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30/04/2018

MAI 68 : LE POINT DE VUE de Georges SEGUY, dirigeant et négociateur de la C.G.T.

Résultat d’images pour Georges SEGUY - MAI 68 

 

Secrétaire général de la CGT en mai 1968, Georges Séguy joua un rôle essentiel dans le mouvement social. Le 6 mai 1998, il s’en entretenait avec Jean-Paul Monferran pour l’Humanité. Morceaux choisis.

Alors âgé de quarante et un ans, il joua un rôle essentiel dans le plus grand mouvement social qu'ait connu la France dans son histoire. Il évoque «l'actualité» du mouvement, trente ans après, et revient sur plusieurs des problèmes posés à l'époque...

 

 

Vous avez mis l’accent sur le fait que le mouvement de mai 1968 a permis, pour le monde du travail, des avancées sociales qui n’avaient pas eu de précédents dans l’histoire. Par quels processus cela a-t-il été possible ?

Georges Séguy Toute l’année 1967 a été marquée par une intervention sociale assez forte, impulsée par un accord d’unité d’action entre la CGT et la CFDT, avec notamment deux grèves nationales de vingt-quatre heures et une journée nationale avec des arrêts de travail en fin d’année : contre les ordonnances qui frappaient la Sécurité sociale, et pour d’autres revendications qui se heurtaient toutes à un mur d’intransigeance de la part du patronat et du gouvernement, privant les syndicats de toute possibilité de négociation. Voilà pourquoi, progressivement, l’idée de s’y mettre « tous ensemble » s’est emparée des esprits. Petit à petit, la tension est montée : elle s’est trouvée confirmée par la grande manifestation du 1er mai à Paris, à l’appel de la CGT qui bravait ainsi une interdiction vieille de quatorze ans, et à laquelle le gouvernement n’avait pas osé s’opposer. Il existait une accumulation de mécontentements de caractère revendicatif qui a fait mûrir un climat de tensions sociales fortes et qui a pris, en mai, la dimension que l’on sait. C’est là un enseignement important : des revendications déposées depuis cinq, dix ou quinze ans, parfois, dans les bureaux des ministères et au siège du CNPF – et réputées impossibles à satisfaire – ont été résolues en quelques heures de négociations à Grenelle. Sous la pression de 10 millions de grévistes, la force de persuasion est plus grande qu’avec les meilleurs arguments développés par les syndicalistes…

Résultat d’images pour Georges SEGUY - MAI 68

 

Vous n’aviez pourtant pas tout prévu…

Georges Séguy Nous ne pouvions pas imaginer en effet que la grève générale – ce mythe dont on avait débattu depuis la naissance de la CGT et qui devait renverser le capitalisme – allait se produire. Pour une fois, il y avait grève générale, le capitalisme a subsisté, mais les salariés ont obtenu, au total, des acquis plus importants et dans des domaines plus diversifiés qu’en 1936. Ne perdons pas de vue qu’il n’y a pas eu seulement le « constat » de Grenelle, avec l’augmentation de 35 % du Smig, celle de 55 % du salaire minimal agricole, la légalisation du droit syndical dans l’entreprise. Les négociations par branche professionnelle qui prolongèrent celles de Grenelle durant la première semaine de juin complétèrent de manière substantielle le « constat » général : reclassifications, déroulements de carrière, temps et conditions de travail, améliorations des conventions collectives, etc.

 

 

Au-delà de ce succès, quelles images fortes gardez-vous de ce mouvement, de l’état d’esprit qui l’animait ?

Georges Séguy Une volonté de changement des mentalités dans la société, qui s’est traduite, dans un premier temps, par l’explosion de la parole : nous avons vu des personnes n’ayant jamais osé exprimer un avis publiquement trouver des ressources d’éloquence pour participer à la discussion sur les sujets les plus divers. Tout le monde avait envie de parler, de s’exprimer, de critiquer, de proposer… Cela a bousculé bien des habitudes. Beaucoup de tabous ont volé en éclats. De toutes les évolutions d’alors, c’est celles touchant au respect de la dignité des femmes, à la question de leurs droits – dans l’entreprise comme dans la société – qui m’apparaissent les plus significatives. Mai 68 a constitué, dans les mentalités et dans la culture, le grand tournant d’une évolution qui a continué, par la suite, de produire des effets positifs, progressistes, émancipateurs. Si le mouvement n’a pas abouti à une transformation de la société dans le sens où beaucoup l’auraient souhaité, il a laissé subsister une flamme qui ne s’est jamais éteinte, et qui, dans certaines circonstances, s’est rallumée fortement – en 1995, par exemple, avec la reprise de l’idée du « tous ensemble ». Quand on évoque aussi,

