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02/05/2018

1968 / IL Y A CINQUANTE ANS LA GREVE CHEZ PEUGEOT... « Le but est de faire connaître aux générations d’aujourd’hui les motivations et la détermination des générations d’hier »

FROID DANS LE DOS ... LA VIOLENCE ELLE EST OU ? A VOUS DE VOIR

 

 Film du groupe Medvedkine sur la grève à Peugeot Sochaux (film de 1970) :

 

Extrait du livre « Une milice patronale : Peugeot » de Claude Angeli et Nicolas Brimo, éditions Maspéro, 1975 :

Le lundi 10 juin, dès quatre heures du matin, les deux cent cinquante cars Peugeot déversent leurs cargaisons d’ouvriers sur les parkings de l’usine. Les drapeaux rouges ont été enlevés, les murs rapidement badigeonnés et les slogans vite effacés du bitume. Les machines se remettent à tourner mais le coeur n’y est pas. Dans les ateliers, des bruits courent : les chefs s’apprêtent à accélérer les cadences; la direction va exiger dix-sept samedis de travail supplémentaires pour rattraper les pertes à la production. Une fois de plus, la base a le sentiment d’avoir été piégée.

A neuf heures du matin, le climat devient lourd. la grogne s’étend. A la carrosserie, ça discute ferme. »J’en ai marre, dit un ouvrier, je m’en vais chez moi ». D’autres se mettent à remonter la chaîne des « 404 », poste après poste, ouvrier après ouvrier: « Viens, on va au bureau ». Bedonnant et chauve, le directeur de la « carrosserie » voit bientôt arriver cinq ouvriers dont deux délégués : « Vous n’allez pas recommencer, non? »

Ils vont recommencer. Ils sont très vite soixante-quinze qui font le tour des ateliers voisins du leur. Des jeunes : le plus âgé doit avoir à peine trente ans. Et leur groupe grossit, de bâtiment en bâtiment. A dix heures, on ne travaille plus guère dans l’usine. La maîtrise fait ce qu’elle peut mais il est déjà trop tard. Des ouvriers quittent l’usine et s’installent au long de l’avenue d’Helvétie qui relie Sochaux à Montbéliard et sur laquelle s’ouvrent les grilles de l’usine. En petits groupes compacts, on y attend l’arrivée des délégués syndicaux.

A quinze heures, tout est joué: dix mille ouvriers de la première et de la seconde équipe votent « la grève avec occupation ». On réinstalle les drapeaux rouges sur les portes de l’usine.

Quand tombera la nuit, quelques centaines d’ouvriers seulement resteront sur place. Répartis aux quatre coins de l’usine, ils assureront la sécurité et les piquets de grève.

Le tableau de chasse des CRS

A trois heures du matin, l’assaut est donné. Sur deux fronts. Des gendarmes mobiles investissent les portes de l’usine tandis qu’un commissaire de police somme les grévistes d’évacuer les lieux.

Au même moment, les CRS franchissent les murs d’enceinte. L’opération est bien menée, la souricière bien tendue. L’effet de surprise a joué à plein : les policiers matraquent même ceux qui dorment. Personne ne les attendait et les grévistes fuient en ordre dispersé. CRS et gendarmes seront rapidement maîtres du terrain.

Tout s’est réglé à Paris. La reconquête de l’usine a été décidée dans la soirée par la direction générale de Peugeot et Raymond Marcellin avec, naturellement, le feu vert de Georges Pompidou. Pour assurer le succès de l’opération, il fallait rester discret : ni la direction de l’usine de Sochaux, ni le préfet du Doubs n’étaient au courant de ce qui se tramait à quatre cents kilomètres de là. Il fallait frapper fort et vite comme chez Renault, à Flins, en finir avec ces ouvriers qui avaient eu l’impudence de « recommencer ». A l’aube, c’est chose faite.

A quatre heures trente du matin, les CRS chargent pour la première fois. Maintenant on se bat. De la ville viennent les premiers renforts, des ouvriers, mais aussi des lycéens. Certains se joignent aux secouristes déjà débordés, d’autres se battent derrière et devant les barricades.

Aux pierres que les ouvriers lancent par-dessus les murs, les CRS ripostent à coup de grenades lacrymogènes et offensives. Chacune de leurs salves est suivie d’une sortie et d’une charge. Chaque fois, les ouvriers reculent d’une centaine de mètres, se regroupent derrière leurs barricades et repartent à l’assaut.

