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06/09/2017

Ordonnances : les six manières par lesquelles les licenciements seront facilités

 

Les ordonnances sont maintenant présentées et chaque page ouverte est synonyme d’une mauvaise nouvelle pour les salariés. Outre les suppressions d’acquis des salariés, l’autre projet de ces ordonnances est simple : faciliter les licenciements. Tour d’horizon des outils du patronat pour vous licencier.

Le plafonnement des indemnités prud’homales

Une des premières façons de faciliter les licenciements, c’est le plafonnement des indemnités que peut recevoir un employé qui fait reconnaître aux prud’hommes que son licenciement était « abusif ». La mesure, qui était la ligne rouge de la CFDT au printemps 2016, permet tout simplement au patron de votre entreprise de prévoir quel sera le coût de votre licenciement, même s’il est « sans cause réelle ni sérieuse ». En effet, auparavant, les tribunaux pouvaient condamner un employeur à n’importe quel montant pour réparer les préjudices causés. Aujourd’hui, le plancher baisse de 6 à 3 mois de salaires avec deux ans d’ancienneté et un mois de salaire en dessous. Le plafond est fixé à vingt mois de salaire pour trente ans d’ancienneté, avec une grille inscrite dans la loi.

La réduction du temps de recours aux prud’hommes en cas de licenciement

De surcroit, le recours aux prud’hommes pour faire reconnaître son licenciement comme « abusif » sera réduit par les ordonnances, de 24 mois à 12 mois. Le MEDEF espérait faire passer ce chiffre à 6 mois, ce qui n’a finalement pas eu lieu. La réduction de ce temps de recours est une aubaine pour les entreprises, qui vont pouvoir ainsi réduire le nombre de procès pour licenciements abusifs. En effet, l’accès inégal aux ressources juridiques des personnes licenciées en empêche beaucoup de porter plainte dans les temps, ne sachant pas que leur licenciement était illégal.

L’employeur ne sera plus obligé de motiver le licenciement sur la lettre de licenciement

Autre disposition des ordonnances : la direction d’une entreprise licenciant un de ses employés ne sera pas obligée de motiver le licenciement sur la lettre qui lui notifie la rupture du contrat. Pour pouvoir avoir un motif de licenciement, le salarié sera obligé de demander celui-ci à son employeur, qui sera légalement obligé de le faire. S’il n’y a pas de cause de licenciements formulée, le licenciement ne pourra pas être reconnu comme « abusif » par les prud’hommes, empêchant donc le salarié d’avoir droit à ses indemnités. Officiellement, l’employeur sera obligé de répondre au salarié qui lui demandera le motif de son licenciement. Mais dans les faits, il est très probable que l’employeur refuse et fasse pression sur le salarié en question, refusant tout simplement de lui donner officiellement le motif de son licenciement.

La redéfinition du périmètre d’appréciation de la cause économique du licenciement

Aujourd’hui, pour mettre en place un plan social, la direction d’une entreprise doit justifier de sa mauvaise santé au plan global, c’est à dire en tenant compte des résultats de toutes les filiales et au niveau mondial. Les ordonnances veulent réduire ce périmètre aux résultats nationaux, permettant ainsi aux entreprises de mettre en place de grands licenciements dans les usines françaises s’ils estiment que celles-ci ne sont pas assez rentables. En effet, il sera très facile pour une entreprise de faire passer des bénéfices dans d’autres filiales à l’étranger pour montrer qu’une usine est en difficulté et justifier ainsi les licenciements.

