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24/05/2018

CONSULTATION SNCF : 94.97% CONTRE LA REFORME

FR - Résultats du vot'action des cheminots SNCF, conférence presse de l'intersyndicale: prise de parole de Laurent Brun, Secrétaire général de la CGT des Cheminots, et début de la prise de parole de Roger Dillenseger, Secrétaire général de l'Unsa-ferroviaire, en présence d'Erik Meyer, Secrétaire fédéral de SUD-Rail, et de Sébastien Mariani, Secrétaire général adjoint de la CFDT Cheminots - 23.05.2018 - Paris, France.

 

 

18/05/2018

LE MEDIA... UN MEDIA PAS COMME LES AUTRES, VRAIMENT

Le retour de la lutte des classes

Hier soir à 21h15 avec Gérard Filoche, Elsa Faucillon, Eric Coquerel, Alexandre Devecchio, et Gaël Quirante.

Partout dans le monde, les inégalités se creusent, des transferts massifs de richesse ont lieu des plus pauvres vers les plus favorisés. Si l’injustice et l’exploitation sont vieilles comme le monde, le néolibéralisme sont en train de les accentuer jusqu’à l’obscénité. La politique menée aujourd’hui en France, depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, n’y échappe pas bien sûr. Alors, la lutte des classes est-elle en train de redevenir la grille de lecture adéquate pour penser notre situation? Pendant des années on l’a ringardisée, et la gauche elle-même y avait renoncé. Aujourd’hui, de plus en plus de penseurs et de politiques, la font revenir dans le débat public.

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Après #metoo et #balancetonporc où en sommes-nous ?
Avec Esther Benbassa, Marianne Durano, Ugo Bernalicis et Raphaël Liogier

Ici pas de politique-spectacle. Pas de course à la polémique. Cette émission n’est pas un show mais un lieu d’échanges et d’analyse qui vise à éclairer les téléspectateurs et non à les divertir. L’idée : organiser un débat autour de représentants de visions et pas autour de leur personnalité.

 

Réforme éducation, merci patron ?
avec Aurélie Filippetti, Raphaël Giromini et Paul Vannier.

 

Les médias contre la démocratie

Avec Paul Moreira, Henri Maler, Henri Guaino, Amaury de Rochegonde, Divina Frau-Meigs et Patrick Champagne.

 

 

 REGARDEZ VRAIMENT POLITIQUE.

02/05/2018

Mai 1968 :COMMENT L'OPINION SE RETOURNE AUX ELECTIONS

...Un temps amusés par le vent de la contestation étudiante, les Français ont fini par craindre que le joyeux désordre ne se transforme en anarchie et l'opinion se retourne  pour le parti de l'ordre.

 ...

A partir du 13 mai, le pouvoir gaulliste semble dans une extrême difficulté, incapable de faire face. Ni le général de Gaulle, ni son Premier Ministre, Georges Pompidou, ne parviennent à enrayer le mouvement. Les adversaires du gaullisme ont donc le vent en poupe, mais ils ne débouchent pas sur une solution politique.

Le Parti Communiste est très critique à l'égard des groupements "gauchistes" (qui ne l'aiment d'ailleurs pas) et il hésite devant les aspirations nouvelles qui s'expriment. Il se place immédiatement dans la perspective d'un gouvernement d'union des socialistes et soudé par la signature d'un programme commun. Par la bouche de leur sécrétaire général, Waldeck Rochet, les communistes lancent de multiples appels à l'union, pendant tout le mois de mai.

Mais la FGDS de François Mitterrand et de Guy Mollet temporise et recule le moment de ces accords.

Le 24 mai, le jour même où ont lieu de puissantes manifestations syndicales, le général de Gaulle lance l'idée d'un référendum sur la "participation". Or son message ne passe pas et ses propositions ne rencontrent pas d'écho. Le même jour encore, des manifestations organisées par l'UNEF (pour protester contre l'expulsion de Cohn-Bendit) débouchent sur une nouvelle nuit d'émeute qui, cette fois, inquiète l'opinion.

Le 25 mai, des négociations tripartites s'ouvrent sur les questions revendicatives. Elles débouchent sur un bilan  des discussions (le "constat de Grenelle") qui est aussitôt jugé insuffisant par les travailleurs des usines occupées.

