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14/09/2008

MATIN ! LECONTE DE LISLE

LE FRAIS MATIN DORAIT
1886 

Par Leconte De Lisle


Le frais matin dorait de sa clarté première
La cime des bambous et des gérofliers.
Oh ! Les mille chansons des oiseaux familiers
Palpitant dans l' air rose et buvant la lumière!

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Comme lui tu brillais, ô ma douce lumière,
Et tu chantais comme eux vers les cieux familiers!
À l' ombre des letchis et des gérofliers,
C' était toi que mon coeur contemplait la première.
 
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Telle, au jardin céleste, à l' aurore première,
La jeune ève, sous les divins gérofliers,
Toute pareille encore aux anges familiers,
De ses yeux innocents répandait la lumière.
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Harmonie et parfum, charme, grâce, lumière,
Toi vers qui s' envolaient mes songes familiers,
Rayon d' or effleurant les hauts gérofliers,
Ô lys, qui m' as versé mon ivresse première!
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La vierge aux pâles mains t' a prise la première,
 Chère âme ! Et j' ai vécu loin des gérofliers,
Loin des sentiers charmants à tes pas familiers,
Et loin du ciel natal où fleurit ta lumière.
 


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Des siècles ont passé, dans l' ombre ou la lumière,
Et je revois toujours mes astres familiers,
Les beaux yeux qu' autrefois, sous nos gérofliers,
Le frais matin dorait de sa clarté première!
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Extrait Des Poèmes tragiques
 

13/09/2008

PATER NOSTER .. Prévert ... Allain LEPREST

 
 Prévert:Pater Noster sélectionné dans Arts et Spectacle vivant

récité par ALLAIN LEPREST
 
 Le chanteur qui ne passe jamais à la T.V. ni sur les ondes
On se demande pourquoi ?
 mais il est à la FETE DE L'HUMANITE
On s'demande pas pourquoi 
 
 
texte d'Allain LEPREST : 1989 
SACRE COCO !
 
Déjà qu'à un an ses parents
Poussaient son landau en gueulant
Pour Vanzetti et pour Sacco
Il a grandi sous une banderole
Entre une affiche et un seau d'colle
La moindre manif il y go
Sacré coco

Soixante-dix piges et des poussières
Qu'il balaie chaque anniversaire
Entre les miettes et les mégots
Comme il dit : "J'suis un dinosaure"
On cherchait pas le même trésor
C'est là qu'on n'est pas ex-æquo
Sacré coco

Il dit aussi : "Juré, craché
J'boss'rai pas pour des haricots
Et si ça arrange leurs affaires
Demain pour la classe ouvrière
J'port'rai des godasses en croco"
Sacré coco

Il dit même : "Pour les non-voyants
Il faudrait écrire les slogans
En braille sur les calicots"
En classe il a pas été loin
Mais il connaît sur l'bout des poings
Cézanne, Beethov' et l'père Hugo
Sacré coco

On rentre chez lui sans frapper
Là où c'est écrit : "J'aime la paix"
Au trente-six rue des coqu'licots
On sirote un alcool de fruits
En rigolant il dit qu'chez lui
C'est l'temps des cerises en bocaux
Sacré coco

On chante la jeune garde à tue-tête
Quand c'est qu'des fois sous sa casquette
Souffle un vieux coup de sirocco
Et le lend'main sa geule de bois
Sûr c'est la faute à Paribas
C.I.A. monopole and co
Sacré coco

Pour la castagne il crie : "D'abord !"
Pour la fiesta il crie : "D'accord !"
Et pour le cul il crie : "Banco !"
Il dit encore : "Si il fait froid
Lutte à l'envers, lutte à l'endroit
Se battre, c'est se faire son tricot"
Sacré coco

"Y a pas de sans-culotte au ciel
Comme il dit, j'suis pas éternel
D'ailleurs Dieu c'est du rococco
Quand j's'rai mort, juste un bouquet rouge
Des chansons et des gens qui bougent
Pour qu'le vent reprenne en écho"
Sacré coco


  • Grand Prix national de la musique 1999
  • Prix Raoul Breton de la SACEM 1996
  • Grand Prix de l'Académie Charles Cros 1993
  • Prix spécial de la SACEM aux Francofolies de La Rochelle 1993
  • Révélation du Printemps de Bourges 1985
 
 
 
Né dans le Cotentin en 1954, Allain Leprest est considéré comme l'un des meilleurs auteurs contemporains de chansons.
Bien qu'il reste mal connu du grand public, l'écriture d'Allain Leprest fait référence et autorité dans le milieu. 
Allain Leprest est aussi un exceptionnel homme de scène dont on a comparé les prestations à celles des plus grands. 
 
