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14/04/2016

D'un siècle à l'autre par François MASPERO (POLITIS)

Couverture de l’Hebdo Politis N°1398

« D’un siècle à l’autre », par François Maspero

François Maspero est mort le 12 avril 2015. Un an après, nous ne voulions pas laisser passer cette date anniversaire sans célébrer la mémoire de cet homme attachant et exigeant, qui a marqué la seconde moitié du XXème siècle par ses engagements et ses activités de libraire, d’éditeur et d’écrivain.

En 2008, pour les 20 ans d’existence de Politis, nous lui avions demandé de constituer sa chronologie des grands événements des deux dernières décennies. Il nous avait ainsi fait l’honneur d’être notre « grand témoin ». Voici le texte qu’il nous avait offert.

Illustration - « D’un siècle à l’autre », par François Maspero VON LINTEL/AFP

1989. Chute du mur de Berlin. Conséquence de la tentative, qui échouera deux ans plus tard, de réformes démocratiques de l'empire soviétique (Glasnost et Perestroïka) par Gorbatchev, elle marque le passage d'une ère à une autre : les séquelles de la Deuxième Guerre mondiale sont définitivement liquidées, et nul ne peut le regretter. Au-delà de la réunification allemande, la bipolarisation ­ monde communiste, monde capitaliste ­ qui partage le monde depuis 1945, a vécu. Un vent de liberté semble alors souffler sur la planète. Dix-neuf ans plus tard, qu'en reste-t-il ?

Place désormais à l'économie de marché mondialisée : toute-puissance de la Banque mondiale, du FMI, de l'OMC, du G8... Le « nouvel ordre mondial » élimine progressivement le politique au profit du tout-économique. Une autre bipolarisation ­ Nord et Sud ­ s'affirme. Dans les anciens pays dits socialistes, une nouvelle classe d'affairistes accapare le pouvoir, éliminant les anciens dissidents et opposants démocratiques. L'écart entre pays riches et pays pauvres se creuse aussi au sein de leurs populations. Les « flux migratoires » augmentent d'année en année. De nouveaux murs apparaissent : mur de la frontière mexicaine, mur d'Israël, murs de l'espace Schengen. Les migrants meurent par milliers entre l'Afrique et l'Europe, l'Amérique latine et États-Unis. Centres de rétention et zones d'attente se multiplient.

1991-1995. La guerre en ex-Yougoslavie. Au coeur de l'Europe, une guerre fait quelque 200 000 morts (pour la plupart des civils) et des millions de personnes déplacées, les villes et les campagnes sont détruites.

S'il est, vu d'ici, un point à souligner, c'est celui du rôle des forces d'interposition des Nations unies, puis de l'Otan. Il est vrai que la grande affaire militaire, en 1991, était de secourir le pauvre petit Koweit, État hautement démocratique. Notre glorieuse division Daguet s'y est illustrée à coups d'obus à uranium appauvri. Le pétrole du Koweit devait justifier une guerre (mais pas de sauver la vie des Kurdes gazés par Sadam Hussein) ; quel intérêt stratégique présentait la Bosnie ? Les armées et les milices croates et serbes n'auraient probablement guère tenu plus longtemps que l'armée irakienne devant la puissance de feu des forces engagées dans le Golfe. À la place, on a eu droit à une magnifique illustration du droit d'ingérence humanitaire. Conséquences : l'interminable siège de Sarajevo, livré aux tirs ciblés serbes sous la bonne garde de la Forpronu ; des massacres de masse, Vukovar, Srebenica, sous le regard des forces internationales.

Question : le rôle principal d'une armée moderne suréquipée est-il de distribuer des colis et d'alimenter le marché noir des mafias locales ? Il faut rendre cette justice à Jacques Chirac : s'il n'est pas allé faire quelques heures de figuration à Sarajevo comme son prédécesseur, sa décision, en août 1995, après le massacre sur le marché de Sarajevo par les obus serbes, de faire libérer la route du mont Igman par la Force d'intervention rapide, a montré qu'il était possible, en moins d'une semaine, de mettre fin à un siège de 1 350 jours ­ et, quatre mois plus tard, d'arrêter enfin la guerre. Mais à quel prix ! C'est de ce temps que date un dicton, né à Sarajevo : aujourd'hui, le meilleur moyen, dans une guerre, de ne pas se faire tuer, est d'être militaire.

1992. Bernard Tapie ministre de la ville. La gauche au pouvoir avait suscité l'espoir d'une prise en compte en profondeur de la question urbaine. L'entrée de Tapie au gouvernement en sonne le glas. En 1983, un rapport avait fixé un objectif : « Ensemble, refaire la ville ». Allait-on enfin admettre que ce qui devrait constituer la vie active et les forces vives de la nation s'était déplacé des centres historiques des villes vers ce qu'on persiste à appeler leur périphérie ?

Bernard Tapie est un affairiste dont le bagout a fait un personnage médiatique : première intrusion du star-system dans le politique. Mesure phare : le parrainage des quartiers par les grandes entreprises (celles-là mêmes qui mettent leurs habitants au chômage).