Le refus de reconnaissance d’un accord d’entreprise

Lors de la signature d’un nouvel accord collectif, le salarié peut refuser d’y adhérer. Actuellement, ce refus équivaut à un licenciement économique, ce qui permet à l’employé d’avoir un contrat de sécurisation professionnelle (CSP), un dispositif réservé aux salariés licenciés dans le cadre d’un plan social. Le CSP donne un certain nombre de droits notamment une indemnité chômage plus importante et un meilleur suivi de Pôle emploi. Cependant, avec la nouvelle réforme qui prévoit de renforcer le rôle des accords d’entreprises, le gouvernement a décidé de supprimer tout simplement ce droit et de faire passer les salariés qui refuseraient un nouvel accord dans le cadre d’un licenciement traditionnel. Seul « droit » : celui de se voir crédité 100 heures dans son compte personnel de formation.

L’arme fatale du patronat : les ruptures conventionnelles collectives

Finalement, le dernier outil que veulent mettre en place les ordonnances présentées par le gouvernement Philippe est l’élargissement des ruptures conventionnelles individuelles à l’échelle collective. Il sera ainsi beaucoup plus facile de déguiser un plan social, notamment les « plans de départ volontaire » en rupture conventionnelle collective, supprimant au passage les droits des salariés concernés par les plans sociaux.

05/09/2017

L'ENTRE-SOI, ça se voit à C dans l'air ... odieux les journaleux !

Accueil

 

L'HUMANITE, MARDI 5 septembre 2017

L'émission C dans l'air de France 5, est depuis des années le rendez-vous de tous les réactionnaires en puissance. Vendredi 1er septembre, le plateau dirigé désormais par Bruce Toussaint, se situait exactement dans cette tradition, puisqu'y figuraient, sur le thème "Jean-Luc MELENCHON ne lâche rien", Bruno Jeudy le rédacteur en chef du service politique de Paris Match, Nathalie Saint-Cricq, la chef du servie politique de France 2, Matthieu Croissandeau, de l'Obs, et l'incontournable sondeur de l'IFOP, Jérôme Fouquet.

L'exercice a tourné, hors de toute retenue, au lynchage de Jean-Luc MELENCHON, mais aussi des députés de la France Insoumise, à commencer par François Ruffin, et surtout des militants, présentés comme des moutons.

L'émission dure cinquante minutes, pas simple d'en écrire un florilège. Mais il serait peut-être temps que la direction de France Télévision se souvienne que, dans la notion de débat, on est censé avoir des points de vue différents, pas de se gargariser entre confrères repus et du même bord politique.

A un moment, l'entre-soi, ça finit par se voir ...

Capture C dans l'air.JPG

Marianne

Visiblement, C dans l'air a compris à quel public il s'adressait... En fin d'émission, Bruno Jeudy, en roue libre, peine à expliquer le succès médiatique et politique des Insoumis à l'Assemblée : "C'est la prime au gueulard ! C'est celui qui parle le plus fort à l'Assemblée, désolé de dire les choses comme ça !" Regards amusés sur le plateau : aucune contradiction ne viendra nuancer cette note de conclusion. Les militants de la France insoumise ont fait leur miel de l'émission du service public, s'empressant de diffuser sur les réseaux sociaux des montages particulièrement accablants pour C dans l'air.

 

Ils croient à tout ce que Mélenchon raconte. Ils sont là, tous, à acheter le programme de façon totale.

Matthieu Croissandeau
 
 
C'est Nathalie Saint-Cricq ****qui a ouvert le bal, jugeant que Mélenchon était un adversaire "pratique" pour Emmanuel Macron : "Il est caricatural, extrême à chaque fois qu'il prend une position". Matthieu Croissandeau appuie la chef du service politique de France 2, en montrant le dédain qu'il éprouve envers les 17 députés de la France insoumise : "Ils savent faire le show. Un coup on vient sans cravate, un coup on vient avec des spaghettis à l'Assemblée, et tout le monde trouve ça formidable, déplore l'éditorialiste de l'Obs. Leur discours n'a pas besoin d'être amendé, ils répètent absolument tous la même chose."
La discussion s'oriente sur l'utilisation habile que font les Insoumis du système médiatique pour faire avancer leurs idées. Jérôme Fourquet ne fait pas vraiment dans la finesse au moment de manier la métaphore, estimant que Jean-Luc Mélenchon a la même stratégie que le bolchévik Lénine, qu'il cite : "Les capitalistes nous vendront jusqu'à la corde qui nous permettra de les pendre."
 