En plus de son propre répertoire, Allain Leprest a écrit pour, ou est chanté, par des artistes aussi différents que Romain Didier, Enzo Enzo, Francesca Solleville, Jehan Cayrecastel, Jean-Louis Foulquier, Françoise Kucheida, Laurent Malot, Isabelle Aubret, Juliette Greco - pour ne citer qu'eux !   Ses textes ont été mis en musique principalement par Romain Didier et Gérard Pierron, mais aussi Kent, Jacques Higelin, Richard Galliano, Yves Duteil, Francis Lai, Jean Ferrat, Etienne Goupil et de très nombreux autres.

 

« C’est simple, je considère Allain Leprest comme un des plus foudroyants auteurs de chansons que j’ai entendus au ciel de la langue française…. ». Avec sa voix particulière et son visage émouvant, il communique l’insaisissable et fait partager la magie des mots dans un univers intime, réaliste et surtout poétique

 Nougaro
 

 


 
 
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http://hubertmarot.free.fr/ch_leprest.htm
 

 Extrait de l'Express (2007)

Vous ne les verrez pas, le 10 mars, aux Victoires de la musique. Pourtant, ces infatigables troubadours ne cessent de semer leurs notes sur les routes de France. Boudés par le show-business, mais soutenus par des fidèles, ces poètes n'ont perdu ni leur âme ni leur flamme

Ils ont la cinquantaine. Chantent depuis vingt ou trente ans la langue des poètes. Leurs propres mots et ceux de Brel, Dimey, Prévert...

Enregistrent régulièrement des disques qui se vendent peu.

Ne passent pas à la radio ni chez Michel Drucker.

Ils s'appellent Allain Leprest, Romain Didier, Jehan, Mouron, Véronique Pestel, Michèle Bernard, Bernard Joyet, Xavier Lacouture... Ce sont des chanteurs à texte qui suivent, cahin-caha, des chemins vicinaux, coincés entre la génération des Souchon-Cabrel et la nouvelle scène française version Delerm-Bénabar. Qui les connaît? Qui les ent

 

extrait ... Interview Décembre 2007

au THEATRE DU RENARD

  où pendant la seconde guerre mondiale, s’y tenaient des réunions de résistants, de militants communistes. Un héritage qui me nourrit. L’occupant était loin d’imaginer ces rendez-vous clandestins !


Récemment, quand, impressionnée par votre force face à la maladie, je vous ai demandé où vous puisez de telles ressources, vous avez répondu : « J’essaie de faire marcher le cerveau, les jambes, le cœur ». Puis, dans un chuchotement presque hésitant, vous avez ajouté : « l’âme »…


Effectivement. J’aime bien prononcer le mot âme, mais je ne sais pas vraiment ce que c’est. Nous évoquions l’idée de la mort. Sans vouloir être prétentieux, je me dis que, bon gré mal gré, si l’on n’a pas été trop méchant, si l’on a tenté d’être honnête avec soi et les autres, on quitte le monde, probablement, sans trop de poids dans l’âme.

Un jour, un copain m’a dit : « toi, le communiste, t’es un prêtre, t’es Leprest défroqué ». Je l’ai envoyé balader.

En vérité, gamin, je voulais devenir prêtre

http://www.musiqualite.net/allain-leprest-interview-
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 Votre aspiration à la justice, déjà ?
Il y avait un peu de ça. Je n’avais pas encore trouvé de moyens, disons, plus humains, plus terrestres, pour lutter. L’idée m’a abandonné. À dix-sept ans, j’ai rencontré des militants dont la combativité et le sens de la dignité m’ont marqué pour la vie. Aujourd’hui encore, leur énergie me porte.

 

 Mardi 11 décembre, pour sa première au Théâtre du Renard, dès son entrée sur scène, Allain Leprest nous saisit, littéralement.

Fragilisé par la maladie - contre laquelle il lutte avec une vaillance aussi humble qu’impressionnante -, il s’empare de nous, avec une maestria suffocante. La puissance de sa poésie, même si nous la connaissons, nous la redécouvrons, à chaque mot, chaque syllabe, chaque souffle.


Il pétrit le mot, l’étire, le garde en suspension. Ou bien le condense et nous le balance en pleine face, comme une bombe d’amour.

Ce mardi soir, il y avait, entre la pianiste Nathalie Miravette et lui, cet échange magique, cette télépathie que l’on perçoit chez les grands improvisateurs de jazz. Les touches noires et blanches parlent la langue qu’aime Leprest : celle du cœur.

Lui, il entend tout, même le silence que lui distille, à point nommé, le piano de Nathalie.

Le dépouillement propre au duo va comme un gant de dentelle à son verbe, ici de velours, là de révolte.