La suite, ce sont quinze ans de mesures plus ou moins placebo avec toujours le même binôme : prévention (plus, quand c'est la gauche) et répression (beaucoup plus, quand c'est la droite). Un leitmotiv : « intégration ». Mais qu'est-ce que l'intégration (et à quoi servent la prévention et la répression) sans l'emploi ? Chevènement (1998) qualifie ces Français dont il est incapable d'assurer l'avenir de « sauvageons » ; Sarkozy (2005), de « racaille » . M. Bédier, éphémère ministre des prisons en 2002, est plus franc : « Ça sera la guerre. » Révoltes du mal-être, voire du désespoir, les déchaînements sporadiques dans les banlieues n'ont, c'est vrai, aucune forme politique, ni dans leur organisation, ni dans leurs objectifs : ils sont, au sens propre, « inqualifiables ». Mais refuser de voir que leurs causes sont essentiellement politiques, c'est, pour notre société, suicidaire.

1994. Fin de l'apartheid. L'accord entre Frederik De Klerk et Nelson Mandela sur des élections libres au suffrage universel qui met fin à l'apartheid est à considérer comme une victoire majeure de la lutte contre le racisme ­ au même titre que la fin de la ségrégation aux États-Unis en 1956 : combats gagnés par les mouvements noirs dans les deux pays, mais aussi par des militants blancs pour l'égalité des droits, sur le plan national et international. (Cette dernière précision pour rappeler que tout «~anti-américanisme~» se fonde sur une méconnaissance crasse de l'histoire des États-Unis, et que, là comme ailleurs, je ne confondrai jamais la politique d'un pays avec son peuple.)

Quelles qu'en soient les suites, les inégalités qui ne sont pas près de s'éteindre, pour la première fois un État africain s'affirme comme une puissance de premier ordre sur le continent, dégagée de l'emprise néocoloniale.

En évoquant la figure de Nelson Mandela, il faut rappeler qu'il y eut, lors des indépendances, d'autres « sages » africains, tels que Julius Nyerere en Tanzanie, dont certains furent souvent longtemps emprisonnés comme Mandela par les puissances coloniales : Jomo Kenyatta au Kenya, N'Krumah au Ghana... Et, surtout, que la liste est grande des leaders africains porteurs d'un réel esprit démocratique qui furent éliminés physiquement juste avant ou peu après l'accession des anciennes colonies à l'indépendance, afin de faire place nette pour les pions du néocolonialisme : au Congo, Patrice Lumumba ; au Cameroun, le syndicaliste Um N'yobé, assassiné par l'armée française, le docteur Félix Moumié, assassiné par les services secrets français et l'économiste Osendé Afana, par l'armée d'Ahidjo ; en Guinée-Bissau, Amilcar Cabral, leader de dimension continentale ; au Mali, Modibo Keita, empoisonné dans sa prison après un coup d'État... Et bien d'autres.

1998. Extradition de Pinochet. L'extradition (de Grande-Bretagne) d'un ancien chef d'État assassin et tortionnaire est une première, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Elle est à rapprocher d'un autre progrès encourageant du droit international, la création de la CPI (Cour pénale internationale) en 2002 ­ distincte des TPI (tribunaux pénaux internationaux) formés, depuis 1993, pour des cas spécifiques, sur mandat des Nations unies, et à ce jour au nombre de trois : pour la Yougoslavie, le Rwanda et la Sierra Leone.

À noter que, parmi les pays qui n'ont pas ratifié le statut de la CPI, figurent la Chine, la Russie, Cuba, Israël et les États-Unis (ces derniers ayant longtemps fait pression sur des pays membres de l'ONU pour empêcher son adoption).

Le cas de Saddam Hussein aurait dû relever de la CPI. Mais le traduire devant un tribunal international conduisait à mettre en évidence le soutien indéfectible que lui ont apporté pendant des années des pays comme les États-Unis, la France et l'Allemagne, qui risquaient de se retrouver accusés de complicité de crimes contre l'humanité.

1998-2000. Loi sur les 35 heures. Rare, voire unique, est une réforme sociale aussi courageuse dans les annales de la Ve République. Réduire le temps de travail, mesure authentiquement de gauche, signifiait, raisonnablement, combler les heures rendues vacantes par l'engagement des travailleurs au chômage. Les choses se sont gâtées quand le Premier ministre, qui en était l'initiateur avec sa ministre de l'Emploi et de la Solidarité, a entrepris de pratiquer le grand écart : satisfaire l'exigence d'emploi des travailleurs et assurer les employeurs que cela ne leur coûterait rien. Dès lors, même si l'on admet le chiffre probable de 350 000 emplois ainsi créés (Martine Aubry, en revendique 600 000), la mesure, sous le gouvernement même de Lionel Jospin, de concession en concession, s'est progressivement vidée de son contenu. Nous en sommes aujourd'hui (entre autres) au « travailler plus pour gagner plus » sarkozyesque. Il paraît que ça générera de nouveaux emplois : la croissance y pourvoira. Comprenne qui pourra.