Nathalie Saint-Criq, J.L Melenchon la connaît bien puisqu'ils étaient ensemble au P.S. à une certaine époque... Avant qu'il ne quitte ce Parti.
 

L'émission continue, toujours sur le même ton. Matthieu Croissandeau est très choqué par la "rhétorique extrêmement violente dans ce mouvement, qu'on pourrait qualifier de séditieuse." Bruno Jeudy abonde : "Les révolutionnaires, ils oublient pas non plus d'être cyniques. Faut le dire !" Voilà les Insoumis rhabillés en factieux rêvant de renverser l'ordre démocratique. Nathalie Saint-Cricq voit elle aussi en Mélenchon un potentiel dictateur tyrannique : "Mélenchon a une dérive de leader, certes charismatique, mais un peu autocratique [...]. Il est esthétiquement sympathique à voir, mais sur le fond, c'est quelqu'un qui est grisé par lui-même."

Bruce Toussaint, un peu mal à l'aise, fait remarquer à ses chroniqueurs qu'ils sont "unaniment très sévères avec Jean-Luc Mélenchon", et tente d'orienter le débat sur la question de la justice sociale mise en avant par le leader de la gauche radicale. Des questions sociales que Jérôme Fourquet décrit comme "un imaginaire qui résonne dans toute une partie de la France".

Las, la discussion dérive une nouvelle fois vers un "Mélenchon-bashing" manquant de finesse. Matthieu Croissandeau juge les Insoumis incohérents et prosternés devant leur chef. Le ton se fait très méprisant : "Ils croient à tout ce que Mélenchon raconte. Ils sont là, tous, à acheter le programme de façon totale [...]. Chez les Insoumis, il y a une espèce de réflexe : tout le monde achète tout en bloc, et répète tout en bloc." Rien à voir avec les autres partis politiques, selon le journaliste de l'Obs.

Nathalie Saint-Cricq embraie : c'est un parti stalinien que l'éditorialiste décrit. "C'est un chef, et il y a une base qui suit, c'est un mouvement autocratique. Jean-Luc Mélenchon veut bien s'allier avec tout le monde si c'est lui le chef et si les autres se taisent. Pour s'entendre avec des partenaires, sauf si ce sont des muets ou des abrutis, c'est compliqué." Visiblement, le caractère pyramidal d'un mouvement politique gêne beaucoup plus Nathalie Saint-Cricq quand il s'agit de la France insoumise que lorsque l'on parle de la République en marche...

L'émission s'achève traditionnellement par les questions des téléspectateurs. Les analystes répondent à une poignée d'interrogations, pendant que dans un bandeau défilant en bas de l'écran, la production de l'émission sélectionne un autre échantillon de questions envoyées par le public. Surprise (ou pas) : on a davantage affaire à des provocations, voire à des agressions, qu'à de véritables questions. Petit florilège :

"Mélenchon et la CGT se trompent d’époque, leur idéologie est dépassée. Quand vont-ils le comprendre ? Mélenchon n’aboie-t-il pas fort juste pour exister dans le paysage politique ? Mélenchon risque-t-il de provoquer la ruine de la France avec ses invitations à la révolution ? Mélenchon veut-il instaurer un culte de la personnalité, comme l’ont fait Castro, Chavez ou Guevara ? A part diviser les Français et bloquer le pays, que propose Jean-Luc Mélenchon ? Pourquoi les électeurs de la France Insoumise sont-ils incapables de voir que Mélenchon est un beau parleur mais que son programme est vide ?"