Le gouvernement a donc échoué deux fois dans sa tentative de reprise en main. Des concertations se déroulent dans différents milieux pour ébaucher des solutions. La CFDT et le PSU de Michel Rocard tentent de s'appuyer sur le potentiel gauchiste pour mettre en avant Pierre Mendès-France (meeting au stade de Charléty, le 27 mai). La FGDS recherche des combinaisons politiques plus classiques, avec les formations centristes, ce qui suscite aussitôt l'inquiétude des dirigeants communistes.

Le 28 mai, François Mitterrand annonce même sa candidature à une éventuelle élection présidentielle et propose la formation d'un "gouvernement provisoire", présidé par Mendès-France et élargi au-delà de la gauche.

... A l'issue de la présidentielle de 1965, François Mitterrand apparaît comme le leader incontesté de la gauche. Mais les événements de mai 1968 bouleversent sa stratégie. Mitterrand est dépassé par le mouvement de contestation et sa déclaration de candidature à une présidentielle anticipée est très mal perçue. Cette manoeuvre lui vaut d'être mis au ban de la gauche. La présidentielle de 1969 se déroule sans lui. Tout est à refaire pour François Mitterrand.

Les gaullistes vont alors reprendre l'initiative. Après une courte phase de flottement (on se demande s'il ne va pas démissionner), de Gaulle prononce un nouveau discours.

LE 30 MAI... LES GAULLISTES REAPPARAISSENT A L'ETOILE

Un million de personnes selon les organisateurs, 300.000 d'après la préfecture : ce soir, le défilé des Champs-Elysées clame massivement son opposition à la "chienlit".

A 16 H 30, le Général annonçait à la radio la dissolution de l'Assemblée.

Aussitôt, les élus UNR, ceints de leurs écharpes tricolores, ont formé un cortège devant le Palais-Bourbon, Michel Debré et André Malraux en tête. L'aspect soigné des jeunes manifestants tranche avec le style des "enragés" du Quartier Latin. La foule fraternise avec la police et le slogan lancé par Michel Debré "Mitterrand au Lido !" fait fureur.

 

RAZ DE MAREE DU PARTI DE L'ORDRE

C'est la grande manifestation de soutien au régime, aux Champs-Elysées, déroulant son cortège bleu, blanc, rouge de la Concorde à l'Etoile, qui a marqué le premier retournement de l'opinion et c'est l'éclatante victoire gaulliste au second tour des élections législatives.

Quant aux élections des 23 et 30 juin 1968, elles se soldent par un véritable raz-de-marée gaulliste.

Les formations gouvernementales, rassemblées dans l'Union pour la défense de la République (UDR), dépassent les 46% des suffrages exprimés et disposent de 358 sièges sur 485 ! La FGDS et le PCF reculent et perdent une centaine de sièges par rapport à 1967.

le parti gaulliste, qui s'est transformé en Union pour la défense de la République (UDR), s'y taille une part royale en gagnant 97 députés supplémentaires. Ce succès rejaillit sur le Premier Ministre qui a rondement mené la brève campagne électorale avec l'appui des comités d'action civique.

Il désigne le "complot communiste responsable des évènements". De fait, le PCF, concurrencé sur sa gauche par le PSU, accuse une baisse d'audience et perd 2,5% de ses électeurs au premier tour. Les autres partis, y compris la deuxième composante de la majorité, les Républicains indépendants, sortent laminés de la consultation.

 

 Le mouvement de grève s'achemine vers sa fin. Le travail reprend dans le secteur public (dès le 6 juin à la SNCF et à la RATP), puis dans toutes les entreprises (les dernières à reprendre sont celles de la métallurgie). Sur la base du "constat de Grenelle, des accords importants sont signés dans les différentes branches.

 Plus tard, l'Université fait l'objet d'une réforme prévoyant l'autonomie de ses structures et préparée par Edgar Faure (le 7 novembre 1968)

 

 

 Allocution de DE GAULLE le 30 mai

Françaises, Français,

Etant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine, j'ai envisagé depuis vingt-quatre heures toutes les éventualités sans exception qui me permettraient de la maintenir. J'ai pris mes résolutions. Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. J'ai un mandat du peuple. Je le remplirai. Je ne changerai pas le Premier Ministre, dont la valeur, la solidité, la capacité, méritent l'hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraîtront utiles dans la composition du gouvernement. Je dissous aujourd'hui l'Assemblée Nationale.