1999. Seattle. Première manifestation altermondialiste à l'échelle planétaire. Elle sera suivie de Gênes, Davos, Porto Alegre... Face à un monde où l'être humain est réduit à sa seule valeur marchande, quelles solutions alternatives ? Des myriades d'initiatives « citoyennes » peuvent se confronter, des réseaux coordonner leurs actions. Remise en cause du dogme de la croissance (une croissance annuelle de 3 % aboutirait, en cent ans, à un taux de 2 000 % !), mise en oeuvre de notions telles que développement durable et commerce équitable, nouvelles normes de régulation pour mettre fin à la déstabilisation des économies locales qui génère chômage, disparition du tissu social, paupérisation, guerres, migrations. Placer la justice sociale au centre de l'économie, réactiver les notions de services publics et de société solidaire. Dans le domaine de l'écologie, l'altermondialisme a plus fait pour l'avenir de la planète que tous les Nicolas Hulot.

Il n'y a pas un mouvement altermondialiste soudé et homogène, contrairement à la représentation qu'en donnent ceux qui ont trouvé en lui un Grand Satan à invectiver. Révolutionnaires radicaux et doux réformistes s'y croisent. Sa diversité est sa richesse. Et sa faiblesse. Une inquiétude : que pèsent toutes ces luttes trop souvent disparates, dispersées, contradictoires, voire divergentes, face à l'immense capacité de récupération des firmes multinationales et des forces politiques qu'elles contrôlent ? Une certitude : on n'a pas le choix, il en va de l'avenir de la planète.

2000. Sharon sur l'esplanade des mosquées. Même s'il n'avait pas concrétisé les espoirs suscités par les accords d'Oslo, le sommet de Camp David, pour infructueux qu'il ait été, laissait encore la porte ouverte à une fragile coexistence. Qui a voyagé en Palestine à cette époque a été témoin du début d'essor économique qui s'y manifestait. La diaspora palestinienne y investissait en force : une chance se présentait, pour Israël de vivre en paix, et pour la Palestine de devenir une plaque tournante des échanges commerciaux entre l'Ouest et le Moyen-Orient.

L'acte de provocation de Sharon, moins de deux mois après Camp-David, marque la volonté délibérée de casser ce qui restait du processus. Lui-même a exposé dans ses Mémoires que toute négociation politique avec les Arabes doit passer par la démonstration d'une force supérieure à la leur. Il savait qu'il donnerait le signal de la deuxième Intifada, qu'il favoriserait l'éclatement politique de l'Autorité palestinienne et la montée en puissance du Hamas, jusqu'au moment où celui-ci pourrait être désigné comme l'ennemi à abattre : ce Hamas, qualifié de complice du terrorisme mondial, qui, tant qu'il existerait, permettrait de refuser toute négociation raisonnable. Objectif atteint. Les instances internationales, après avoir encouragé et supervisé des élections démocratiques en Palestine, ont rejeté le Hamas vainqueur comme un interlocuteur valable.

Mais la question fondamentale est : compte tenu de la situation actuelle ­ prolifération des colonies de peuplement, tracé du Mur et morcellement de la Cisjordanie par le réseau des autoroutes de contournement ­, un État palestinien, dont, de facto , la continuité du territoire est irréalisable, est-il encore, tout simplement, viable ?

2001. 11 septembre. Passé le premier choc, il est apparu que, pour mettre Al Qaida hors d'état de nuire, il fallait non seulement le traquer physiquement, mais mettre au jour ses réseaux financiers. Passons sur le premier point, guerre d'Afghanistan, désignation aberrante de Saddam Hussein comme complice, déchaînement des intégrismes de tout poil, axe du bien, axe du mal. Sur le second point, le silence s'est vite fait. Les capitaux occultes circulent toujours à la vitesse de l'éclair. Les paradis fiscaux se portent bien.

Remarque : le fameux « nous sommes tous Américains » n'a certes rien pour offusquer un internationaliste, solidaire par définition. À condition, toutefois, que, par égard aux 150 000 victimes algériennes d'un semblable fanatisme prétendument religieux, on n'ait pas oublié de dire : « Nous sommes tous Algériens. » Sinon, il y a deux poids et deux mesures.

2003. Loi sur le voile. L'Éducation nationale ayant constaté qu'un millier de filles se présentaient en classe coiffées d'un foulard, décrète cette situation intolérable. Décision : tolérance zéro. Le principe français de laïcité exige que l'on soit décoiffé. Qui dit voile dit islamisme, qui dit islamisme dit intégrisme, qui dit intégrisme dit obscurantisme et terrorisme en puissance. La nation des droits de l'homme est en danger. Une loi sur les signes extérieurs d'appartenance religieuse s'impose. Je ne suis pas un défenseur du voile. Mais, faisant mienne la formulation de Daniel Bensaïd 1, je préfère « combattre les symboles de l'aliénation religieuse par la persuasion sans en confier la mission à l'État » .

Cette loi s'inscrit dans une manie législatrice, comme si, dans bien des cas, le code pénal ne comportait pas déjà un arsenal efficace. Ainsi, les lois dites « mémorielles ». Je ne mets pas en doute les bonnes intentions de la loi Gayssot sur le négationnisme. Suivie des lois sur le génocide arménien ­ fait par ailleurs avéré ­ puis sur la reconnaissance du caractère criminel de l'esclavage, elle aboutit à celle sur le caractère positif de la colonisation. Des historiens tels que Pierre Vidal-Naquet s'y sont opposés. On dirait que, dans le même temps où le pouvoir politique abdique devant le pouvoir économique ­ Mme Parisot ne réclame-t-elle pas que l'on inscrive la version patronale du droit du travail dans la Constitution ? ­, il veut se prouver qu'il existe toujours en cherchant désespérément des terrains inédits d'intervention.