A plusieurs kilomètres de l’usine, dans cette agglomération qui s’étend autour de Sochaux et de Montbéliard, et où vivent près de cent mille personnes, chacun entend les explosions des grenades. « Dix éclatements à la minute », note un journalise local.

Vers dix heures du matin, les grévistes rendent aux CRS la monnaie de leur pièce. Ils pénètrent dans l’usine. « On a franchi le petit mur d’enceinte près de la porte « J », raconte un ouvrier qui combattit dans les rangs des FTP pendant la Résistance. Et les CRS se sont mis à foutre le camp. Alors, j’ai vu leur gradé qui sortait son revolver et qui tirait. Et nous, on continuait à avancer. Il a couru rejoindre les autres à cent mètres de là, peut-être. Alors, ils ont pris leurs fusils. On était « fin-fous ». On a bondi vers un command-car qui était là, vide. On a trouvé deux mousquetons. On a cassé les crosses. Puis, on a mis le feu au réservoir et on est vite ressorti de l’usine ».

Mais trois balles des CRS ont fait mouche. Près de la cabine des gardiens, Pierre Beylot, 24 ans, est en train de mourir. Deux autres de ses camarades sont blessés par balle. Les CRS s’affolent et emploient les grands moyens. Ils visent les manifestants avec leurs fusils lance-grenades, Henri Blanchet, 49 ans, « soufflé » par l’explosion, tombe du mur sur lequel il était monté. Il meurt sur le coup : fracture du crâne. Serge Hardy, 36 ans, atteint à la jambe par une grenade, devra être amputé dans la soirée, au-dessus du genou. Une troisième grenade fait mouche: Joël Royer, 18 ans, militant des jeunesses communistes, perdra son pied droit.

A quatorze heures trente les combats reprendront. L’arrivée des renforts des CRS rallume les bagarres. Un motard est lapidé par les grévistes. En s’enfuyant, il abandonne sa moto qui flambe aussitôt.

A la nuit, après dix-huit heures de combats, c’est enfin la trève. Les responsables syndicaux ont pu rencontrer la direction et les CRS se retirent à l’intérieur de l’usine. Peugeot cède. Seule concession des délégués ouvriers : l’usine ne sera plus occupée. A vingt et une heures, ordre est donné aux policiers de quitter l’usine et Sochaux.

Les CRS ne manqueront pas leur sortie. Ils arrosent leur départ. A la grenade. Sur la route de Belfort, les policiers épuisent leurs stocks. Contre la foule, contre des boutiques. Et même en passant, sur la place de l’Eglise, à Vieux-Charmont, au moment où le curé raccompagne les enfants après le catéchisme.

Les CRS regagnent leurs départements d’origine, les Bouches-du-Rhône, le Haut-Rhin et le Rhône. Ils laissent à Sochaux deux cadavres et deux infirmes…

Le drapeau rouge flotte sur l’usine

Libération, 30 juin 2008 : Juin meurtrier à Sochaux

Les événements tirent à leur fin. La grève des usines Peugeot se conclut par des acquis sociaux et salariaux. Un bilan endeuillé par la mort de deux ouvriers.

Deux hommes sont morts pendant la grève de mai-juin 1968 aux usines Peugeot de Sochaux (Doubs). Ils s’appelaient Pierre Beylot et Henri Blanchet. Ils avaient 24 et 49 ans. Le premier a été tué d’une balle tirée par un CRS, le second a chuté d’un mur. Cela s’est passé le 11 juin, au cours de violents affrontements entre ouvriers et forces de l’ordre chargées de «libérer» l’usine. Dans un petit square, près de l’actuelle entrée de l’immense site industriel, une stèle marque le souvenir des deux victimes : «A la mémoire de Pierre Beylot et Henri Blanchet, tombés pour le libre exercice du droit de grève.»

En 1968, Peugeot emploie 25 000 salariés à Sochaux. Dans la première quinzaine de mai, il ne se passe rien. «Le 17 mai, on nous a présenté le nouveau modèle 504, se souvient Gilbert Marion, ajusteur outilleur et syndicaliste CFDT à l’époque. C’était bizarre d’être dans cette atmosphère feutrée alors que tout le pays était en grève.» La grève avec occupation est finalement votée le 20 mai. Pour expliquer ce déclenchement tardif du mouvement, les syndicalistes invoquent le cuisant échec de la grève de 1965 pour une augmentation de 20 centimes de l’heure. En fait, «les ouvriers de Peugeot sont un peu en retard sur ceux de Renault, mais ils sont tout à fait en phase avec la grève générale», explique l’historien Nicolas Hatzfeld, qui vint s’«établir» chez Peugeot entre 1971 et 1975 : «Ils sont en grève dans leurs têtes avant de passer à l’acte.»