La France est menacée de dictature. On veut la contraindre à se résigner à un pouvoir qui s'imposerait dans le désespoir national, lequel pouvoir serait alors évidemment essentiellement celui du vainqueur, c'est-à-dire celui du communisme totalitaire.

Naturellement on le colorerait pour commencer d'une apparence trompeuse en utilisant l'ambition et la haine de politiciens au rancart.

Après quoi, ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids qui ne serait pas lourd. Eh bien ! non, la République n'abdiquera pas, le peuple se ressaisira. Le progrès, l'indépendance et la paix l'emporteront avec la liberté.

Vive la République ! Vive la France !

1968 / IL Y A CINQUANTE ANS LA GREVE CHEZ PEUGEOT... « Le but est de faire connaître aux générations d’aujourd’hui les motivations et la détermination des générations d’hier »

FROID DANS LE DOS ... LA VIOLENCE ELLE EST OU ? A VOUS DE VOIR

 

 Film du groupe Medvedkine sur la grève à Peugeot Sochaux (film de 1970) :

 

Extrait du livre « Une milice patronale : Peugeot » de Claude Angeli et Nicolas Brimo, éditions Maspéro, 1975 :

Le lundi 10 juin, dès quatre heures du matin, les deux cent cinquante cars Peugeot déversent leurs cargaisons d’ouvriers sur les parkings de l’usine. Les drapeaux rouges ont été enlevés, les murs rapidement badigeonnés et les slogans vite effacés du bitume. Les machines se remettent à tourner mais le coeur n’y est pas. Dans les ateliers, des bruits courent : les chefs s’apprêtent à accélérer les cadences; la direction va exiger dix-sept samedis de travail supplémentaires pour rattraper les pertes à la production. Une fois de plus, la base a le sentiment d’avoir été piégée.

A neuf heures du matin, le climat devient lourd. la grogne s’étend. A la carrosserie, ça discute ferme. »J’en ai marre, dit un ouvrier, je m’en vais chez moi ». D’autres se mettent à remonter la chaîne des « 404 », poste après poste, ouvrier après ouvrier: « Viens, on va au bureau ». Bedonnant et chauve, le directeur de la « carrosserie » voit bientôt arriver cinq ouvriers dont deux délégués : « Vous n’allez pas recommencer, non? »

Ils vont recommencer. Ils sont très vite soixante-quinze qui font le tour des ateliers voisins du leur. Des jeunes : le plus âgé doit avoir à peine trente ans. Et leur groupe grossit, de bâtiment en bâtiment. A dix heures, on ne travaille plus guère dans l’usine. La maîtrise fait ce qu’elle peut mais il est déjà trop tard. Des ouvriers quittent l’usine et s’installent au long de l’avenue d’Helvétie qui relie Sochaux à Montbéliard et sur laquelle s’ouvrent les grilles de l’usine. En petits groupes compacts, on y attend l’arrivée des délégués syndicaux.

A quinze heures, tout est joué: dix mille ouvriers de la première et de la seconde équipe votent « la grève avec occupation ». On réinstalle les drapeaux rouges sur les portes de l’usine.

Quand tombera la nuit, quelques centaines d’ouvriers seulement resteront sur place. Répartis aux quatre coins de l’usine, ils assureront la sécurité et les piquets de grève.

Le tableau de chasse des CRS

A trois heures du matin, l’assaut est donné. Sur deux fronts. Des gendarmes mobiles investissent les portes de l’usine tandis qu’un commissaire de police somme les grévistes d’évacuer les lieux.

Au même moment, les CRS franchissent les murs d’enceinte. L’opération est bien menée, la souricière bien tendue. L’effet de surprise a joué à plein : les policiers matraquent même ceux qui dorment. Personne ne les attendait et les grévistes fuient en ordre dispersé. CRS et gendarmes seront rapidement maîtres du terrain.