Aujourd’hui, la volonté d’évoluer vers une société plus citoyenne, on reprend un peu de ce qui émergeait à l’état d’utopie chez certains il y a trente ans, qui aspiraient à ce que les individus puissent avoir leur mot à dire et à ce qu’ils soient consultés sur toutes les questions les concernant, dans tous les domaines.

 Mai 68 - Paris - photo couleur

Souvent, lorsque vous évoquez le mouvement étudiant, vous utilisez l’image du « baril de poudre », auquel il aurait été apporté une « étincelle ». Pourtant, à côté de l’évolution de la situation sociale en France que vous avez évoquée, on est frappé par la montée en puissance de mouvements étudiants dans le monde entier, dès la fin de l’année 1967 : en Italie, au Mexique, au Brésil, mais aussi en Tchécoslovaquie…

Georges Séguy Toute cette période a été caractérisée en effet, au plan mondial, par la volonté de ne pas accepter l’évolution de la société humaine, telle qu’elle était dominée, d’une part, par les grands groupes monopolistes en train de se mettre en place dans les pays capitalistes et, d’autre part, par un système social qui n’était pas du tout en correspondance avec les aspirations des êtres humains. Au fond, quelles qu’aient été les conditions dans lesquelles les réactions dont vous avez parlé se sont exprimées – surtout dans la jeunesse – à l’Est comme à l’Ouest, l’aspiration était semblable : éviter que la vie ne s’enferme dans un carcan, qu’il soit celui du centralisme totalitaire, ou celui de la rentabilité absolue du capital. Il existait une communauté de volontés, qui, d’ailleurs, subsiste aujourd’hui d’une autre manière et par d’autres aspects. Mai 68 apparaît comme une sorte d’anticipation de l’aspiration à une autre mondialisation. La différence est que, de nos jours, l’idée de faire face aux dangers qui menacent les peuples est de plus en plus planétaire, et de moins et moins cernée dans le corset de chaque pays, voire de chaque continent. S’il est juste de dire qu’alors, en France, les étudiants furent l’étincelle qui mit le feu aux poudres – ce qui s’est passé au début du mois de mai au quartier Latin a effectivement tout précipité –, encore fallait-il qu’il y ait un stock de poudre suffisant pour que l’explosion ait le retentissement qu’elle a eu au plan national, mais aussi international

(…)

 Mai 68 - Paris - Manifestation du 13 mai

 

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur ce qui s'est passé en mai 1968 entre la CGT et les étudiants?

Georges Séguy Le mouvement étudiant était aussi nourri par ce qui se passait alors dans le monde du travail. N'oublions pas, en 1967, par exemple, les manifestations communes à la CGT et à l'UNEF contre la guerre du Vietnam. La volonté de changer la société dans le sens du progrès et de la liberté s'exprimait aussi dans le monde du travail, surtout dans la jeunesse, qui voyait déjà poindre un avenir assez sombre - qu'elle soit à l'usine, au bureau ou à l'université. Je rappelle souvent qu'au milieu de l'année 1967, le 36e Congrès de la CGT avait décidé de consacrer le mois de mai 1968 à une action sur le thème: «la CGT donne la parole aux jeunes»... Il existait donc un climat général. Au départ, nous étions sur la même longueur d'onde que les étudiants, et tout à fait solidaires de leur action pour la démocratisation et la réforme de l'université. Des difficultés sont apparues à partir du moment où les étudiants ont de plus en plus substitué à des objectifs revendicatifs des objectifs de caractère politique - pénétrés qu'ils étaient par l'influence de divers groupes, anarchistes, maoïstes... - y compris en ce qui concernait la conquête du pouvoir par les travailleurs. Il est vrai que l'attitude de certains dirigeants de ces organisations, violemment anticégétistes, a créé un climat de tension, d'hostilité, voire d'animosité, entre les étudiants et la CGT, qui a, malheureusement, empêché que la solidarité dont nous nous réclamions de part et d'autre puisse se concrétiser...