A l’intérieur de l’usine, l’occupation s’organise. «A la forge, à l’emboutissage, à la carrosserie, des comités de base se mettent en place pour former les piquets de grève», rappelle Gilbert Marion. Dans les ateliers, les occupants jouent aux cartes et aux boules, suivent les événements à la radio. La direction est reléguée à l’extérieur et la prise de contrôle de l’usine se nourrit de symboles : une mitraillette factice perchée sur le toit d’une loge de «garde-chiourme», des fresques peintes sur les murs d’enceinte, montrant un métallo terrassant un lion – emblème de Peugeot.

La parole libérée

Les occupants sont entre 200 et 300, parfois moins les week-ends. Chaque soir, ils tiennent un «comité central de grève».«Petit à petit, ces réunions sont devenues des forums. C’est là que la parole s’est libérée, explique Gilbert Marion. On discutait de ce qui se passait au niveau national, de la politique, du devenir de la société. Mai 68, je l’ai vécu comme une révélation. Ça a fait évoluer ma conscience politique.» Les jeunes ouvriers «gauchistes» qui prennent la parole ne sont pas toujours en phase avec les syndicats qui ont transmis une liste de revendications à la direction. «Le jour où j’ai entendu Séguy dire à la radio que les ouvriers de Renault pouvaient reprendre le travail parce qu’ils avaient obtenu des augmentations, je n’y comprenais rien du tout», se souvient Noël Hennequin, encarté CFDT à l’époque et sensible aux idées des «révolutionnaires» : «On n’était pas là pour se battre pour nos 20 centimes comme en 1965 , on était là pour tout changer, pour prendre le contrôle de l’usine à la place du patron qui nous exploitait.»

«Le comité de grève devait faire la part des choses entre ce que souhaitaient quelques-uns des 200 occupants et ce que voulaient les 25 000 autres ouvriers qui n’étaient pas présents aux forums», explique Jean Cadet, technicien au service exportation en 1968 et secrétaire à la propagande de la CGT. Les négociations avec la direction débutent le 31 mai mais n’avancent pas. Deux scrutins sont organisés qui donnent une courte majorité pour la reprise, prévue le 10 juin au matin. «A midi, l’usine était à nouveau occupée. Personne n’avait envie de reprendre. De toute façon, on n’avait rien obtenu, ou trois fois rien», raconte Noël Hennequin. «C’est reparti de la base, poursuit Jean Cadet. Et cette fois, il y avait beaucoup de monde qui occupait.» Qui a pris la décision de faire intervenir les forces de l’ordre à ce moment ? «Tout se joue à Paris, répond Nicolas Hatzfeld. Il y a une volonté gouvernementale de forcer à la reprise dans l’automobile, une branche symbolique, en évitant de toucher à Billancourt, qui est trop proche du quartier Latin.»

Cailloux et lacrymogènes

Vers 3 heures du matin, le 11 juin, CRS et gardes mobiles dispersent les piquets de grève. A 4 heures, les non-grévistes, invités à reprendre le travail par la direction, descendent des cars de ramassage et se retrouvent au milieu des affrontements, matraqués à leur tour. C’est l’engrenage, qui va encore se gripper quand se répand la nouvelle de la mort de Pierre Beylot, tué dans la matinée. Barricades et jets de cailloux contre grenades lacrymogènes ou offensives, parfois lancées en chapelets. Les CRS sont retranchés dans l’usine, encerclés par les ouvriers Peugeot et d’autres venus du pays de Montbéliard. «C’était la classe ouvrière qu’on attaquait», explique l’un d’eux dans le film Sochaux, 11 juin 1968.

Les CRS se retirent en début de soirée. Le bilan est lourd : deux morts et plus de 150 blessés chez les ouvriers, dont plusieurs touchés par balle. Assez vite, la nouvelle se répand – elle circule toujours autour de Sochaux – que des CRS ont aussi été tués. «J’étais persuadé que cette histoire était vraie, mais je me suis vite aperçu que ce n’était qu’une rumeur», affirme Florian Pasqualini qui, dans le cadre d’un master d’histoire contemporaine sur Mai 68 autour de Montbéliard, a consacré à cette affaire une partie de ses recherches.