Sarkozy, président de la République. Vous avez dit République ? Oui, mais pas la même, puisque le but avoué de la rupture est d'en finir avec ce qui pouvait perdurer de l'héritage du Front populaire, du programme de la Résistance et, bien entendu, de Mai 68 ­ qui n'est pas, comme l'a dit Sarkozy, le triomphe du laxisme, mais la plus grande grève de l'histoire du mouvement ouvrier. Au XIXe siècle, le travailleur avait une connaissance physique du patron qui l'exploitait : aujourd'hui, derrière la mafia des stars du CAC 40, noyau dur du sarkozysme (les mêmes qui veulent régler leur compte aux « privilégiés » à 1 200 euros par mois), c'est l'anonymat de capitaux interchangeables : tel jour on appartient à l'un, tel jour on est vendu à l'autre, tel autre on est licencié par le troisième. À la sacro-sainte flexibilité de l'emploi correspond la volatilité du capital.

Les ravages du sarkozyme ayant été largement décrits dans les pages de ce journal, je me bornerai à rappeler que la différence entre une société où tout est assujetti à l'économique, à commencer par le politique, et un État totalitaire est que le totalitarisme économique n'a besoin d'aucune force coercitive apparente pour contraindre, asservir, précariser, marginaliser et laisser crever : pas de vagues, la loi du marché s'en charge.

N'exagérons pas : le sarkozysme n'est pas le totalitarisme. C'est juste le tout-à-l'égout.


 

L'adolescence de François Maspero est marquée par l'engagement de sa famille dans la Résistance. Son père, Henri Maspero, sinologue et professeur au Collège de France, est arrêté en 1944 et meurt au camp de concentration de Buchenwald. Son frère est tué au combat en 1944. Sa mère, auteur d'études sur la Révolution française, est déportée au camp de Ravensbrück mais survit.

Abandonnant très tôt des études d'ethnologie, François Maspéro commence à travailler dans une librairie située rue Monsieur-le-Prince, À l'escalier2. Après y avoir rencontré plusieurs militants révolutionnaires africains tels que Mario de Andrade ou Amilcar Cabral3, il décide, en 1955, de s'endetter pour y reprendre une librairie dans le Quartier latin appelée La Joie de lire 40 rue Saint-Séverin4). Mais :

Après 1968 La Joie de Lire doit faire face à un péril redoutable et inattendu : le « vol révolutionnaire », pratiqué en particulier par les situationnistes qui accusent François Maspero d’être « un commerçant de la révolution ». Ces vols seront une des causes de la fermeture de la librairie en 1974. Lorsque la FNAC ouvre ses portes en 1974, La Joie de Lire est la plus importante librairie parisienne. Après les vols de certains groupes gauchistes, c’est l’extrême droite, qui attaquera la librairie à sept reprises entre septembre 1969 et mai 19705.

Aussi la librairie doit fermer en 1975.

Maspéro crée, en 1959, en pleine guerre d'Algérie, les Éditions Maspero, engagées à gauche. L'équipe de départ est constituée, outre lui-même, par Marie-Thérèse Maugis, puis Jean-Philippe Bernigaud et Fanchita Gonzalez Batlle, rejoints ensuite par Émile Copfermann. Maspero se consacre à l'édition jusqu'au début des années 1980. En 1978, il fonde la revue L'Alternative, qu'il dirigera jusqu'en 1984, pour donner la parole aux « dissidents » des pays du « socialisme réel ».

En 1982, après une nouvelle période difficile, il décide de passer la main à une nouvelle équipe dirigée par François Gèze. L'historien Jean-Yves Mollier précise que « l'acharnement policier a coûté cher à un éditeur qui fit l'objet de dix-sept condamnations »6. Il démissionne sans indemnités et cède ses parts à ce dernier pour un franc symbolique. À cinquante ans, il quitte ses éditions qui prennent le nom de La Découverte. Il n'aura désormais plus aucune relation avec celles-ci.

À partir de 1984, François Maspero se consacre à l'écriture et publie Le Sourire du chat. Ce roman, qui se déroule de l'été 1944 à l'été 1945, s'appuie largement sur une expérience autobiographique. Le suivant, Le Figuier, couvre la période 1960-1967, évoquant l'ambiance de la guerre d'Algérie et l'engagement dans les mouvements de libération d'Amérique latine.

Il effectue pour Radio-France des reportages tels que « Cet hiver en Chine » en 1986. En 1989, il fait avec la photographe Anaïk Frantz un « voyage au long cours » sur la ligne B du RER parisien, Les Passagers du Roissy-Express. En 1995, Balkans-transit, en compagnie du photographe Klavdij Sluban, résume cinq ans de voyages entre la Mer Adriatique et la Mer Noire.

Les personnages de ses livres de fiction se retrouvent tous dans son livre Le Vol de la mésange, traversée d'un demi-siècle et interrogation sur le sens du témoignage. Sa chronique de la conquête de l'Algérie, L'Honneur de Saint-Arnaud, est publiée à Paris et à Alger. Autre chronique historique, L'Ombre d'une photographe, Gerda Taro, fait revivre la compagne de Robert Capa morte à 27 ans devant Madrid en 1937.