Il est vrai que sans le vouloir, les chroniqueurs invités par France 5 ont semblé donner raison aux Insoumis dénonçant le manque de diversité politique dans les médias et le "Mélenchon-bashing". De quoi leur donner encore plus envie de "dégager les médias"...

 

 

04/09/2017

6. Décrédibiliser la cléricature ... Dénoncer ne suffit pas

 

Etat, condition des ecclésiatiques.

 

...http://melenchon.fr/2017/09/04/dabrutis-a-mediacrates-calme/

Au demeurant, le problème posé n’est pas nouveau. Sous l’ancien régime monarchique aussi, l’hégémonie idéologique était la condition fondamentale de survie du système. Il en est ainsi à toutes les époques. Le consentement à l’autorité et l’évidence de celle-ci, reposent toujours sur des constructions idéologiques globales qui fondent leur légitimité. L’appareil qui produit et reproduit cette idéologie et l’injecte dans le sang du corps social doit donc être la première cible du combat contre l’ordre établi. C’est lui qui forme l’épiderme à franchir pour pouvoir atteindre les organes du pouvoir en place. C’est lui qui sécrète les anticorps destinés à détruire tout corps étranger à la logique du système dominant. Définir la meilleure forme d’action pour démanteler ce pouvoir d’auto-défense est la première tâche pour commencer la révolution des consciences. Les formes peuvent et doivent être aussi diverses que les époques et les cultures de références. Mais pour l’essentiel, elles imposent toujours une figure commune : vider l’émetteur de l’idéologie dominante de sa légitimité. Emetteurs : l’église à l’époque, les médias aujourd’hui, l’appareil ecclésiastique hier, les cléricatures médiatiques aujourd’hui.

La bonne méthode dans ce domaine est la méthode efficace. Bien sûr, celle-ci peut varier avec le temps et les circonstances. Mais l’expérience montre que la méthode qui a toujours le mieux réussi joue un tableau central. Il faut ruiner la crédibilité de l’émetteur. Pour cela il faut frapper sans relâche sa prétention à être « sans parti pris », indépendant et soucieux d’éthique. Pour cela il faut souligner continuellement la différence entre les valeurs dont il se réclame et la pratique qui est la sienne. Ainsi a fonctionné la dénonciation de la pratique des ecclésiastiques d’ancien régime en contradiction avec la charité, la justice et la fraternité dont se réclamait la doctrine chrétienne. Choquante d’abord, cette critique devenue systématique a permis à des générations de libres-penseurs de construire une nouvelle conscience politique populaire. Nouvelle parce que débarrassée des auto-limitations que lui suggérait auparavant l’idéologie dominante fondée sur l’autorité du religieux.

Il en va de même avec le système médiatique. Ses mensonges, ses abus, sa servilité une fois mis en lumière, exaspèrent définitivement ceux qu’il tente d’abasourdir. Une fois le seuil d’exaspération franchi, le retour en arrière devient impossible. Au contraire, l’esprit mis en alerte et en état de suspicion permanente à l’égard des médias s’enrage davantage à chaque occasion. Alors le mode opératoire est simple : railleries, humour, superposition, impertinence doivent être convoqués pour miner à la racine l’autorité religieuse que voudrait être le système médiatique et la cléricature arrogante qui le compose.

La tâche est facilitée aujourd’hui. Comptons sur l’effet produit par le rabâchage des idées et des mots de la pensée dominante, en toutes circonstances et à tout propos ! Ce rabâchage est perçu en tant que tel par le public auquel il est infligé. Encouragées par leur hégémonie et le sentiment d’impunité, les récitants sont désormais profondément engagés dans la voie du jargon et de la psalmodie. Ils ne peuvent s’en rendre compte. Ils sont donc aussi vulnérables du fait de l’étrangeté qui s’en dégage que l’étaient les « vobiscum » de la messe en latin.

