Une mise en garde plus qu’une rupture. L’appel au «droit de retrait» de la campagne présidentielle de Benoît Hamon lancé par les députés socialistes Gilles Savary (Gironde) et Christophe Caresche (Paris) a commencé de faire des émules. A en croire leurs initiateurs, le texte déjà signé par 25 députés du pôle des «réformateurs» trouve un écho favorable bien au-delà de l’aile droite du Parti socialiste. «On est une cinquantaine à partager cette interrogation», affirme Jacques Cresta, député des Pyrénées-Orientales, serein quant au risque de rétorsion : «Il serait corrosif de voir des frondeurs exclure des loyalistes !»

Dans les rangs des pétitionnaires, l’indignation est palpable : «On a l’impression qu’en trois jours on a changé de parti sans que jamais nos militants n’aient été consultés, relève Gilles Savary.

On ne se retrouve pas dans le 49.3 citoyen de Hamon, qui fait droit à l’émotion populaire. Avec cela, la peine de mort n’aurait jamais été votée ! Ni l’IVG ! On ne se retrouve pas d’avantage dans une valeur travail dépréciée et la promesse d’une société assistancielle dont on ne sait absolument pas comment elle serait financée. Par-dessus tout, ce quinquennat que Hamon juge insoutenable, nous l’avons défendu devant nos électeurs pendant cinq ans. Et il faudrait aujourd’hui défendre le contraire ?»

«Nous ne serons pas les frondeurs de Hamon»

S’ils déplorent la «schizophrénie» qui a saisi le PS, les partisans du «droit de retrait» ne se posent pas, pour l’heure, en adversaires déclarés du candidat socialiste désigné pour la présidentielle.

«Nous ne serons pas les frondeurs de Hamon, affirme Savary. Il fera seulement campagne sans nous.» A moins que d’ici là, le candidat n’ait infléchi son discours : «Notre droit de retrait n’est pas définitif, insiste Christophe Caresche. Hamon a trouvé plus urgent de se tourner vers l’extérieur du PS, Mélenchon ou Jadot, que d’écouter l’interne. Mais il doit venir devant le groupe PS de l’Assemblée la semaine prochaine, nous verrons ce qu’il nous dira.» 

Pour les «réformistes», la question d’un éventuel soutien à Macron est donc prématurée : «Le sujet n’est pas de choisir entre Macron et Hamon mais de voir comment on peut avancer avec Hamon», insiste le député de Paris.

En cas de blocage, en revanche, les antifrondeurs n’excluent rien.

«Nous laisserons faire jusqu’au moment où nous considérerons que la stratégie du PS favorise la qualification de Marine Le Pen à la présidentielle», précise Gilles Savary.

Son collègue des Pyrénées-Orientales Jacques Cresta confirme : «J’envisagerai alors un soutien à Macron. Mon objectif, c’est d’éviter un 21 Avril bis.»

Nathalie Raulin