Saëns...) auxquels elle a fait appel, mais son choix révèle une grande culture musicale. Le J'ai perdu mon Eurydice de Gluck est devenu ainsi J'ai perdu mon Innendienst, le précieux billet qui permettait de ne pas aller travailler.

A Ravensbrück, le chœur des Verfügbar sera interprété par 31 élèves d'un lycée parisien et 45 d'un Gymnasium berlinois, en présence de 400 anciens déportés - dont cinq codétenues françaises de Germaine Tillion - et de leurs familles.

Situé à environ 80 Km au nord de Berlin, Ravensbrück était l'unique camp de concentration nazi réservé aux femmes...

Un commando de travail

 la punition : trainer ce rouleau jusqu'à épuisement

Cauchemars

 à Ravensbrück

Propriété de Himmler, chef de la gestapo et de la police du reich ayant été louée au régime nazi pour les besoins de la cause, le camp de ravensbrück (situé dans le village de Ravensbrück en Allemagne) est connu comme étant le seul camp de concentration réservé exclusivement aux femmes durant la guerre de 39-45.

Cent dix-sept mille femmes de 23 nationalités ont connu l’enfer en ce lieu maudit. De ce nombre, quatre-vingt quatorze mille finirent soit dans les fours crématoires, qui fonctionnaient jour et nuit ou bien dans les fosses communes.


 L’enfer connu à Ravensbruck possède mille et un visages. Coups de crosse, humiliation, isolement, privation totale de nourriture, travaux forcés, chambre à gaz etc... Un jour, un convoi d’environ 150 enfants, garçons et filles, arrive au camp. Sacrés veinards, ils ont même droit au lait le matin... Pourtant, un matin, alors qu’ils allaient chercher leur maigre portion, ils sont sauvagement poursuivis par les magnifiques chiens loups des SS jusque dans une tranchée (creusée par leurs mères) et ensuite  aspergés de chaux...


 Des histoires comme celle-là, Ravensbrück en a vu des centaines, voire des milliers. Comme rien n ‘est gratuit, pas même la souffrance, les prisonnières devaient travailler durement durant toute la journée. Les plus chanceuses passaient la journée dans un champ à ramasser des pommes de terre (ce qui leur permettait de  fournir un minuscule surplus alimentaire pour elles et leurs compagnes), les autres devaient alimenter des cadavres de leurs consoeurs l’énorme bouche du four crématoire, effectuer des corvées de nettoyage dans les blocs infectés par le typhus, apaiser les besoins sexuels d’un horrible SS, etc...


 Ce n’est un secret pour personne, les nazis ont profité du fait qu’ils avaient sous leur emprise des gens innocents (ou coupables de s’être battus pour leur liberté) pour faire avancer leur science. Un jour, un docteur, surnommé soit le “ Herr doctor  “ ou bien le “ gros cochon” arrive au camp. Il terrorise tout le monde soit par ses manières de gros cochon ou bien par le pouvoir qu’il avait de juger si une femme irait se taper la chambre à gaz... Le “ Herr doctor “ se livrait aussi à des opérations horribles sur un block d’une trentaine de Polonaises. Une femme se fit greffer un œil de porc (on ne sut jamais si elle garda la vue de cet œil) il y eut aussi de multiples stérilisations.  Seulement 27 cobayes involontaires survécurent aux greffes.


 Quelques temps après, des ordres arrivèrent de Berlin au sujet des cobayes. Elles devaient toutes quitter le camp.  Certaines d’aller à la chambre à gaz elles décidèrent de résister. Une d’entre elles, Erika s’est rendue voir le Lagerfurher pour lui demander des explications. Les 26 autres s’étaient cachées dans le camp et ne devaient se montrer qu’après un signe de Erika. Les nazis la capturèrent donc. Ses camarades restèrent alors en lieu sûr. En riposte à cette résistance, les suppots de Hitler coupèrent les déjà maigres rations de nourriture à toutes les prisonnières. Heureusement, malgré cet affamement, la  solidarité tint le coup. On se priva encore d’avantage pour nourrir les copines mutilées. On ne sait comment, mais elles sortirent vivantes du camp. :)


 C’est d’ailleurs la solidarité qui a permis à plusieurs de tenir le coup. Même dans une situation où leur vie était terriblement menacée, la plupart des dames de Ravensbrück sont restées unies. Elles n’ont pas cédé devant l’ennemi, elles lui ont tenu tête. Elles avaient raison.

www.angelfire.com/punk/chatnoir/ravensbruck.html

 

20/02/2014

Les Pinçon-Charlot... A écouter, à lire sans modération

 

A LIRE .. A OFFRIR ...