Tout s’est réglé à Paris. La reconquête de l’usine a été décidée dans la soirée par la direction générale de Peugeot et Raymond Marcellin avec, naturellement, le feu vert de Georges Pompidou. Pour assurer le succès de l’opération, il fallait rester discret : ni la direction de l’usine de Sochaux, ni le préfet du Doubs n’étaient au courant de ce qui se tramait à quatre cents kilomètres de là. Il fallait frapper fort et vite comme chez Renault, à Flins, en finir avec ces ouvriers qui avaient eu l’impudence de « recommencer ». A l’aube, c’est chose faite.

A quatre heures trente du matin, les CRS chargent pour la première fois. Maintenant on se bat. De la ville viennent les premiers renforts, des ouvriers, mais aussi des lycéens. Certains se joignent aux secouristes déjà débordés, d’autres se battent derrière et devant les barricades.

Aux pierres que les ouvriers lancent par-dessus les murs, les CRS ripostent à coup de grenades lacrymogènes et offensives. Chacune de leurs salves est suivie d’une sortie et d’une charge. Chaque fois, les ouvriers reculent d’une centaine de mètres, se regroupent derrière leurs barricades et repartent à l’assaut.

A plusieurs kilomètres de l’usine, dans cette agglomération qui s’étend autour de Sochaux et de Montbéliard, et où vivent près de cent mille personnes, chacun entend les explosions des grenades. « Dix éclatements à la minute », note un journalise local.

Vers dix heures du matin, les grévistes rendent aux CRS la monnaie de leur pièce. Ils pénètrent dans l’usine. « On a franchi le petit mur d’enceinte près de la porte « J », raconte un ouvrier qui combattit dans les rangs des FTP pendant la Résistance. Et les CRS se sont mis à foutre le camp. Alors, j’ai vu leur gradé qui sortait son revolver et qui tirait. Et nous, on continuait à avancer. Il a couru rejoindre les autres à cent mètres de là, peut-être. Alors, ils ont pris leurs fusils. On était « fin-fous ». On a bondi vers un command-car qui était là, vide. On a trouvé deux mousquetons. On a cassé les crosses. Puis, on a mis le feu au réservoir et on est vite ressorti de l’usine ».

Mais trois balles des CRS ont fait mouche. Près de la cabine des gardiens, Pierre Beylot, 24 ans, est en train de mourir. Deux autres de ses camarades sont blessés par balle. Les CRS s’affolent et emploient les grands moyens. Ils visent les manifestants avec leurs fusils lance-grenades, Henri Blanchet, 49 ans, « soufflé » par l’explosion, tombe du mur sur lequel il était monté. Il meurt sur le coup : fracture du crâne. Serge Hardy, 36 ans, atteint à la jambe par une grenade, devra être amputé dans la soirée, au-dessus du genou. Une troisième grenade fait mouche: Joël Royer, 18 ans, militant des jeunesses communistes, perdra son pied droit.

A quatorze heures trente les combats reprendront. L’arrivée des renforts des CRS rallume les bagarres. Un motard est lapidé par les grévistes. En s’enfuyant, il abandonne sa moto qui flambe aussitôt.

A la nuit, après dix-huit heures de combats, c’est enfin la trève. Les responsables syndicaux ont pu rencontrer la direction et les CRS se retirent à l’intérieur de l’usine. Peugeot cède. Seule concession des délégués ouvriers : l’usine ne sera plus occupée. A vingt et une heures, ordre est donné aux policiers de quitter l’usine et Sochaux.

Les CRS ne manqueront pas leur sortie. Ils arrosent leur départ. A la grenade. Sur la route de Belfort, les policiers épuisent leurs stocks. Contre la foule, contre des boutiques. Et même en passant, sur la place de l’Eglise, à Vieux-Charmont, au moment où le curé raccompagne les enfants après le catéchisme.

Les CRS regagnent leurs départements d’origine, les Bouches-du-Rhône, le Haut-Rhin et le Rhône. Ils laissent à Sochaux deux cadavres et deux infirmes…

Le drapeau rouge flotte sur l’usine

Libération, 30 juin 2008 : Juin meurtrier à Sochaux

Les événements tirent à leur fin. La grève des usines Peugeot se conclut par des acquis sociaux et salariaux. Un bilan endeuillé par la mort de deux ouvriers.