Les Abeilles et la guêpe est plus directement autobiographique. À son sujet, l'historien Jean-Pierre Vernant écrit dans La Traversée des frontières : « Que les historiens se penchent sur ces pages. Ils y verront à l'œuvre un travail exemplaire — modeste, honnête, rigoureux — pour faire surgir des brumes de la mémoire le socle solide des événements d'autrefois. »

Depuis 1990, François Maspero a rapporté, avec Klavdij Sluban, pour Le Monde, des chroniques de Bosnie (« Les murs de Sarajevo » en 1995, « Retour en Bosnie » en 1998), d'Amérique latine (reportages sur Cuba en 1999, sur les Caraïbes en 2000). On retrouve certains de ces textes, ainsi que ceux sur la Palestine, Gaza, les territoires occupés et Israël, dans Transit & Cie. En plus en novembre 2001 il publie dans le Monde un texte de témoignage sur la décennie noire en Algérie7. Il est l'un des organisateurs du Tribunal Russell sur la Palestine8 et membre du comité de parrainage de ce tribunal d'opinion dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.

Dans le même temps, il traduit plusieurs auteurs en langue française, notamment John Reed, Alvaro Mutis, Jesus Diaz, Joseph Conrad ou Arturo Pérez-Reverte.

Il a reçu en 2006 le Prix Édouard-Glissant pour l'ensemble de son œuvre.

Il est retrouvé mort à son domicile le 11 avril 20159,10.

18/03/2016

CONSIDERATIONS PRIMAIRES ... un texte de Jean ORITZ

Quelques considérations « primaires » Un texte de Jean Ortiz

, par  Jean Ortiz , popularité : 1%
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Ah, les primaires de la gauche le poing levé !

 

"dis Miche" pourquoi tu tousses ? à regarder cette  photo

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« Je n’accepte pas que nous nous fondions une nouvelle fois dans un magma ectoplasmique, sur une base minimaliste, loin du mouvement social et de la rue. »

Opter pour des "primaires à gauche" revient à s’engager une nouvelle fois dans une stratégie au final "socialo dépendante". Elle risque d’assimiler les communistes à cette "gauche" qui n’en est plus une depuis longtemps déjà.

Si nous sommes peu lisibles, peu visibles, malgré la nécessité aujourd’hui comme hier d’un puissant parti communiste, de classe, c’est que nous avons en quelque sorte renoncé à être pleinement nous-mêmes, antisystème et propositionnels, à refuser radicalement le capitalisme, à rompre avec lui. Rompre, rupture, radicalité...

Être partisan de la révolution, même si le mot a été tant et tant dégradé, n’est-ce pas revendiquer et commencer à construire, par nos résistances, nos pratiques quotidiennes, des relations et des valeurs nouvelles, une société de partage, non cannibale, libérée du marché. Un socialisme d’aujourd’hui, citoyen, autogestionnaire, démocratique, écosocialiste, qui socialise les grands secteurs économiques et les leviers financiers, qui remette en cause le carcan européen, le productivisme sans limites, la monopolisation des richesses...

Mais pour cela il convient d’abord de ne pas renoncer aux mots, "socialisme", "révolution", et au sens de la marche. Je ne sais plus qui a dit : Ne pas nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

Nous vivons des temps inhumains de "contreréforme", des temps terribles pour les millions de "perdants", des temps dangereux de basculement conservateur, où la tentation est grande de diluer le discours révolutionnaire dans l’air fétide et régressif du moment, de s’adapter plus que de "révolutionner", pour tenter de gagner quelques voix... La politique cède le pas à une sorte de campagne électorale permanente dominée par le marketing politique, vide, avilisseur, par la com manipulatrice, les coups politiques tordus ou pas, le tango des égos...

Et le peuple dans toute cette ratatouille ? On se trompe si l’on croit que les sondages doivent être pris au pied de la lettre. La colère gronde dans ce pays et peut éclater sans nous, voire contre nous, assimilés au "tous pareils", à la "caste" comme disent les Espagnols.

Les "primaires", ces combats de coqs frelatés, ces rideaux de pseudo-démocratie et d’enfumage sur l’essentiel, cette singerie des "States", accentuent la personnalisation outrancière, la dépolitisation, les postures, les revirements, les petits et gros calculs, au détriment des contenus, des batailles d’idées, des compétences des militants, finalement contournés. Comme le référendum d’entreprise contourne les syndicats...

En tant que communiste, « refonder la gauche » n’est pas vraiment mon affaire. Refonder, consolider, renforcer, le PCF et le Front de gauche : OUI, OUI.
Réanime le parti socialiste qui voudra, qui pourra !! Il a infligé tant de souffrances et d’humiliations à notre peuple pour en payer le prix. Va-t-on une nouvelle fois contribuer à recrédibiliser un parti socialiste (sauce Valls ou sauce Cambadélis) plus libéral que les ultralibéraux ? A lui donner une nouvelle caution "de gauche" et à nous retrouver Gros-Jean comme devant, avec le titre de « meilleurs artisans de l’unité de la gauche »... et le "vote utile" pour le "nouveau PS" ? Se souvient-on du CERES, de la fable toujours bien vivante des "bons" et des "mauvais" socialistes, des "flingueurs" d’hier et d’aujourd’hui ? Où sont-ils passés, ceux d’hier ? Que sont-ils devenus ? La fable permet de ratisser large.