Comment lutter si on ne comprend rien aux évènements

Avec eux tout devient clair

17/02/2014

LES CONQUETES SOCIALES

 

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Les ouvriers, les travailleurs en général, mènent maintenant, dans l'ensemble, une vie décente, bénéficiant de droits politiques et syndicaux, de garanties. Soulignons tout de suite qu'ils pourraient vivre mieux encore -et tous les autres également- grâce au progrès prodigieux de la science et des techniques, au développement considérable, au cours des années, de la production, de la productivité, du revenu national.

 

Mais ceux-là mêmes, en dehors du niveau de vie, se posent encore des problèmes : logement, transports longs et épuisants, crainte du chômage par les modifications techniques, les concentrations, l'instruction et l'avenir des enfants. Les jeunes, enfin, se posent des questions quant à leur place dans la société.

 

Il y a aussi à notre époque, des millions et des millions d'hommes et de femmes, d'enfants, qui vivent mal : travailleurs mal payés, et parmi eux la majorité des immigrés, vieillards, chômeurs, mamans sans mari, handicapés de toutes sortes qui connaissent la gêne, la misère, le taudis, l'angoisse du lendemain.

Des conquêtes sociales ont donc été acquises, il a fallu pour cela de durs combats qui doivent se poursuivre pour les étendre à tous, les sauvegarder, les améliorer.

Que de luttes en effet, longues, difficiles pour vivre un peu mieux, obtenir des droits. Car bien rarement le patronat et le gouvernement ont accepté de bonne grâce des hausses de salaires, des mesures sociales même indispensables et possibles. Il a fallu des décennies, des siècles même, de batailles ardentes, courageuses, de grèves multiples, souvent longues, toujours douloureuses, parfois sanglantes. Et les conquêtes sont souvent remises en cause, lors des difficultés économiques, ou quand les employeurs tentent de profiter d'un affaiblissement ou d'une division du mouvement ouvrier.

Oui, il y a eu, il y a encore un combat permanent, avec des hauts et des bas, des succès et des revers, pour une vie meilleure. Et ce n'est pas du passé, il y a en France, des centaines de milliers de chômeurs.

Nous avons vu depuis dix années, des atteintes très graves au système de Sécurité Sociale et presque quotidiennement, dans de nombreuses entreprises, de graves violations des libertés syndicales.

Enfin, il faut souligner que lorsqu'on étudie la longue et passionnante histoire des luttes populaires en France, on est frappé par une évidence : chaque fois que la classe ouvrière et les forces progressives sont divisées, elles sont battues. Quand elles s'unissent, elles triomphent.

Les grandes périodes de conquêtes sociales sont celles où les travailleurs et leurs organisations pratiquent l'action commune et plus encor lorsqu'il y a unité syndicale.

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Au cours des grèves, des luttes, les travailleurs ont créé des organisations qu devinrent peu à peu nos actuels syndicats, fédérations, unions, confédérations. Organisations à l'origine condamnées par la loi, donc clandestines. Patrons et gouvernants ont résisté au maximum et l'on peut dire que, lorsque le droit syndical a été reconnu, il existait déjà dans les faits.

Les organisations patronales ont tout fait pour empêcher la constitution de syndicats dignes de ce nom et ils ont mené, beaucoup mènent encore, le combat contre les militants.

Des milliers et des milliers d'entre eux ont été licenciés, "marqués à l'encre rouge" et exclus de toutes les entreprises. Il y a eu des provocations, de pseudo-complots, de lourdes condamnations, des violences, des blessés et des morts.

Les travailleurs sont donc profondément attachés au droit syndical pour conserver le moyen de se défendre. A noter que si l'Etat a longtemps contesté, parfois toléré, le droit syndical aux agents de la Fonction Publique, ceux-ci l'ont enfin imposé après de nombreuses grèves de solidarité pour la réintégration de syndicalistes révoqués ou sanctionnés.

Les actions ouvrières, celles de nouvelles couches de salariés sont les maillons de la longue chaîne des luttes populaires pour le droit à la vie, contre les injustices trop flagrantes.

 

A méditer 42 années après la parution du livre

 

 
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