Deux hommes sont morts pendant la grève de mai-juin 1968 aux usines Peugeot de Sochaux (Doubs). Ils s’appelaient Pierre Beylot et Henri Blanchet. Ils avaient 24 et 49 ans. Le premier a été tué d’une balle tirée par un CRS, le second a chuté d’un mur. Cela s’est passé le 11 juin, au cours de violents affrontements entre ouvriers et forces de l’ordre chargées de «libérer» l’usine. Dans un petit square, près de l’actuelle entrée de l’immense site industriel, une stèle marque le souvenir des deux victimes : «A la mémoire de Pierre Beylot et Henri Blanchet, tombés pour le libre exercice du droit de grève.»

En 1968, Peugeot emploie 25 000 salariés à Sochaux. Dans la première quinzaine de mai, il ne se passe rien. «Le 17 mai, on nous a présenté le nouveau modèle 504, se souvient Gilbert Marion, ajusteur outilleur et syndicaliste CFDT à l’époque. C’était bizarre d’être dans cette atmosphère feutrée alors que tout le pays était en grève.» La grève avec occupation est finalement votée le 20 mai. Pour expliquer ce déclenchement tardif du mouvement, les syndicalistes invoquent le cuisant échec de la grève de 1965 pour une augmentation de 20 centimes de l’heure. En fait, «les ouvriers de Peugeot sont un peu en retard sur ceux de Renault, mais ils sont tout à fait en phase avec la grève générale», explique l’historien Nicolas Hatzfeld, qui vint s’«établir» chez Peugeot entre 1971 et 1975 : «Ils sont en grève dans leurs têtes avant de passer à l’acte.»

A l’intérieur de l’usine, l’occupation s’organise. «A la forge, à l’emboutissage, à la carrosserie, des comités de base se mettent en place pour former les piquets de grève», rappelle Gilbert Marion. Dans les ateliers, les occupants jouent aux cartes et aux boules, suivent les événements à la radio. La direction est reléguée à l’extérieur et la prise de contrôle de l’usine se nourrit de symboles : une mitraillette factice perchée sur le toit d’une loge de «garde-chiourme», des fresques peintes sur les murs d’enceinte, montrant un métallo terrassant un lion – emblème de Peugeot.

La parole libérée

Les occupants sont entre 200 et 300, parfois moins les week-ends. Chaque soir, ils tiennent un «comité central de grève».«Petit à petit, ces réunions sont devenues des forums. C’est là que la parole s’est libérée, explique Gilbert Marion. On discutait de ce qui se passait au niveau national, de la politique, du devenir de la société. Mai 68, je l’ai vécu comme une révélation. Ça a fait évoluer ma conscience politique.» Les jeunes ouvriers «gauchistes» qui prennent la parole ne sont pas toujours en phase avec les syndicats qui ont transmis une liste de revendications à la direction. «Le jour où j’ai entendu Séguy dire à la radio que les ouvriers de Renault pouvaient reprendre le travail parce qu’ils avaient obtenu des augmentations, je n’y comprenais rien du tout», se souvient Noël Hennequin, encarté CFDT à l’époque et sensible aux idées des «révolutionnaires» : «On n’était pas là pour se battre pour nos 20 centimes comme en 1965 , on était là pour tout changer, pour prendre le contrôle de l’usine à la place du patron qui nous exploitait.»

«Le comité de grève devait faire la part des choses entre ce que souhaitaient quelques-uns des 200 occupants et ce que voulaient les 25 000 autres ouvriers qui n’étaient pas présents aux forums», explique Jean Cadet, technicien au service exportation en 1968 et secrétaire à la propagande de la CGT. Les négociations avec la direction débutent le 31 mai mais n’avancent pas. Deux scrutins sont organisés qui donnent une courte majorité pour la reprise, prévue le 10 juin au matin. «A midi, l’usine était à nouveau occupée. Personne n’avait envie de reprendre. De toute façon, on n’avait rien obtenu, ou trois fois rien», raconte Noël Hennequin. «C’est reparti de la base, poursuit Jean Cadet. Et cette fois, il y avait beaucoup de monde qui occupait.» Qui a pris la décision de faire intervenir les forces de l’ordre à ce moment ? «Tout se joue à Paris, répond Nicolas Hatzfeld. Il y a une volonté gouvernementale de forcer à la reprise dans l’automobile, une branche symbolique, en évitant de toucher à Billancourt, qui est trop proche du quartier Latin.»