Dénoncer ne suffit pas

Naturellement, nous ne devons jamais cacher que nous combattons ce système. Mais la « dénonciation », si nécessaire qu’elle soit, ne saurait suffire. La stratégie de combat doit être à la mesure de ce que nous affrontons : totale et globale. Pendant la campagne présidentielle, nous avons montré comment les réseaux sociaux permettaient de contourner le système de l’officialité médiatique. Nous avons ainsi créé la première chaîne YouTube politique de masse. L’attention des commentateurs s’est concentrée sur le bénéficiaire de cette construction. J’invite plutôt à considérer les abonnés. Leur nombre et leur fidélité montre quelle disponibilité existe pour participer à une activité de contournement comme celle-ci. Il exprime donc une prise de conscience populaire massive. Nous allons tirer toute les leçons de ce fait et de la stratégie que nous avons menée. Il n’est pas besoin d’en dire davantage  à cette heure. Pour le reste, il va de soi que la rentrée des médias nous a servi d’une façon inattendue mais incroyablement favorable.

5. Libérer les médias

...http://melenchon.fr/2017/09/04/dabrutis-a-mediacrates-calme/

Nous connaissons les clefs du déverrouillage. La première concerne la propriété des médias. Car l’ordre médiatique part du sommet sur lequel s’alignent tous les compartiments. Que 90% des médias soient possédés par 9 milliardaires est une situation malsaine et dangereuse. La seconde concerne le statut social des gens qui y travaillent. La précarité de la masse des personnels, leur surexploitation et les cadences infernales sont des encouragements matériels très forts à la servilité politique et à la « pensée en boucle ».  Moins d’écart de salaires, moins de précarité, moins de libre circulation du public vers le privé, ce serait déjà une respiration tellement oxygénante ! La troisième concerne l’organisation du travail. Il faut partout des comités de rédaction et quand il y en a, ils ne peuvent être de pures chambres d’enregistrement de caprices des chefferies. Les professionnels doivent avoir droit à des congés formations et de l’assistance tout au long de leur carrière et au fil de leur travail.

Autrement dit, nous analysons le système médiatique à partir de ses formes de fonctionnement réelles. C’est-à-dire à partir des rapports de production qui le constituent et des rapports sociaux internes à l’aide desquels il obtient à la fois sa rentabilité économique et sa police de la pensée. Par exemple, il y a un rapport très direct entre la précarité de la plupart des gens  des médias, leur surcharge de travail, et la violence de l’autocensure qu’ils s’imposent pour améliorer leurs situations personnelles.

De bien des façons, le système médiatique est l’adversaire central de la bataille pour la révolution citoyenne. On a pu le voir pendant la campagne électorale de l’élection présidentielle. Ce n’est ni la droite, ni le PS qui nous ont affrontés sérieusement. Seul le fonctionnement en boucle et en écho de quelques éditorialistes a produit et reproduit sans cesse des thèmes de campagne permanente contre nous. Le lepénisme médiatique a plus fait pour renforcer les suffrages d’extrême droite que n’importe quelle campagne de la famille Le Pen. Encore aujourd’hui, une « experte », directrice de la Fondation Jean Jaurès, liée au PS, s’inquiète des risques que ferait peser « La France insoumise » dans un blog du Huffington Post sur la liberté de la presse et regrette que certains aient choisi de nous donner la parole plutôt qu’au Front national.

De la même manière, les efforts acharnés pour me diaboliser, m’attribuer des positions politiques qui ne sont pas les miennes, ont été les seules vraies difficultés auxquelles nous nous sommes heurtés. Et ces difficultés ne venaient pas du contenu des attaques mais de leur incessante répétition. Il en va de même en cette rentrée où pour toute réponse à toute question ou toute initiative que nous prenons, le système médiatique nous renvoie à une réplique unique : « Venezuela » ! Le défi n’est donc pas tant de contre-attaquer. Parfois, cela revient à valider la charge de l’agresseur médiatique. Le défi est d’enlever son dentier au tigre de papier avant même qu’il ne morde. Il faut donc agir avec méthode, sans aucune naïveté ni illusion sur la nature de ce que nous affrontons.