 

N'avez-vous pas des regrets, pourtant, avec le recul?

Georges Séguy J'en suis toujours à me demander si nous n'aurions pas pu faire mieux. Au-delà des difficultés, nous étions, tout de même, assez sensibles et même admiratifs à l'égard de la générosité dont les étudiants faisaient preuve dans leur lutte. C'est d'ailleurs ce qui nous a déterminés, au lendemain de la nuit du 10 au 11 mai, tellement nous semblait insupportable la violence dont ils étaient victimes, à prendre l'initiative de la manifestation qui s'est déroulée le 13... Oui, nous aurions pu faire mieux si nous avions réussi à maintenir - par-delà le débat difficile avec les dirigeants de l'UNEF - un lien avec la masse des étudiants. Dans certaines entreprises, les salariés se sont opposés à l'entrée des étudiants par crainte de voir détérioré l'outil de travail, mais dans d'autres endroits, en province notamment, nos syndicats leur ont proposé de tenir des débats dans des locaux d'usines - ce qui s'est toujours révélé positif. Peut-être aurait-il fallu aussi rechercher des possibilités de contacts et de discussions, au plan politique, avec les jeunes qui avaient une conception sincère de la solidarité avec le monde du travail, ce qui aurait au moins atténué, sinon évité, les conséquences tragiques que cette division a créées... 

 Mai 68 - Paris - Manifestation

Vous avez évoqué les groupes gauchistes...

Georges Séguy Ma culture politique m'a longtemps incité à tenir le gauchisme pour une perversion de la pensée révolutionnaire. Par la suite, en étudiant de près l'histoire du syndicalisme français, j'ai constaté que le rôle et l'action de ceux que l'on a sommairement qualifiés d'«anarcho-syndicalistes» avaient positivement contribué à l'orientation de classe et à l'indépendance de la CGT. Je pense qu'il n'était pas juste de cataloguer globalement dans la rubrique «complices de la bourgeoisie» les différentes composantes du mouvement dit gauchiste qui émergèrent avant, pendant, et après mai 68. Ce genre de condamnation formelle et sans appel ne fut guère propice à la réflexion sur les évolutions idéologiques qui ont marqué le mouvement ouvrier international au cours de ce siècle et, singulièrement, sur les retombées des divergences intervenues au sein du mouvement communiste après la Seconde Guerre mondiale, notamment au cours des années soixante. Il faut dire que la prétention à se substituer aux dirigeants de la CGT pour conduire la grève, sur fond d'anticommunisme forcené de certains leaders de la mouvance gauchiste, ne fut pas de nature à favoriser le débat et à simplifier la compréhension mutuelle; aussi j'aimerais que de leur côté aussi la condamnation de ce sectarisme s'exprime clairement...

 Mai 68 - Paris - CRS

En ce moment, vous participez à de nombreux débats sur le trentième anniversaire de Mai. Qu'en retenez-vous?

Georges Séguy Ce qui me frappe surtout, c'est la volonté de la nouvelle génération - celle qui est née dix ans après 1968 - de savoir ce qui s'est passé alors. Mai 1968 est perçu par elle comme une grande explosion sociale, empreinte de progrès, de générosité, de volonté de changer la société. Que cette génération se passionne pour mai 68, comme elle se passionne pour la Résistance, est plutôt bon signe. D'autant qu'il ne s'agit pas seulement du plaisir de connaître l'histoire, mais peut-être aussi de s'en inspirer pour tenter d'apporter réponses aux questions d'aujourd'hui. A mon sens, beaucoup d'enseignements de mai restent valables. Par exemple, la manière dont se déroula une grève générale qui ne fit l'objet d'aucun mot d'ordre national, dans laquelle n'existait pas de structure nationale d'action avec les autres syndicats, mais qui fut en quelque sorte autogérée par les travailleurs eux-mêmes, sur la base d'une information quotidienne, d'une proposition délibérée entre les organisations syndicales, soumise à l'appréciation des travailleurs réunis en assemblée générale, discutée et votée... On a retrouvé cette forme d'autogestion démocratique de la grève en 1995 chez les cheminots. Je pense que c'est cette qualité de la gestion de la grève qui a permis d'aboutir à des résultats aussi probants en matière sociale...