Cailloux et lacrymogènes

Vers 3 heures du matin, le 11 juin, CRS et gardes mobiles dispersent les piquets de grève. A 4 heures, les non-grévistes, invités à reprendre le travail par la direction, descendent des cars de ramassage et se retrouvent au milieu des affrontements, matraqués à leur tour. C’est l’engrenage, qui va encore se gripper quand se répand la nouvelle de la mort de Pierre Beylot, tué dans la matinée. Barricades et jets de cailloux contre grenades lacrymogènes ou offensives, parfois lancées en chapelets. Les CRS sont retranchés dans l’usine, encerclés par les ouvriers Peugeot et d’autres venus du pays de Montbéliard. «C’était la classe ouvrière qu’on attaquait», explique l’un d’eux dans le film Sochaux, 11 juin 1968.

Les CRS se retirent en début de soirée. Le bilan est lourd : deux morts et plus de 150 blessés chez les ouvriers, dont plusieurs touchés par balle. Assez vite, la nouvelle se répand – elle circule toujours autour de Sochaux – que des CRS ont aussi été tués. «J’étais persuadé que cette histoire était vraie, mais je me suis vite aperçu que ce n’était qu’une rumeur», affirme Florian Pasqualini qui, dans le cadre d’un master d’histoire contemporaine sur Mai 68 autour de Montbéliard, a consacré à cette affaire une partie de ses recherches.

L’usine reste fermée jusqu’au 20 juin. Les négociations se déroulent à l’extérieur. Au final, les grévistes obtiennent une augmentation de 14 %, l’intégration des primes de participation dans le salaire, une réduction de soixante-quinze minutes de temps de travail hebdomadaire et la reconnaissance de l’action syndicale dans l’usine. «Ce qui a été gagné, ce n’était quand même pas rien», admet Noël Hennequin, qui rêvait de «tout changer». «Ce sont des acquis concrets dont nous bénéficions encore aujourd’hui», commente Bruno Lemerle, actuel responsable de la CGT à Sochaux.

Affrontements du 11 juin 1968 à Sochaux

L’Est Républicain, 28 février 2018 – Mai 68 : ils en font un vrai feuilleton

Pour le cinquantenaire, l’union locale CGT du pays de Montbéliard multiplie, entre mai et juin, les expositions, débats, concerts. Les militants, anciens et nouveaux, ont même créé un roman à partir de la véritable histoire locale.

« Dans l’imaginaire collectif et notamment dans celui des plus jeunes, Mai 68, c’est d’abord la révolte étudiante, l’effervescence du Quartier latin… » Sous les pavés la plage donc. Sauf qu’ici, dans l’alors très industriel et industrieux pays de Montbéliard, le souffle révolutionnaire s’est lui essentiellement décliné, comme le souligne Véronique Bourquin Valzer, la responsable de l’Atelier, sous forme de luttes ouvrières encore plus fortes qu’ailleurs en France.

Notre territoire détient en outre, dans ces événements dont on célébrera le cinquantenaire dans quelques mois, une triste particularité : c’est aussi le seul endroit où l’on dénombre deux morts (Pierre Beylot, Henri Blanchet), deux ouvriers gravement blessés (ils auront le pied arraché) et 150 blessés, à l’issue d’une manifestation pacifique (et de 22 jours de grève) le 11 juin 1968 devant l’ancienne ARS à Montbéliard.

Le tourbillon de la vie

Pour se souvenir des camarades tombés, victimes, dixit Bruno Lemerle, représentant des retraités, des « violences policières et de l’entêtement du patronat », la CGT, qui fut le fer de lance du mouvement, n’a pas attendu le cinquantenaire. Depuis ce funeste 11 juin, tous les ans, elle rend hommage aux disparus devant la stèle du square Dagnaux. Cela posé, le syndicat, qui n’oublie pas, a, pour cet anniversaire, la forte volonté de se tourner vers l’avenir et de toucher les jeunes. « Le but est de faire connaître aux générations d’aujourd’hui les motivations et la détermination des générations d’hier », souligne Guy Mongery. « On ne veut pas se focaliser sur le passé, mais plutôt savoir quelle empreinte ont laissé les événements. »

L’homme fait partie du « groupe 68 », qui mêle jeunes et anciens militants CGT, et qui depuis huit mois planche sur les célébrations locales. Elles se dérouleront du 28 avril au 11 juin (ci-dessous), en huit phases, trois dates emblématiques et un fil rouge. Ce dernier, c’est un feuilleton en neuf épisodes. Pas de panique, il ne s’agit pas de Dallas ! Le feuilleton en question est écrit, dans le genre popularisé, au XIXe siècle, par Eugène Sue et Maurice Leblanc.