Comment peut-on décréter l’échec du Front de gauche (notre enfant) s’il n’a été qu’un cartel politique de circonstance et de sommet ? Si on ne lui a pas permis vraiment de prendre racine, d’ouvrir largement ses portes, de se structurer en bas ? Nous, communistes, avons eu en quelque sorte peur de notre ombre. Je n’accepte pas que nous nous fondions une nouvelle fois dans un magma ectoplasmique, sur une base minimaliste, loin du mouvement social et de la rue.

Voir en ligne : Sur le blog de Jean Ortiz sur l’Humanité

MELENCHON PASSE LA PRIMAIRE

 

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Présidentielle : Mélenchon passe la primaire

 

On le savait sur les rangs. Jean-Luc Mélenchon a officialisé sa candidature à l'élection présidentielle dans le 20h de TF1, ce mercredi 10 février, après un rapide commentaire de l'information du jour, le vote par l'Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle : « Je propose ma candidature pour la présidentielle de 2017. C'est une occasion formidable de dénoncer les liens qui nous paralysent aujourd'hui. » Avant de préciser le sens de sa candidature :

Mon adversaire, c'est la résignation, le rabougrissement, la haine de l'autre. Mon ennemi, c'est la misère et la France abaissée alors qu'elle est si riche.

Sa « proposition » d'« incarner la France insoumise, qui n'a pas de muselière ni de laisse » n'est toutefois pas un acte de candidature à l'une des primaires en débat dans la gauche et le PS.

Le candidat du Front de gauche en 2012, qui avait remis pour l'occasion la cravate rouge qu'il portait lors de la précédente campagne présidentielle, n'y voit que « carabistouille entre partis politiques ».

Je propose ma candidature, c'est le peuple qui va en disposer, a précisé le fondateur du Parti de gauche, parti au sein duquel il n'occupe plus aucune fonction. Je ne demande la permission à personne, je le fais hors cadre des partis. Je suis ouvert à tout le monde, les organisations, les réseaux, mais les citoyens d'abord.

« Tout le monde peut se joindre à moi pour travailler sur le programme et agir », a indiqué le député européen qui se veut « dans un rapport ouvert sur les citoyens » et entend incarner « la France insoumise et fière de l'être ».

Au passage, il a donné l'adresse de son site de campagne, hébergé sur la « même plateforme que Bernie Sanders », sur lequel il explique plus longuement sa démarche.

17/03/2016

L'analyse économique à la place du politique : LUGUBRE

En finir avec le charme mortifère des mythes économiques

Éloi Laurent, économiste à l’OFCE, professeur à Sciences-Po Paris et à stanford
Eloi Laurent
Samedi, 12 Mars, 2016
Humanité Dimanche

Dans un petit livre alerte et fluide, Éloi Laurent, économiste, propose aux lecteurs une véritable cure de désintoxication : non, l’économie n’est pas une « science », mais « une mythologie qui désenchante le monde » et « pollue le débat public ». Au fil du texte, l’auteur déconstruit les trois discours aujourd’hui dominants : le néolibéralisme, la social-xénophobie et l’écolo-scepticisme.

Voici les premiers extraits de son ouvrage.

L’économie est devenue la grammaire de la politique. Elle encadre de ses règles et de ses usages la parole publique, dont le libre arbitre se cantonne désormais au choix du vocabulaire, de la rhétorique et de l’intonation. Le politique parle de nos jours sous réserve d’une validation économique, et on le rappelle promptement à l’ordre dès que son verbe prétend s’affranchir de la tutelle du chiffre. Or cette grammaire économique n’est ni une science ni un art, mais bien plutôt une mythologie, une croyance commune en un ensemble de représentations collectives, fondatrices et régulatrices, jugées dignes de foi, aussi puissantes que contestables. Quelle est donc l’utilité de la mythologie économique ? Qu’espère le politique en se soumettant à son empire ? Il croit vraisemblablement en tirer l’autorité qui, de plus en plus, lui file entre les doigts.

L’économie est devenue l’impératif social que ceux qui gouvernent ne sont plus capables d’imposer par la force ou la persuasion. La rhétorique économique – c’est sa fonction primordiale – dit « il faut » et « on doit » aux citoyens à la place d’un politique dont la parole ne porte plus. Elle ordonne, elle arbitre, elle tranche, bref, elle donne l’assurance réconfortante qu’une solution existe à la complexité bien réelle du monde social.

Plus que jamais « lugubre », l’analyse économique se voit ainsi réduite à un culte de la fatalité, mettant en scène un univers pénible d’obligations, de contraintes, de refus, de punitions, de renoncements et de frustrations.

Elle répond invariablement « on ne peut pas », quand les citoyens disent « nous voulons ». Elle ravale les projets, les ambitions et les rêves à des questions faussement sérieuses : « Combien ça coûte ? », « combien ça rapporte ? » Elle signe la fin des alternatives alors que sa vocation est justement d’ouvrir dans le débat public l’éventail des possibles et d’énoncer non pas une sentence irrévocable, mais des options ouvertes et toujours négociables entre lesquelles elle n’a ni la vocation ni les moyens de trancher. Du coup, qui veut paraître important de nos jours « fait l’économiste ».