 Mai 68 - Paris - Manifestation

En termes politiques, le bilan n'est pas le même. Une alternative dans ce domaine était-elle imaginable?

Georges Séguy Je le pense. Bien que pour la grande majorité des dix millions de grévistes, le but de la grève fût essentiellement revendicatif, l'idée d'un changement démocratique et de progrès social s'était, de longue date, emparée des esprits, y compris de ceux qui avaient cru, dix ans auparavant, que la Ve République irait dans le sens d'une amélioration générale. En même temps, le souvenir des errements de la IVe République était toujours présent dans les mémoires et tout ce qui pouvait ressembler à une menace de rechute dans ce passé honni ne pouvait qu'être rejeté par les travailleurs et par la majeure partie de l'opinion publique. Voilà pourquoi une alternative politique de gauche ne pouvait être crédible qu'à la condition d'être fondée sur une unité sans exclusive, et ouverte sur une perspective de vrai changement, notamment dans le domaine social. Les dirigeants de la gauche non communiste ont eu le tort de penser qu'ils pouvaient succéder pour leur propre compte à un pouvoir gaulliste qu'ils croyaient moribond. La gauche communiste n'a sans doute pas fait tout ce qui dépendait d'elle pour prévenir l'impasse inévitable d'une telle ambition et faire triompher, sur le plan politique, l'aspiration au «tous ensemble» qui animait le mouvement social.

Lors d'une rencontre entre la CGT et la FGDS, le 20 mai, François Mitterrand exprimait sa crainte qu'une négociation avec le gouvernement ne redonne à ce dernier une autorité qu'il avait déjà largement perdue, et souhaitait que, dans l'hypothèse d'une alternative de gauche, les syndicats modèrent leurs revendications, notamment en matière de réduction de la durée du travail. Nous avons vivement rejeté cette stratégie, mais j'ai toujours pensé qu'elle était significative de la réticence qu'inspirait à la gauche non communiste l'éventualité d'une accession au pouvoir grâce à une alliance avec le PCF et sous la pression d'une puissante grève dirigée par la CGT, ce qui l'obligerait à aller, sur un plan économique et social, au-delà des limites que ses dirigeants n'entendaient pas dépasser. Dommage que la conception de la «gauche plurielle» n'ait pas été admise trente ans plus tôt.

 Mai 68 - Paris - Piquet de greve

Précisément, beaucoup de choses s'écrivent ou se disent sur le rapport entre mai 68 et décembre 1995.

Georges Séguy S'il est vrai qu'un mouvement comme celui des cheminots en 1995 a reçu un soutien populaire comparable à celui qu'avaient reçu les mineurs en 1963, c'est parce que la plupart des gens qui vivent de leur travail y ont vu une action légitime. Pour autant, je ne suis pas de ceux qui se félicitent de l'idée de la grève par procuration. On ne peut pas imaginer de cette manière l'avenir des luttes sociales. Il y a là une question qui interpelle sérieusement le mouvement syndical.

Le fait qu'il soit plus facile d'être seulement solidaire que de cesser soi-même le travail s'explique, bien sûr, par l'aggravation des conditions de vie, par le poids du chômage, mais aussi par le fait que les forces syndicales se sont amenuisées et que, dans beaucoup d'entreprises, il n'y a pas la puissance syndicale organisée suffisante pour prendre l'initiative d'une action en rapport avec celle de ceux dont on veut être solidaires. Peut-être faut-il aussi trouver des objectifs revendicatifs un peu moins généraux et plus proches de ce que les travailleurs, dans chaque entreprise, dans chaque profession, veulent faire aboutir. Ensuite, je pense que, dans la situation actuelle, l'espoir existe, dans une large mesure, de résoudre les problèmes sociaux par la voie de la négociation, alors qu'en 1968 tout était bouché et bloqué: c'est ainsi que l'idée de s'y mettre «tous ensemble» a pu monter en force.

 Mai 68 - Paris - Godard et Aragon

Jean-Luc GODARD et Louis ARAGON

Tout à l'heure, vous avez parlé d'utopie...