L’histoire ? Celle de deux héros fictifs, Jeanne et Lucien. À Sochaux, et plus largement dans tout le pays de Montbéliard, le couple est plongé dans l’effervescence, parfois tragique, des événements. En ce qui concerne ces derniers, tout est vrai : les épisodes ont été écrits, à plusieurs mains, à partir des témoignages de ceux qui ont vécu Mai 68. « Chacun peut se reconnaître dans ce feuilleton, se demander ce qu’il aurait fait à l’époque », souligne Bruno Lemerle.

Le vent se lève

Ce « roman vrai », où le couple habite en face de chez Pierre Beylot à la Chiffogne, sera présenté, sous forme d’épisodes dans différentes entreprises (dont PSA à Sochaux) du pays de Montbéliard. L’initiative, inédite, a également retenu l’attention d’un éditeur : sous le titre « Jeanne et Lucien dans le tourbillon de 1968 », un livre sortira de presse à la mi-avril et sera publié aux « Belles Lettres ».

« On peut vraiment se mettre dans la peau des héros », note Aurore Métais, jeune membre du groupe 68. « C’est important car se souvenir, c’est bien mais que la lutte de nos aînés serve pour l’avenir c’est encore mieux. » Cinquante ans après, un souffle de jeunesse mais aussi un vent de fronde se lèvent sur le pays de Montbéliard. Vivifiant, non ?

 

30/04/2018

SYNDICALISME ET POLITIQUE par G. SEGUY (LUTTER 1975)

Récemment mis à jour15.jpg

extraits : 

... "Jamais le mouvement syndical français n'a été apolitique au sens étymologique du terme. Au contraire, les luttes politiques et idéologiques qui ont marqué l'évolution du mouvement ouvrier français ont toujours, dans une certaine mesure, déterminé le mouvement syndical.

C'est justement l'un des traits caractéristiques de ce mouvement en France ; d'où parler d'apolitisme syndical, surtout dans un pays comme le nôtre, est complètement irréaliste. Cela dit, il faut peut-être s'entendre sur la façon dont le mot "politique" ou l'expression "faire de la politique" est apprécié.

...

Vous remarquerez qu'il est de plus en plus difficile aux dirigeants de F.O. de proclamer leur prétendu apolitisme, tant il est vrai que personne n'y croit.

En vérité, il s'agit d'un paravent derrière lequel se trame la politique de collaboration de classe, négation de l'indépendance syndicale. Cette pratique part de l'idée ou de la nécessité de la coopération entre exploiteurs et exploités, ce qui est une pure aberration pour tout syndicaliste normalement constitué. L'apolitisme syndical sert le plus souvent de couverture à la pire des politiques de renoncement et de résignation. C'est le syndicalisme sclérosé, stérile.

 

- Les problèmes économiques, politiques et sociaux sont en interaction. A mon avis, parler de syndicalisme apolitique me paraît donc, si on admet ce postulat, un non-sens.

Il faut dire un mot sur la façon dont on entend généralement en France, y compris parmi les travailleurs, cette terminologie : "politique" ou "faire de la politique".

Il s'agit d'une notion qui a été très galvaudée et, dans une certaine mesure, discréditée ; pour beaucoup, elle évoque une activité politicienne, très partisane et parfois assez sordide. Elle rappelle des souvenirs désagréables de cuisine politique, de tractations entre partis plus ou moins véreux qui se sont partagé le pouvoir sous la IIIe, la IVe et même la Ve République. Elle évoque des promesses électorales jamais satisfaites, des combines, des scandales, la corruption, autant d'aspects de la vie politique nationale auxquels les Français ont pu assister et qui les révulsent.

De ce point de vue, l'aversion qu'une grande partie de l'opinion ressent pour cet aspect de la politique n'est pas extraordinaire.