Ses cordes vocales s’ébrèchent soudain ? De cette fêlure, il fait un miracle et sa poésie, intacte de beauté, s’éclot de sa gorge, pour s’envoler à la manière d’une colombe. Allain Leprest est un bluesman. Il n’a jamais la voix cassée. Il a une voix autre, tout aussi captivante.

 

 GITANE chantée par ALLAIN LEPREST

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  SILENCE !


 

 

 

26/08/2008

SOUS LE PONT MIRABEAU


Le Pont Mirabeau
envoyé par cvera
 
  UN 26 AOUT  1880... ,Naissance de GUILLAUME APOLLINAIRE à ROME... Il est mort le 9 novembre 1918 à PARIS et inhumé au cimetière du Père Lachaise.

La tombe de Guillaume Apollinaire au cimetière du Père Lachaise, division 86, présente un monument menhir conçu par Picasso et financé par la vente aux enchères de deux œuvres de Matisse et Picasso le 21 juin 1924. La tombe porte également une double épitaphe extraite du recueil Calligrammes : trois strophes discontinues de « Colline »  qui évoquent son projet poétique et sa mort, et un calligramme de tessons verts et blancs en forme de cœur qui se lit "mon cœur pareil à une flamme renversée".

 

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Son nom est cité sur les plaques commémoratives du Panthéon de Paris dans la liste des écrivains morts sous les drapeaux pendant la guerre 1914-1918.

http://fr. wikipedia.org
 
 
 
 
 
Il est un des principaux poètes français (né d'une mère polonaise) du début du 20ème siècle, auteur notamment du Pont Mirabeau.
 
 
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse


L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine 
 
 

12/08/2008

SI NOUS LE VOULONS ... NOUS SERONS UN PEUPLE

Mahmoud DARWICH, né le 13 mars 1941 à AL-BIRWAH en GALILEE (PALESTINE sous mandat britannique) est mort le 9 août 2008 à HOUSTON (TEXAS), loin des oliviers de son pays natal qu'il n'a cessé de chanter dans ses poèmes.  

 POETE DE LA PALESTINE, chantant l'amour des femmes, des fleurs et de la vie... POETE DES EXILS...

A l'âge de sept ans, lors de l'établissement de l'Etat d'Israël en 1948, son village natal de Galilée, Al  Birweh, fut rasé comme des centaines d'autres. Jeté sur les routes parmi ces 800 000 réfugiés, il s'enfuit au Liban puis retour clandestin dans ce qui était devenu un autre pays : Israël.

Expérience amère dans laquelle il se forgeau une âme solitaire et solidaire à la fois, en même temps qu'une identité de rebelle. 

Celui qui m'a changé en exilé
m'a changé en bombe...
Mahmoud Darwich

 


Après l'horreur du siège de BEYROUTH, de SABRA et CHATILA commence une série de nouveaux exils, plus douloureux, plus déchirants les uns que les autres.

En mai 1996, il avait été autorisé à fouler le sol d’Israël pour la première fois depuis son exil afin d’assister aux funérailles de l’écrivain arabe israélien Emile Habibi.

En 2004, Mahmoud Darwich avait reçu à La Haye le prestigieux prix Prince Claus pour "son œuvre impressionnante"

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Un rêve brisé que ce retour dans une PALESTINE qu'il reconnaissait à peine, morcelée, hérissée de barrages et de barbelés, défigurée par l'occupation militaire et les colons. Il craignait plus que tout, la déshumanisation dans laquelle la dureté de l'occupation entraînait son peuple. Et il en souffrait comme d'une blessure intime, personnelle, qui l'atteignait jusqu'au fond d'un coeur déjà fragile. 

.. Jusqu'à la dernière déchirure, la pire qui fut à ses yeux... LA GUERRE ENTRE LES SIENS, ENTRE HAMAS ET FATAH. 

 

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www.poesie.com 

SI NOUS LE VOULONS

 Nous serons un peuple, si nous le voulons,

lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges

et que le mal n'est pas l'apanage des autres.

Nous  serons un peuple lorsque nous ne dirons pas

une prière d'actions de grâce à la patrie sacrée chaque fois que

le pauvre aura trouvé de quoi dîner.

Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et

le chambellan du sultant, sans être jugés.

Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire

une description érotique du ventre de la danseuse.

Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous

dit la tribu ... que l'individu s'attachera aux petits détails.

Nous serons un peuple lorsque l'écrivain regardera les

étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée ...

et plus belle !

Nous serons un peuple lorsque la police des moeurs

protégera la prostituée et la femme adultère contre

les bastonnades dans les rues.

Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son

drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations

de la Nakba. Seulement.

Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé

à psalmodier un verset de la sourate du rahman dans un

mariage mixte.

Nous serons un peuple lorsque nous respecterons

la justesse et que nous respecterons l'erreur.

 


 l'écrivain israélien A.B. YEHOSHUA

de renommée internationale

a rendu hommage à "son ami et adversaire" dans un texte publié dans le quotidien israélien Mauriv.

"Apprendre la poésie de DARWICH dans les écoles israéliennes était une bonne idée, car les Arabes et les Palestiniens ne sont pas seulement des ennemis, ce sont aussi des voisins avec lesquels il nous faut trouver un modus vivendi.

Il nous faut connaître nos voisins, leurs rêves et leurs blessures". 

 

MA MERE

Mahmoud Darwich J'ai la nostalgie du pain de ma mere,
Du café de ma mere,
Des caresses de ma mere…
Et l'enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J'aurais honte des larmes de ma mere!
Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l'ourlet de ta robe…
Et je serai, peut-être, un dieu, 
Peut-être un dieu,
Si j'effleurais ton Coeur!
Si je rentre, enfouis-moi!
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J'ai vieilli. Ramène les étoiles de l'enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour…
Au nid de ton attente!

www.jehat.com 

 *****

 

 IL AVAIT EU LES HONNEURS DE FRANCE 3 en 1997

Auteurs : Simone Bitton et EliasSanbar.

Réalisation : Simone Bitton.

Production : France 3, Point du Jour, avec la participation du ministère des Affaires étrangères, 1997.

Distribution : Point du Jour International.

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Poète de l’exil et de la tragédie palestinienne, Mahmoud Darwich est né en 1942 dans un village de Galilée. Enfant, il a participé à l’exode des réfugiés palestiniens de 1948. Revenu en Israël, Arabe israélien réfugié dans sa propre patrie, il a commencé à écrire dès 1965, alors que la population arabe de l’état d’Israël était encore soumise à un régime spécial d’administration militaire. La blessure qu’il porte en lui est une blessure collective, aussi s’impose-t-il un peu comme la voix de son peuple. En 1971, il décide de s’exiler. C’est alors un long parcours qui se dessine, dans une solitude à laquelle il est désormais attaché. La popularité des poètes est immense en Orient où la poésie est considérée comme un art vivant. Lorsque Mahmoud Darwich donne un récital au Caire, à Beyrouth ou à Alger, des foules considérables viennent scander ses vers avec lui. C’est cette ferveur populaire, cette émotion que le film tente de faire partager. Aux antipodes d’une littérature militante, tout en étant profondément engagée, sa langue poétique a su trouver une voix entre le particulier palestinien et la souffrance universelle.

 ***

 

28/04/2008

O LUNE ...

il est l'heure d'aller rejoindre la lune 
Vous me suivez ?
 
*** 

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La lune offensée

O Lune qu'adoraient discrètement nos pères,
Du haut des pays bleus où, radieux sérail,
Les astres vont se suivre en pimpant attirail,
Ma vieille Cynthia, lampe de nos repaires,

Vois-tu les amoureux, sur leurs grabats prospères,
De leur bouche en dormant montrer le frais émail ?
Le poète buter du front sur son travail ?
Ou sous les gazons secs s'accoupler les vipères ?

Sous ton domino jaune, et d'un pied clandestin,
Vas-tu, comme jadis, du soir jusqu'au matin,
Baiser d'Endymion les grâces surannées ?

- " Je vois ta mère, enfant de ce siècle appauvri,
Qui vers son miroir penche un lourd amas d'années,
Et plâtre artistement le sein qui t'a nourri! "

Charles Baudelaire, 1862, Les Fleurs du Mal (1868)
 
 
 
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Invocation à la lune

Ainsi qu'une jeune beauté
Silencieuse et solitaire,
Des flancs du nuage argenté
La lune sort avec mystère.
Fille aimable du ciel, à pas lents et sans bruit,
Tu glisses dans les airs où brille ta couronne,
Et ton passage s'environne
Du cortège pompeux des soleils de la nuit.
Que fais-tu loin de nous, quand l'aube blanchissante
Efface à nos yeux attristés
Ton sourire charmant et tes molles clartés ?
Vas-tu, comme Ossian, plaintive, gémissante,
Dans l'asile de la douleur
Ensevelir ta beauté languissante ?
Fille aimable du ciel, connais-tu le malheur ?
Maintenant revêtu de toute sa lumière,
Ton char voluptueux roule au-dessus des monts :
Prolonge, s'il se peut, le cours de ta carrière,
Et verse sur les mers tes paisibles rayons.

Pierre Baour-Lormian, tiré de Poésies d'Ossian (1827)
 
 
 
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Tristesses de la lune

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

 

 
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