L’usine reste fermée jusqu’au 20 juin. Les négociations se déroulent à l’extérieur. Au final, les grévistes obtiennent une augmentation de 14 %, l’intégration des primes de participation dans le salaire, une réduction de soixante-quinze minutes de temps de travail hebdomadaire et la reconnaissance de l’action syndicale dans l’usine. «Ce qui a été gagné, ce n’était quand même pas rien», admet Noël Hennequin, qui rêvait de «tout changer». «Ce sont des acquis concrets dont nous bénéficions encore aujourd’hui», commente Bruno Lemerle, actuel responsable de la CGT à Sochaux.

Affrontements du 11 juin 1968 à Sochaux

L’Est Républicain, 28 février 2018 – Mai 68 : ils en font un vrai feuilleton

Pour le cinquantenaire, l’union locale CGT du pays de Montbéliard multiplie, entre mai et juin, les expositions, débats, concerts. Les militants, anciens et nouveaux, ont même créé un roman à partir de la véritable histoire locale.

« Dans l’imaginaire collectif et notamment dans celui des plus jeunes, Mai 68, c’est d’abord la révolte étudiante, l’effervescence du Quartier latin… » Sous les pavés la plage donc. Sauf qu’ici, dans l’alors très industriel et industrieux pays de Montbéliard, le souffle révolutionnaire s’est lui essentiellement décliné, comme le souligne Véronique Bourquin Valzer, la responsable de l’Atelier, sous forme de luttes ouvrières encore plus fortes qu’ailleurs en France.

Notre territoire détient en outre, dans ces événements dont on célébrera le cinquantenaire dans quelques mois, une triste particularité : c’est aussi le seul endroit où l’on dénombre deux morts (Pierre Beylot, Henri Blanchet), deux ouvriers gravement blessés (ils auront le pied arraché) et 150 blessés, à l’issue d’une manifestation pacifique (et de 22 jours de grève) le 11 juin 1968 devant l’ancienne ARS à Montbéliard.

Le tourbillon de la vie

Pour se souvenir des camarades tombés, victimes, dixit Bruno Lemerle, représentant des retraités, des « violences policières et de l’entêtement du patronat », la CGT, qui fut le fer de lance du mouvement, n’a pas attendu le cinquantenaire. Depuis ce funeste 11 juin, tous les ans, elle rend hommage aux disparus devant la stèle du square Dagnaux. Cela posé, le syndicat, qui n’oublie pas, a, pour cet anniversaire, la forte volonté de se tourner vers l’avenir et de toucher les jeunes. « Le but est de faire connaître aux générations d’aujourd’hui les motivations et la détermination des générations d’hier », souligne Guy Mongery. « On ne veut pas se focaliser sur le passé, mais plutôt savoir quelle empreinte ont laissé les événements. »

L’homme fait partie du « groupe 68 », qui mêle jeunes et anciens militants CGT, et qui depuis huit mois planche sur les célébrations locales. Elles se dérouleront du 28 avril au 11 juin (ci-dessous), en huit phases, trois dates emblématiques et un fil rouge. Ce dernier, c’est un feuilleton en neuf épisodes. Pas de panique, il ne s’agit pas de Dallas ! Le feuilleton en question est écrit, dans le genre popularisé, au XIXe siècle, par Eugène Sue et Maurice Leblanc.

L’histoire ? Celle de deux héros fictifs, Jeanne et Lucien. À Sochaux, et plus largement dans tout le pays de Montbéliard, le couple est plongé dans l’effervescence, parfois tragique, des événements. En ce qui concerne ces derniers, tout est vrai : les épisodes ont été écrits, à plusieurs mains, à partir des témoignages de ceux qui ont vécu Mai 68. « Chacun peut se reconnaître dans ce feuilleton, se demander ce qu’il aurait fait à l’époque », souligne Bruno Lemerle.

Le vent se lève

Ce « roman vrai », où le couple habite en face de chez Pierre Beylot à la Chiffogne, sera présenté, sous forme d’épisodes dans différentes entreprises (dont PSA à Sochaux) du pays de Montbéliard. L’initiative, inédite, a également retenu l’attention d’un éditeur : sous le titre « Jeanne et Lucien dans le tourbillon de 1968 », un livre sortira de presse à la mi-avril et sera publié aux « Belles Lettres ».