... Dans un pays comme le nôtre, il est nécessaire de réhabiliter le sens noble du mot "politique" ou de l'expression "faire de la politique", en tant que synonyme de civisme ou d'intéressement à la vie sociale. Il est nécessaire de donner à chacun conscience du fait que tout le monde est obligé de s'intéresser aux choses de la politique, parce que, ou il les subit, ou bien il intervient par nécessité, par la force des choses, sur la plan politique.

 

Il m'arrive fréquemment dans la vie militante ou familiale de rencontrer des personnes qui commencent par me déclarer : "Je vous préviens, moi je ne fais pas de politique", et en deux minutes de conversation, je m'aperçois que ces interlocuteurs ont des positions politiques assez précises. Il leur est cependant difficile de préciser comment elles leur sont venues. La plupart pensent qu'il s'agit d'idées très personnelles. Mais il est facile de déceler l'influence de la presse, de la radio, de la télévision sur beaucoup de ces esprits convaincus sincèrement d'être étrangers à la politique.

 

L'avenir de l'évolution de la société en France n'est pas dans une dépolitisation de la vie sociale, comme tentent toujours de le faire les régimes rétrogrades, surtout fascistes et obscurantistes, mais, au contraire, notre avenir national est lié dans une large mesure à une plus grande politisation de l'activité de la société, de l'engagement du peuple. Pas sous l'angle d'une sorte de ralliement général à l'idéologie d'un parti. J'entends politisation dans le sens d'un plus grand engagement dans la vie sociale, d'une évolution de l'esprit de responsabilité, d'une plus grande participation des gens à la vie de leur pays et, par conséquent, d'un élargissement des libertés démocratiques et de la liberté d'expression susceptibles d'enrichir et de vivifier la pensée collective.

 

... Les syndicats ne peuvent pas se désintéresser de l'orientation politique et économique du pays où s'exerce leur activité, alors que tous les problèmes sociaux dépendent précisément de cette politique. Dans la mesure où l'orientation de la politique économique, comme c'est le cas aujourd'hui en France, est entièrement soumise aux intérêts privés par nature diamétralement opposés à ceux des travailleurs, il est naturel que les syndicats, au moins les syndicats dignes de ce nom, se déterminent parmi les forces d'opposition à cette politique, la combattent, contribuent et participent même, dans le cadre de leurs compétences, à l'action pour en changer le cours.

C'est donc une attitude progressiste, qui postule un certain nombre de changements démocratiques et de progrès sociaux.

 

... Il faut établir une distinction entre apolitisme et indépendance syndicale.

Si les syndicats ne peuvent être, apolitiques au sens strict du terme, ils doivent pouvoir se déterminer à propos de toute question indirectement ou directement liée à la politique, en toute souveraineté. C'est ce que nous appelons en France, l'indépendance syndicale. Cette indépendance, il est nécessaire que les syndicats l'observent vis-à-vis de l'Etat, du patronat, des Eglises et aussi des partis politiques, y compris vis-à-vis de ceux avec qui le mouvement syndical peut contracter des alliances en vue d'une action commune pour faire aboutir des objectifs communs.

Cette conception est l'une des caractéristiques du mouvement syndical français. Elle provient, comme nous l'avons déjà vu, de ses origines, de ses particularités, de ses traditions, de son histoire aussi. Il ne faut pas oublier que la naissance de la C.G.T. a précédé celle des principaux partis de gauche en France.

La C.G.T. a sa personnalité, son comportement, sa spécificité. Peut-être arrive-t-il en France, et même parfois à l'étranger, qu'on ne comprenne pas très bien la nature de ces particularités nationales du mouvement syndical français ; je pense qu'elles présentent des qualités de nature à favoriser la démocratie dans notre pays, et toute tentative pour les remettre en cause, aujourd'hui ou dans l'avenir, serait inévitablement rejetée par le mouvement syndical comme contraire à la démocratie et à l'intérêt de l'évolution progressiste de la société.

 

... Ce ne sont pas des liens organiques, au demeurant inexistants, que nous reprochent nos détracteurs, mais notre conception du syndicalisme, notre orientation fondamental de l'action syndicale, notre option de toujours sur les principes d'un syndicalisme de lutte de classes.

Finalement, notre indépendance syndicale vis-à-vis des forces qui prédominent dans la société capitaliste....

 
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