Georges Séguy Autant les idées qui ont germé en mai 1968 - respect de la personne humaine, droit d'expression, citoyenneté, au risque de commettre un anachronisme - paraissaient alors utopiques, autant elles se sont avérées finalement des idées fortes qui ont continué à faire leur chemin dans les esprits et dans les mentalités. Ces idées-là ont changé beaucoup de choses dans les conceptions générales de la vie et des perspectives d'évolution de la société. Elles sont maintenant largement partagées par tous ceux qui s'interrogent sur la question de savoir comment peut évoluer cette société: au plan national, au plan européen, au plan mondial. Je pense qu'à plus ou moins brève échéance on trouvera à l'état de projets concrets ce qui était en germe en 1968 et qui n'a jamais cessé de se développer dans les consciences, pour aboutir à des perspectives concrètes réalisables par la lutte.

 Mai 68 - Paris - energie atomique C.E.A.

 Mai 68 - Paris - accords de grenelle - Chirac et Pompidou

Jacques CHIRAC et Georges POMPIDOU

Mai 68 - Asnieres usine Gaubin-daude - piquet de greve

27/04/2018

DON DU SANG DES CHEMINOTS A DAX LE 3 MAI

Capture cheminots.JPG

20/04/2018

1. L'explosion de MAI 68... qu'en savez-vous ?

En 1966-1967 la situation économique se dégrade. Le marché de l'emploi se détériore avec une première poussée du chômage et les décisions gouvernementales en matière de Sécurité sociale suscitent une riposte syndicale vive et suivie. Dans une France qui change de visage, la jeunesse manifeste de plus en plus son malaise, notamment dans le monde étudiant, dont les effectifs ont triplé en dix ans.

L'EXPLOSION DE MAI 1968

Au printemps de 1968, la France va connaître le plus important mouvement social de son histoire contemporaine.

Le détonateur va se trouver dans les universités. Dès le début du printemps des actions ont lieu à Nanterre (création du Mouvement du 22 mars par l'étudiant Daniel Cohn-Bendit) et à la Sorbonne (où prédominent alors les "gauchistes", groupements d'extrême gauche inspirés souvent par le trotskisme ou par le maoïsme). Les motifs des actions sont variés, dans une jeunesse étudiante très politisée par le refus de la guerre d'Algérie, puis par l'action contre l'intervention américaine au Vietnam : ils vont de la critique d'un environnement matériel inadapté à la critique de la société elle-même, en passant par la revendication d'une plus grande liberté de moeurs.

En cela, le mouvement étudiant français se rapproche beaucoup de ceux que l'on observe un peu partout dans le monde : en 1967-1968, des explosions plus ou moins spectaculaires ont lieu dans un très grand nombre de pays, et notamment aux Etats-Unis (d'où est partie la contestation étudiante), au Japon et en Allemagne, mais aussi en Pologne ou en Yougoslavie.

Au début du mois de mai, la révolte gagne les facultés parisiennes. Des manifestations organisées par l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) et par le Syndicat national de l'enseignement supérieur (SNESup) se soldent par de très violents affrontements avec les forces de police. La violence atteint son apogée dans la nuit du 10 au 11 mai. Elle suscite la réprobation du monde syndical qui organise une grève nationale et des manifestations spectaculaires le 13 mai.

Désormais, les salariés vont occuper eux aussi le devant de la scène et infléchir la signification du mouvement de mai. Dès le 14 mai, commencent les premières grèves avec occupation d'usines. Parti de l'aéronautique (Sud-Aviation à Nantes) et de la métallurgie (Renault), le mouvement s'étend en quelques jours. Vers le 22 mai, on estime à six, huit et même dix millions le nombre de grévistes, dans la totalité des secteurs professionnels.

Le mouvement, impressionnant par sa force est profondément original par son style : la revendication syndicale se mêle à la fête, à la solidarité humaine de l'entreprise occupée. Pendant quelques semaines, c'est l'aspiration à une vie nouvelle qui s'exprime dans le monde du travail.

Fortement enracinée dans le revendicatif, la lutte sociale prend une dimension culturelle forte, à l'usine comme à l'université. La parole libre, l'affiche et les graffiti symbolisent un mouvement social d'une grande complexité, que dominent bientôt les références à l'autogestion.

...

Histoires du temps présent de 1939 à nos jours (achevé d'imprimer en mai 1992) - Messidor Editions Sociales

 

la suite : partis politiques et négociations...