4. La provocation comme méthode médiatique

...http://melenchon.fr/2017/09/04/dabrutis-a-mediacrates-calme/

À présent, pire que l’engagement politique masqué vient le média de provocation. Quelle misère ! Exemple. Je venais d’achever mon discours sur la place du refuge à Marseille et je regagnais la petite loge où je comptais m’éponger le front et changer de chemise. Un micro se tend « vous vous méfiez des journalistes, n’est-ce pas ? ». Voilà tout ce qu’il y avait à me demander après une heure de discours ? Telle est la profondeur du nombrilisme qui défigure désormais ce métier. Voici quelle a été ma réponse : « les ouvriers de l’industrie d’armement ne sont pas responsables des bombardements ». Elle ne sera pas diffusée. Évidemment. La question n’était pas posée pour avoir une réponse mais pour déclencher un incident. C’était le but de quelques-uns d’obtenir un « incident », « une parole inadmissible », etc. pour y ramener toute l’actualité de notre rassemblement marseillais. Il va de soi que nous nous nous sommes organisés pour faire face et déjouer ces plans.

Déjà la veille, pendant la déambulation, le micro de « C dans l’air » s’est tendu au moment où j’entrais dans le cortège : « vous verrouillez votre communication, pourquoi ? ». Les médias parlent des médias dans les médias à propos des médias. L’expérience montre que si je répondais, cette réponse deviendrait le sujet du compte rendu. Autrement dit, en un instant, l’agenda du micro tendu se serait substitué à celui du discours. Nous avons tiré la conclusion de cette situation en refusant dorénavant tout contact improvisé.

Naturellement, je ne mets pas tout le monde dans le même sac ni tous les médias dans la même fournée. Je sais observer les différences de traitement. Mais une tendance lourde est à l’œuvre. Nous savons tous que dorénavant, les médias ont tendance à vouloir créer des évènements davantage que de rendre compte de ceux qu’il leur est proposé d’observer. Tout le mois de juillet a été employé à ce genre de méthodes contre les Insoumis pour tenter d’affaiblir (en vain) notre campagne parlementaire dans la session extraordinaire. Nous avons eu droit à la fabrication de l’incident à propos du « matheux », puis « vive la France » contre Danièle Obono, puis, puis, puis, chaque semaine, une ou deux trouvailles avant de finir par les lazzis sur ma défense du droit aux vacances.

Méthodiquement, sans honte, il s’agissait de tout plutôt que du contenu de notre bataille. De ce que nous disions, du contenu de nos amendements. Et concernant nos propositions et nos votes, et ceux de nos contradicteurs : rien. Absolument rien. Tout pour la forme, l’apparence. Rien pour le fond. Ce n’est pas que les gens de métier soient tous ignorants ou qu’ils obéissent tous à une logique politique. La vérité est sociale : leurs conditions de recrutement, de travail et de rémunération condamnent chaque individu à un strict conformisme de moutons de Panurge. Il est donc absolument vain d’en attendre autre chose. Le combat contre le système médiatique doit donc faire évoluer ses formes.

Dans l’immédiat évidemment, nous avons pris nos dispositions pour diminuer la prise sur nous, tout en essayant d’améliorer la portée des coups que nous voulons porter au système médiatique actuel. Je précise « actuel » parce qu’on aurait tort de croire que ce que l’on a sous les yeux est la seule manière possible de faire fonctionner un ensemble de moyens de communication et d’information. Le système dominant actuel est au service des dominants du moment. Il recourt aux formes d’expression et préoccupations qui sont celles des dominants. L’objectif pour nous reste de libérer aussi la société de cette prise en tenaille mentale. Car l’éducation et l’école sont les deux premiers outils qui rendent possible une citoyenneté véritable.

 
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