« On peut vraiment se mettre dans la peau des héros », note Aurore Métais, jeune membre du groupe 68. « C’est important car se souvenir, c’est bien mais que la lutte de nos aînés serve pour l’avenir c’est encore mieux. » Cinquante ans après, un souffle de jeunesse mais aussi un vent de fronde se lèvent sur le pays de Montbéliard. Vivifiant, non ?

 

SAMEDI, RENCONTRE CITOYENNE A MONT DE MARSAN... LA FETE A MACRON

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30/04/2018

SYNDICALISME ET POLITIQUE par G. SEGUY (LUTTER 1975)

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extraits : 

... "Jamais le mouvement syndical français n'a été apolitique au sens étymologique du terme. Au contraire, les luttes politiques et idéologiques qui ont marqué l'évolution du mouvement ouvrier français ont toujours, dans une certaine mesure, déterminé le mouvement syndical.

C'est justement l'un des traits caractéristiques de ce mouvement en France ; d'où parler d'apolitisme syndical, surtout dans un pays comme le nôtre, est complètement irréaliste. Cela dit, il faut peut-être s'entendre sur la façon dont le mot "politique" ou l'expression "faire de la politique" est apprécié.

...

Vous remarquerez qu'il est de plus en plus difficile aux dirigeants de F.O. de proclamer leur prétendu apolitisme, tant il est vrai que personne n'y croit.

En vérité, il s'agit d'un paravent derrière lequel se trame la politique de collaboration de classe, négation de l'indépendance syndicale. Cette pratique part de l'idée ou de la nécessité de la coopération entre exploiteurs et exploités, ce qui est une pure aberration pour tout syndicaliste normalement constitué. L'apolitisme syndical sert le plus souvent de couverture à la pire des politiques de renoncement et de résignation. C'est le syndicalisme sclérosé, stérile.

 

- Les problèmes économiques, politiques et sociaux sont en interaction. A mon avis, parler de syndicalisme apolitique me paraît donc, si on admet ce postulat, un non-sens.

Il faut dire un mot sur la façon dont on entend généralement en France, y compris parmi les travailleurs, cette terminologie : "politique" ou "faire de la politique".

Il s'agit d'une notion qui a été très galvaudée et, dans une certaine mesure, discréditée ; pour beaucoup, elle évoque une activité politicienne, très partisane et parfois assez sordide. Elle rappelle des souvenirs désagréables de cuisine politique, de tractations entre partis plus ou moins véreux qui se sont partagé le pouvoir sous la IIIe, la IVe et même la Ve République. Elle évoque des promesses électorales jamais satisfaites, des combines, des scandales, la corruption, autant d'aspects de la vie politique nationale auxquels les Français ont pu assister et qui les révulsent.

De ce point de vue, l'aversion qu'une grande partie de l'opinion ressent pour cet aspect de la politique n'est pas extraordinaire.

... Dans un pays comme le nôtre, il est nécessaire de réhabiliter le sens noble du mot "politique" ou de l'expression "faire de la politique", en tant que synonyme de civisme ou d'intéressement à la vie sociale. Il est nécessaire de donner à chacun conscience du fait que tout le monde est obligé de s'intéresser aux choses de la politique, parce que, ou il les subit, ou bien il intervient par nécessité, par la force des choses, sur la plan politique.

 

Il m'arrive fréquemment dans la vie militante ou familiale de rencontrer des personnes qui commencent par me déclarer : "Je vous préviens, moi je ne fais pas de politique", et en deux minutes de conversation, je m'aperçois que ces interlocuteurs ont des positions politiques assez précises. Il leur est cependant difficile de préciser comment elles leur sont venues. La plupart pensent qu'il s'agit d'idées très personnelles. Mais il est facile de déceler l'influence de la presse, de la radio, de la télévision sur beaucoup de ces esprits convaincus sincèrement d'être étrangers à la politique.

 

L'avenir de l'évolution de la société en France n'est pas dans une dépolitisation de la vie sociale, comme tentent toujours de le faire les régimes rétrogrades, surtout fascistes et obscurantistes, mais, au contraire, notre avenir national est lié dans une large mesure à une plus grande politisation de l'activité de la société, de l'engagement du peuple. Pas sous l'angle d'une sorte de ralliement général à l'idéologie d'un parti. J'entends politisation dans le sens d'un plus grand engagement dans la vie sociale, d'une évolution de l'esprit de responsabilité, d'une plus grande participation des gens à la vie de leur pays et, par conséquent, d'un élargissement des libertés démocratiques et de la liberté d'expression susceptibles d'enrichir et de vivifier la pensée collective.