19/04/2018

CONVERGENCE DES LUTTES ce JEUDI 19 AVRIL ..CONVERGENCE DES SOUFFRANCES

Lors d'une manifestation de cheminots, à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 13 avril 2018.

 

La CGT organise jeudi sa première journée de "convergence des luttes". La centrale a prévu plus de 130 manifestations à travers la France pour sa journée de mobilisation interprofessionnelle destinées aux étudiants, retraités, fonctionnaires et salariés.

"Convergence des luttes !" C'est le slogan que s'apprêtent à scander jeudi 19 avril cheminots, fonctionnaires ou encore salariés de l'énergie, à l'appel de la CGT et de Solidaires, dans une première tentative de construire un front commun contre Emmanuel Macron. Les initiateurs de cette journée d'actions nationale interprofessionnelle prévoient 133 mobilisations dans toute la France, auxquelles pourraient venir se joindre des étudiants.

Manifestations. A Marseille, la manifestation part à 10h30 du Vieux-Port, en direction de la place Castellane. Le cortège parisien quitte Montparnasse à 14 heures pour la place d'Italie. Par ailleurs, quatre universités sont toujours bloqués et une dizaine d'autres sont perturbées. La contestation étudiante pourrait rejoindre les nombreux cortèges prévus partout en France. 

Perturbations dans les transports. Outre les manifestations, les grèves devraient causer des perturbations. A la SNCF, un TGV sur trois et deux TER sur cinq circuleront. Les perturbations s'annoncent plus faibles dans les transports urbains. A Paris, les problèmes concernent essentiellement les RER, avec notamment un train sur deux sur la ligne B. En revanche, la RATP annonce un trafic "normal" dans les métros, "quasi normal" dans les bus. A Marseille, seuls les bus devraient être légèrement perturbés.

Le secteur de l'énergie rejoint la mobilisation. Dans l'énergie, la CGT annonce des "coupures ciblées", "en direction des entreprises où les employeurs licencient" ou "criminalisent l'action syndicale." Parallèlement, le syndicat compte mener des "opérations 'Robin des Bois'", qui consistent à remettre le courant dans les foyers qui ne paient pas leurs factures, a indiqué Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. 

 

 Une manifestante à Marseille.

Des opposants aux réformes de Macron essaient de faire front commun — voici à quoi ressemblera la 'convergence des luttes' ce jeudi 19 avril

  • Plus d'une centaine de manifestations sont organisées en France ce jeudi 19 avril contre les réformes Macron. 
  • La CGT essaie de réunir les luttes des cheminots, étudiants et retraités pour faire reculer le gouvernement.
  • L'idée suscite une adhésion inégale dans le milieu syndical.

Un manifestant opposé aux réformes de Macron pour la SNCF, à Nantes, le 14 avril 2018. REUTERS/Stephane Mahe

 

Les syndicats CGT et Solidaires organisent ce jeudi une première journée de "convergence des luttes" pour inscrire dans la durée la contestation des réformes d'Emmanuel Macron.

L'idée est de faire front commun entre étudiants, retraités, fonctionnaires et salariés, alors que des universités sont bloquées depuis des semaines, que l'évacuation de la zone à défendre de Notre-Dame-des-Landes est contestée et que les fonctionnaires appellent à manifester le 22 mai. 

"On est sur un mouvement qui monte. Il y a des fondements communs aux mécontentements, même si chacun le voit à travers sa porte d'entrée", a déclaré Fabrice Angéï, secrétaire confédéral de la CGT, à Reuters.

Toutefois, l'idée suscite peu d'adhésion dans le milieu syndical, notamment du côté de la CFDT et de FO. Sur le plan confédéral, seul Solidaires et l'Unef ont appelé à rejoindre le mouvement, qui coïncide avec une nouvelle de journée de grève à la SNCF

 

Voici à quoi devrait ressembler la convergence des luttes en France ce 19 avril 2018:

  • 130 manifestations organisées par la CGT dans toute la France pour les étudiants, retraités, fonctionnaires et salariés.
  • Des manifestations organisées par la FSU, Solidaires et les organisations étudiantes Unef et UNL. 
  • Prévis de grève à la RATP déposé par les syndicats CGT, FO, SUD RATP et UNSA pour ce jeudi et vendredi. Le trafic devrait être perturbé à Paris et en Ile-de-France.
  • Nouvelle journée de grève à la SNCF.
  • Retards et annulations "de dernière minute ne sont pas à exclure" possibles chez Air France, annonce la compagnie aérienne, après deux jours de grève les 17 et 18 avril.
  • Défilé de Jean-Luc Mélenchon, président du groupe La France Insoumise, à Marseille.
  • Des coupures de courant dans les entreprises qui licencient à l'appel de la CGT-Mines énergie, rapporte France Bleu.
  • Des cantines et des crèches fermées en raison de la mobilisation des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles.  
  • Participation libre des syndicats de fonctionnaires, de retraités et du personnel des Ehpad, leurs intersyndicales respectives n'ayant pas appelé à rejoindre le mouvement et laissant chaque syndicat choisir d'y aller ou pas.

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A Marseille, Mélenchon, des syndicats et des partis politiques défilent unis contre Macron

Le chef de file des « insoumis » a appelé à l’unité « dans tout le pays » contre Emmanuel Macron, en défilant aux côtés de la CGT et d’autres syndicats et partis de gauche.

LE MONDE | • Mis à jour le |

Jean-Luc Mélenchon lors de la manifestation contre les réformes d’Emmanuel Macron, à Marseille.

CONVERGENCE DES SOUFFRANCES (J.Luc MELENCHON) ce 15 avril à MARSEILLE

Ce samedi, La France insoumise avait bien préparé sa mobilisation, réunissant des adhérents d’un sud de la France remontant même jusqu’à Lyon et Saint-Etienne. « Que Jean-Luc Mélenchon soit là est un plus, bien sûr, mais je serais venu même sans sa présence », glissait Bernard Jauzion, 54 ans, un « insoumis » venu de Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône) pour « combattre Macron, un président provocateur et indécent avec les plus pauvres ».

Le cortège de ce 14 avril compilait les thèmes des luttes en cours depuis le mois de mars. Abandon de la réforme de la SNCF et du statut des cheminots, défense des services publics, lutte contre le dispositif Parcoursup, mais aussi persistante colère des retraités, malgré l’intervention télévisée du président de la République, deux jours plus tôt.

« Nous en avons marre que Macron nous donne la leçon »

« Oui, il nous a remerciés sur TF1 cette semaine… Mais nous, on le remerciera en retour dans les urnes », ironisait à ce propos Pierre, retraité de la SNCF de 78 ans, venu avec ses anciens copains cheminots, de 78, 77 et 66 ans. « Il y a une grande colère qui est en train de monter dans le pays. Nous en avons marre que Macron nous donne la leçon, à la télé, sur le terrain… Il faut qu’il écoute aussi les Français », lançait Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône, qui défilait lui aussi dans le carré de tête.

 

Manifestation à Marseille contre la politique d’Emmanuel Macron.

A ces thèmes sociaux, la foule a ajouté des colères nées ces derniers jours. « C’est pas les zadistes qu’il faut expulser, c’est le gouvernement qu’il faut virer » a été un slogan presque aussi populaire que le « Nous sommes les salariés et nous allons gagner » piqué à l’OM. De nombreuses pancartes dénonçaient également l’intervention de la veille en Syrie.
Jean-Luc Mélenchon promet que la manifestation de Marseille « n’est qu’une étape à l’intérieur d’un cycle long de manifestations ».

« Il y a une volonté d’envoyer un message à M. Macron qui s’installe dans un rôle provocant et agressif qui ne permet de régler aucun problème dans ce pays. »

Dans la matinée, huit députés des Bouches-du-Rhône appartenant à la majorité présidentielle avaient organisé une riposte sous la forme d’une inédite conférence de presse unitaire. Une longue séquence pédagogique pour défendre l’action du gouvernement et dénoncer « la campagne de désinformation » dont ils s’estiment victimes, « sur la réforme ferroviaire comme sur celle de l’accès à l’université ».

Lire aussi :   « Le 5 mai, nous serons dans la rue »



10/04/2018

S.N.C.F. : 74 CONTRE 20 à l'A.Nationale pour adopter le principe du changement de statut

 

L'Assemblée approuve le principe du changement de statut de la SNCF, reprise "progressive" du trafic mardi

Par 74 voix contre 20, les députés ont adopté lundi soir le changement de statut de la SNCF qui deviendra un "groupe public unifié" soumis aux "dispositions du code de commerce relatives aux sociétés anonymes", en 2020.