Dans un mélange particulièrement toxique d’idéologie et d’amateurisme, un nombre croissant de « commentateurs » dont la compétence est minuscule récitent sur un ton professoral et souvent comminatoire un catéchisme auquel ils ne comprennent à peu près rien.

Peu importe, c’est de l’incantation : ils en appellent aux pouvoirs supérieurs de l’économie. Ils savent que « parler l’économie » les placera du côté des forts, c’est-à-dire de ceux qui disent « non ». Et que peu oseront leur disputer leur autorité par procuration.

L’économie mythologique, nébuleuse de contes et de légendes à usage social, pollue donc le débat public. Mais elle empoisonne aussi l’esprit démocratique. Les pouvoirs contemporains se sentent obligés d’invoquer les mythologies économiques pour asseoir leur « crédibilité » et démontrer leur sérieux. Même les postures en apparence les plus éloignées des cercles de gouvernement (depuis longtemps « économisés ») se plient à la nouvelle injonction commune et ne parlent plus guère que d’économie.

Ce faisant, tous ruinent leur crédit démocratique. En somme, plus que jamais sans doute, la crédibilité économique dévore la légitimité politique.

 

 

Un pamphlet contre les mythes libéraux

J.-Ch. L. D.
Vendredi, 19 Février, 2016
L'Humanité

 

 

Nos mythologies économiques  Éloi Laurent. Éditions Les Liens qui libèrent, 112 pages, 12 euros

Éloi Laurent nous offre ici un essai tonique mettant à bas quelques idées que la propagande libérale a réussi à imposer comme des évidences : les vertus du marché libre, l’insoutenabilité des régimes sociaux, la prééminence de la compétitivité, les dangers de l’immigration, la marchandisation de l’environnement…

Au total un pamphlet contre plusieurs fausses évidences, qui en quinze chapitres prend de front un conformisme de l’analyse économique qui a imprégné les pratiques politiques depuis plus de trente ans. Éloi Laurent rappelle la nécessité de percevoir la puissance nocive des mythes. Non pour leur opposer d’autres mythes, mais pour les confronter à des visions politiques ouvrant vers d’autres horizons, sociaux, écologiques et progressistes.

Un livre qui redonne le goût de la réflexion économique et l’envie de faire de la politique autrement.

16/03/2016

LES JEUNES DANS LA MANIF LE 17 MARS

Valls échoue au rattrapage face aux mouvements de jeunesse

Olivier Morin et Lola Ruscio
Mercredi, 16 Mars, 2016
L'Humanité

Les organisations de jeunesse appellent à intensifier et à poursuivre les mobilisations dans les facultés et les lycées, en vue de la manifestation de ce jeudi 17 mars, pour exiger le retrait de la loi travail, même revue et corrigée. Exemple de mobilisation à Tours, avec les étudiants.

Unies, les organisations de jeunesse se sont retrouvées, hier à Paris, pour faire front commun contre l’avant-projet de loi El Khomri. Les vingt-trois mouvements politiques, syndicaux et associatifs fustigent la nouvelle mouture du texte de loi, rafistolé sur un coin de table par le gouvernement, le temps d’un week-end.

Si l’abandon du plafonnement des indemnités prud’homales et de l’allongement du temps de travail des apprentis sans autorisation de l’inspection du travail est apprécié, la révision du Code du travail reste « insuffisante », « à la marge », « de la bricole », selon les mouvements de jeunesse.

Ensemble, ils appellent à intensifier et à poursuivre les mobilisations dans les facultés et les lycées, en vue de la manifestation de ce jeudi 17 mars, pour exiger le retrait du texte. « Ce n’est que grâce au rapport de forces sociales que le gouvernement va bouger », selon le président de l’Unef, William Martinet.

L’écran de fumée de la garantie jeunes

Pour Camille Lainé, secrétaire générale du Mouvement jeunes communistes de France (MJCF), le constat est sans appel : « Manuel Valls annonce un nouveau départ mais c’est dans la mauvaise direction ! Ils ont lâché sur des points mais rien ne change sur le fond du projet. Il reste identique. On continue toujours à faciliter les licenciements ! » Un responsable d’Ensemble Jeunes lui fait écho : « L’inversion de la hiérarchie des normes et le leitmotiv “Travailler plus, gagner le même salaire”, est toujours présent ! »

Une représentante de l’association Osez le féminisme ! s’emporte : « C’est la philosophie générale du texte qui pose problème. La réforme est soutenue par le Medef ! La libéralisation et la précarisation de l’emploi des jeunes sont maintenues. » La mobilisation des jeunes et des salariés a joué un rôle clé pour faire reculer l’exécutif.

« Le gouvernement disait être déterminé jusqu’à ce que les jeunes descendent dans la rue », lance William Martinet, et de se réjouir : « La jeunesse a créé un rapport de forces qui a fait bouger les lignes. »

Si les organisations de jeunesse saluent l’extension de la garantie universelle annoncée par le gouvernement, elles pointent du doigt ses limites. Depuis son lancement, en octobre 2013, ce dispositif d’accompagnement vers l’emploi, d’une durée d’un an et donnant droit à une aide financière de 462 euros par mois, a bénéficié à 46 000 jeunes en difficulté sociale.