 

... Les syndicats ne peuvent pas se désintéresser de l'orientation politique et économique du pays où s'exerce leur activité, alors que tous les problèmes sociaux dépendent précisément de cette politique. Dans la mesure où l'orientation de la politique économique, comme c'est le cas aujourd'hui en France, est entièrement soumise aux intérêts privés par nature diamétralement opposés à ceux des travailleurs, il est naturel que les syndicats, au moins les syndicats dignes de ce nom, se déterminent parmi les forces d'opposition à cette politique, la combattent, contribuent et participent même, dans le cadre de leurs compétences, à l'action pour en changer le cours.

C'est donc une attitude progressiste, qui postule un certain nombre de changements démocratiques et de progrès sociaux.

 

... Il faut établir une distinction entre apolitisme et indépendance syndicale.

Si les syndicats ne peuvent être, apolitiques au sens strict du terme, ils doivent pouvoir se déterminer à propos de toute question indirectement ou directement liée à la politique, en toute souveraineté. C'est ce que nous appelons en France, l'indépendance syndicale. Cette indépendance, il est nécessaire que les syndicats l'observent vis-à-vis de l'Etat, du patronat, des Eglises et aussi des partis politiques, y compris vis-à-vis de ceux avec qui le mouvement syndical peut contracter des alliances en vue d'une action commune pour faire aboutir des objectifs communs.

Cette conception est l'une des caractéristiques du mouvement syndical français. Elle provient, comme nous l'avons déjà vu, de ses origines, de ses particularités, de ses traditions, de son histoire aussi. Il ne faut pas oublier que la naissance de la C.G.T. a précédé celle des principaux partis de gauche en France.

La C.G.T. a sa personnalité, son comportement, sa spécificité. Peut-être arrive-t-il en France, et même parfois à l'étranger, qu'on ne comprenne pas très bien la nature de ces particularités nationales du mouvement syndical français ; je pense qu'elles présentent des qualités de nature à favoriser la démocratie dans notre pays, et toute tentative pour les remettre en cause, aujourd'hui ou dans l'avenir, serait inévitablement rejetée par le mouvement syndical comme contraire à la démocratie et à l'intérêt de l'évolution progressiste de la société.

 

... Ce ne sont pas des liens organiques, au demeurant inexistants, que nous reprochent nos détracteurs, mais notre conception du syndicalisme, notre orientation fondamental de l'action syndicale, notre option de toujours sur les principes d'un syndicalisme de lutte de classes.

Finalement, notre indépendance syndicale vis-à-vis des forces qui prédominent dans la société capitaliste....

MAI 68 : LE POINT DE VUE de Georges SEGUY, dirigeant et négociateur de la C.G.T.

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Secrétaire général de la CGT en mai 1968, Georges Séguy joua un rôle essentiel dans le mouvement social. Le 6 mai 1998, il s’en entretenait avec Jean-Paul Monferran pour l’Humanité. Morceaux choisis.

Alors âgé de quarante et un ans, il joua un rôle essentiel dans le plus grand mouvement social qu'ait connu la France dans son histoire. Il évoque «l'actualité» du mouvement, trente ans après, et revient sur plusieurs des problèmes posés à l'époque...

 

 

Vous avez mis l’accent sur le fait que le mouvement de mai 1968 a permis, pour le monde du travail, des avancées sociales qui n’avaient pas eu de précédents dans l’histoire. Par quels processus cela a-t-il été possible ?

Georges Séguy Toute l’année 1967 a été marquée par une intervention sociale assez forte, impulsée par un accord d’unité d’action entre la CGT et la CFDT, avec notamment deux grèves nationales de vingt-quatre heures et une journée nationale avec des arrêts de travail en fin d’année : contre les ordonnances qui frappaient la Sécurité sociale, et pour d’autres revendications qui se heurtaient toutes à un mur d’intransigeance de la part du patronat et du gouvernement, privant les syndicats de toute possibilité de négociation. Voilà pourquoi, progressivement, l’idée de s’y mettre « tous ensemble » s’est emparée des esprits. Petit à petit, la tension est montée : elle s’est trouvée confirmée par la grande manifestation du 1er mai à Paris, à l’appel de la CGT qui bravait ainsi une interdiction vieille de quatorze ans, et à laquelle le gouvernement n’avait pas osé s’opposer. Il existait une accumulation de mécontentements de caractère revendicatif qui a fait mûrir un climat de tensions sociales fortes et qui a pris, en mai, la dimension que l’on sait. C’est là un enseignement important : des revendications déposées depuis cinq, dix ou quinze ans, parfois, dans les bureaux des ministères et au siège du CNPF – et réputées impossibles à satisfaire – ont été résolues en quelques heures de négociations à Grenelle. Sous la pression de 10 millions de grévistes, la force de persuasion est plus grande qu’avec les meilleurs arguments développés par les syndicalistes…