L'Assemblée a donné son feu vert lundi soir au principe d'une nouvelle organisation de la SNCF en "société nationale à capitaux publics" après sept heures de débats, parfois vifs. Après un quatrième jour d'une grève toujours très suivie des cheminots, une reprise "progressive" du trafic prévue mardi.

La SNCF deviendra un "groupe public unifié". Au grand dam de la gauche de la gauche, les députés ont donné leur aval par 74 voix contre 20 à un amendement du gouvernement qui prévoit qu'à compter du 1er janvier 2020, "la société nationale à capitaux publics SNCF et ses filiales constituent un groupe public unifié". Celui-ci sera soumis "aux dispositions du code de commerce relatives aux sociétés anonymes" et aura un capital "intégralement détenu par l'État".

12 mois pour "fixer les conditions de création du groupe public". D'autres amendements qui restaient à examiner dans le cadre des débats en première lecture sur le texte, doivent autoriser le gouvernement à prendre par voie d'ordonnance dans un délai de 12 mois des mesures pour "fixer les conditions de création du groupe public" et ses "conditions de fonctionnement", notamment en matière de gouvernance.

09/04/2018 Philippe Martinez : "Changer le statut de la SNCF, c'est la porte ouverte à la privatisation"

 

Une réforme "impérative" pour Borne. À l'ouverture des discussions, la ministre des Transports Elisabeth Borne avait défendu globalement une réforme "impérative" et plaidé pour un débat "délesté des fantasmes et des contre-vérités qui le polluent", notamment sur le changement de statut qui n'est pas une privatisation. Vantant une réforme "pour les usagers", elle avait aussi récusé toute volonté du gouvernement de "passer en force".

La gauche vent debout. Mais à l'unisson des syndicats, les Insoumis et communistes n'ont eu de cesse de monter au créneau contre la réforme, y compris en recourant à des débats de procédure avec des rappels au règlement. Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière à l'offensive contre la ministre des Transports : "Vous voulez porter à la ceinture le scalp d'une série de salariés qui ont toujours été en première ligne pour défendre leur outil de travail", a clamé le député de Seine-Saint-Denis.  

Nouvelle Gauche a aussi affiché ses "divergences" sur la dette, les investissements ou encore le statut des cheminots, le nouveau patron du PS, Olivier Faure, prédisant au gouvernement qu'il va "rencontrer la colère" des Français.

Une réforme courageuse pour LREM. En défense, plusieurs élus LREM ont appelé la gauche à "sortir des caricatures" ou défendu le "courage" de la réforme, Laurianne Rossi, ex-employée du groupe ferroviaire, dénonçant ceux qui voudraient "figer le train de la SNCF dans un passé de carte postale".

"Un texte bâclé", selon LR. LR, pour qui la réforme n'est pas assez "courageuse", a aussi dénoncé "un texte bâclé", critiquant à l'instar de la gauche la méthode avec des amendements du gouvernement "arrivés en catimini". Le groupe de droite a aussi plaidé en vain pour inscrire dans la loi la sauvegarde des "petites lignes". Les débats dureront jusqu'à mardi prochain, jour du vote solennel.

Des manifestations avant les débats. Peu avant l'ouverture des débats en première lecture, plusieurs centaines de cheminots et sympathisants s'étaient rassemblés non loin du Palais Bourbon, pour défendre "l'avenir du service public ferroviaire". "Cheminots en colère" ou "ça va péter!", scandaient les manifestants, chasubles aux couleurs de leurs syndicats (CGT, Unsa, Sud, CFDT, FO) sur le dos. Environ 300 d'entre eux sont ensuite partis en manifestation sauvage vers la tour Eiffel avant de se disperser. Des rassemblements et défilés ont aussi eu lieu à Lyon, Lille, ou Marseille.

Un trafic encore perturbé. Après une deuxième séquence de deux jours de grève, et un trafic resté "très perturbé" lundi, la SNCF prévoyait pour mardi une "reprise progressive" du trafic. La circulation des TGV sera normale mais les lignes régionales (Transilien et TER) et Intercités resteront légèrement perturbées.

 

 
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