Le gouvernement avait déjà prévu de l’étendre à 100 000 jeunes en 2016. Lundi, « le premier ministre a employé le mot d’universalité, ce qui pourrait donner accès à 900 000 jeunes à cette aide (le nombre de ceux qui ne sont ni en emploi, ni en formation, selon Eurostat – NDLR), soit un budget de 5 milliards d’euros, c’est un écran de fumée », dénonce William Martinet, car le gouvernement prévoit en fait de relever la barre à 200 000 jeunes, ce qui est loin de rendre le dispositif universel. L’exécutif a d’ailleurs précisé, lundi soir, que le coût du dispositif en 2017 s’élèverait à seulement 418 millions d’euros.

La garantie universelle est prise avec des pincettes au vu des difficultés que rencontrent déjà les missions locales, chargées d’appliquer ce dispositif d’accompagnement des décrocheurs. « Pour avoir téléphoné à un directeur de mission locale, je peux vous dire qu’ils rient jaune sur le terrain. L’enveloppe financière allouée aux missions locales est en baisse et les moyens humains sont marqués par des baisses d’effectifs », lâche William Martinet.

Dans les universités, on s’active pour élargir le mouvement aux jeunes non encore impliqués. Comme à Tours, où les quelques concessions du premier ministre ne passent pas. « Je pense que le gouvernement s’est laissé une marge de manœuvre dans cette loi, expose Yusuf. En proposant des trucs aussi gros, ça leur laissait de l’espace pour négocier mais on n’est pas dupe. Nous voulons le retrait de la loi. » Pour cet étudiant en sciences humaines et les nombreux autres jeunes réunis lors d’une assemblée générale, lundi, l’heure est à l’organisation de la mobilisation de jeudi. Pierre-Alexis Pauchet, engagé au MJCF, explique : « On a décidé en AG de s’organiser en commissions, qui ont chacune une mission, la vie de la lutte, la communication, l’action, la gestion des assemblées générales et les revendications. » La commission revendications sert notamment à étudier les modifications établies par le gouvernement pour adapter les argumentaires et les tracts, « mais aussi à faire des propositions alternatives », précise Pierre-Alexis.

Cours supprimés pour la manifestation de jeudi

Sur le parvis du lycée Grandmont, les étudiants sont venus exposer les raisons de se mobiliser. Autour d’une « disco-soupe » où l’on distribue du potage en musique, les discussions s’animent.

Une marelle aux cases nommées

« prise de conscience »,

« mobilisation »,

« révolution »,

s’improvise pendant qu’une formation sur la « désobéissance civile » se lance. Pendant ce temps, un groupe d’étudiants se dirige vers le site universitaire de Grammont où sont enseignées les filières scientifiques. Un campus loin du centre-ville et « des étudiants difficiles à mobiliser », souligne Léonard Léma, qui participe à l’organisation de la lutte depuis le début. Pas suffisant pour entamer sa détermination et celle de ses amis venus tracter et argumenter. Une étudiante pressée prend le tract. Après un rapide coup d’œil, elle lance : « Ça sert à quoi de se mobiliser si la loi n’est pas encore votée ? » Léonard répond : « Justement, la mobilisation a permis de faire reculer sur certains points. En la poursuivant, on pourra aller jusqu’au retrait du projet de loi avant qu’elle soit votée. » L’étudiante marque le pas et murmure : « Ah oui, tu as peut-être raison… »

 

Lycéens et étudiants ont manifesté en nombre, mercredi à Marseille, contre le projet de loi El Khomri.
Photo : Boris Horvat/AFP

Débat avec les députés front de gauche 

Mardi 22 mars à l’Assemblée nationale (7e bureau), de 18 h 00 à 20 h 30, les députés du Front de gauche organisent une conférence publique sur le thème : « Contre le démantèlement du Code du travail, pour une alternative progressiste », en présence de syndicalistes, d’organisations de la jeunesse, d’universitaires, de juristes… Il est indispensable de s’inscrire au plus tard aujourd’hui mercredi 16 mars avant midi. Les inscriptions (dans la limite des places disponibles) se font par courriel à l’adresse : en indiquant nom, prénom, date et lieu de naissance.

Le matin, des étudiants élus par l’AG ont négocié avec l’administration de la fac pour que les cours de jeudi, qui ont lieu pendant la manifestation, soient supprimés et que les absences aux cours de la journée soient « dépénalisées », ironise un étudiant. Un argument qui compte pour ces étudiants à Polytech, à qui l’on fait subir la pression de la réussite et qui veulent s’assurer qu’eux aussi puissent rejoindre la manifestation. Un autre refuse le tract : « Je vote à droite ! » fanfaronne-t-il. Sur le document imprimé aux aurores par les Jeunes communistes, qui ont ouvert leurs locaux aux acteurs de la lutte, pas de logo d’organisations. Juste un lien vers la page Facebook « Les Tourangeaux contre la loi travail » créée il y a moins d’une semaine, et suivie par près de mille personnes.

 
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