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Vous n’aviez pourtant pas tout prévu…

Georges Séguy Nous ne pouvions pas imaginer en effet que la grève générale – ce mythe dont on avait débattu depuis la naissance de la CGT et qui devait renverser le capitalisme – allait se produire. Pour une fois, il y avait grève générale, le capitalisme a subsisté, mais les salariés ont obtenu, au total, des acquis plus importants et dans des domaines plus diversifiés qu’en 1936. Ne perdons pas de vue qu’il n’y a pas eu seulement le « constat » de Grenelle, avec l’augmentation de 35 % du Smig, celle de 55 % du salaire minimal agricole, la légalisation du droit syndical dans l’entreprise. Les négociations par branche professionnelle qui prolongèrent celles de Grenelle durant la première semaine de juin complétèrent de manière substantielle le « constat » général : reclassifications, déroulements de carrière, temps et conditions de travail, améliorations des conventions collectives, etc.

 

 

Au-delà de ce succès, quelles images fortes gardez-vous de ce mouvement, de l’état d’esprit qui l’animait ?

Georges Séguy Une volonté de changement des mentalités dans la société, qui s’est traduite, dans un premier temps, par l’explosion de la parole : nous avons vu des personnes n’ayant jamais osé exprimer un avis publiquement trouver des ressources d’éloquence pour participer à la discussion sur les sujets les plus divers. Tout le monde avait envie de parler, de s’exprimer, de critiquer, de proposer… Cela a bousculé bien des habitudes. Beaucoup de tabous ont volé en éclats. De toutes les évolutions d’alors, c’est celles touchant au respect de la dignité des femmes, à la question de leurs droits – dans l’entreprise comme dans la société – qui m’apparaissent les plus significatives. Mai 68 a constitué, dans les mentalités et dans la culture, le grand tournant d’une évolution qui a continué, par la suite, de produire des effets positifs, progressistes, émancipateurs. Si le mouvement n’a pas abouti à une transformation de la société dans le sens où beaucoup l’auraient souhaité, il a laissé subsister une flamme qui ne s’est jamais éteinte, et qui, dans certaines circonstances, s’est rallumée fortement – en 1995, par exemple, avec la reprise de l’idée du « tous ensemble ». Quand on évoque aussi,

Aujourd’hui, la volonté d’évoluer vers une société plus citoyenne, on reprend un peu de ce qui émergeait à l’état d’utopie chez certains il y a trente ans, qui aspiraient à ce que les individus puissent avoir leur mot à dire et à ce qu’ils soient consultés sur toutes les questions les concernant, dans tous les domaines.

 Mai 68 - Paris - photo couleur

Souvent, lorsque vous évoquez le mouvement étudiant, vous utilisez l’image du « baril de poudre », auquel il aurait été apporté une « étincelle ». Pourtant, à côté de l’évolution de la situation sociale en France que vous avez évoquée, on est frappé par la montée en puissance de mouvements étudiants dans le monde entier, dès la fin de l’année 1967 : en Italie, au Mexique, au Brésil, mais aussi en Tchécoslovaquie…

Georges Séguy Toute cette période a été caractérisée en effet, au plan mondial, par la volonté de ne pas accepter l’évolution de la société humaine, telle qu’elle était dominée, d’une part, par les grands groupes monopolistes en train de se mettre en place dans les pays capitalistes et, d’autre part, par un système social qui n’était pas du tout en correspondance avec les aspirations des êtres humains. Au fond, quelles qu’aient été les conditions dans lesquelles les réactions dont vous avez parlé se sont exprimées – surtout dans la jeunesse – à l’Est comme à l’Ouest, l’aspiration était semblable : éviter que la vie ne s’enferme dans un carcan, qu’il soit celui du centralisme totalitaire, ou celui de la rentabilité absolue du capital. Il existait une communauté de volontés, qui, d’ailleurs, subsiste aujourd’hui d’une autre manière et par d’autres aspects. Mai 68 apparaît comme une sorte d’anticipation de l’aspiration à une autre mondialisation. La différence est que, de nos jours, l’idée de faire face aux dangers qui menacent les peuples est de plus en plus planétaire, et de moins et moins cernée dans le corset de chaque pays, voire de chaque continent. S’il est juste de dire qu’alors, en France, les étudiants furent l’étincelle qui mit le feu aux poudres – ce qui s’est passé au début du mois de mai au quartier Latin a effectivement tout précipité –, encore fallait-il qu’il y ait un stock de poudre suffisant pour que l’explosion ait le retentissement qu’elle a eu au plan national, mais aussi international

(…)

 Mai 68 - Paris - Manifestation du 13 mai

 

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur ce qui s'est passé en mai 1968 entre la CGT et les étudiants?

Georges Séguy Le mouvement étudiant était aussi nourri par ce qui se passait alors dans le monde du travail. N'oublions pas, en 1967, par exemple, les manifestations communes à la CGT et à l'UNEF contre la guerre du Vietnam. La volonté de changer la société dans le sens du progrès et de la liberté s'exprimait aussi dans le monde du travail, surtout dans la jeunesse, qui voyait déjà poindre un avenir assez sombre - qu'elle soit à l'usine, au bureau ou à l'université. Je rappelle souvent qu'au milieu de l'année 1967, le 36e Congrès de la CGT avait décidé de consacrer le mois de mai 1968 à une action sur le thème: «la CGT donne la parole aux jeunes»... Il existait donc un climat général. Au départ, nous étions sur la même longueur d'onde que les étudiants, et tout à fait solidaires de leur action pour la démocratisation et la réforme de l'université. Des difficultés sont apparues à partir du moment où les étudiants ont de plus en plus substitué à des objectifs revendicatifs des objectifs de caractère politique - pénétrés qu'ils étaient par l'influence de divers groupes, anarchistes, maoïstes... - y compris en ce qui concernait la conquête du pouvoir par les travailleurs. Il est vrai que l'attitude de certains dirigeants de ces organisations, violemment anticégétistes, a créé un climat de tension, d'hostilité, voire d'animosité, entre les étudiants et la CGT, qui a, malheureusement, empêché que la solidarité dont nous nous réclamions de part et d'autre puisse se concrétiser...

 

N'avez-vous pas des regrets, pourtant, avec le recul?

Georges Séguy J'en suis toujours à me demander si nous n'aurions pas pu faire mieux. Au-delà des difficultés, nous étions, tout de même, assez sensibles et même admiratifs à l'égard de la générosité dont les étudiants faisaient preuve dans leur lutte. C'est d'ailleurs ce qui nous a déterminés, au lendemain de la nuit du 10 au 11 mai, tellement nous semblait insupportable la violence dont ils étaient victimes, à prendre l'initiative de la manifestation qui s'est déroulée le 13... Oui, nous aurions pu faire mieux si nous avions réussi à maintenir - par-delà le débat difficile avec les dirigeants de l'UNEF - un lien avec la masse des étudiants. Dans certaines entreprises, les salariés se sont opposés à l'entrée des étudiants par crainte de voir détérioré l'outil de travail, mais dans d'autres endroits, en province notamment, nos syndicats leur ont proposé de tenir des débats dans des locaux d'usines - ce qui s'est toujours révélé positif. Peut-être aurait-il fallu aussi rechercher des possibilités de contacts et de discussions, au plan politique, avec les jeunes qui avaient une conception sincère de la solidarité avec le monde du travail, ce qui aurait au moins atténué, sinon évité, les conséquences tragiques que cette division a créées... 

 Mai 68 - Paris - Manifestation

Vous avez évoqué les groupes gauchistes...

Georges Séguy Ma culture politique m'a longtemps incité à tenir le gauchisme pour une perversion de la pensée révolutionnaire. Par la suite, en étudiant de près l'histoire du syndicalisme français, j'ai constaté que le rôle et l'action de ceux que l'on a sommairement qualifiés d'«anarcho-syndicalistes» avaient positivement contribué à l'orientation de classe et à l'indépendance de la CGT. Je pense qu'il n'était pas juste de cataloguer globalement dans la rubrique «complices de la bourgeoisie» les différentes composantes du mouvement dit gauchiste qui émergèrent avant, pendant, et après mai 68. Ce genre de condamnation formelle et sans appel ne fut guère propice à la réflexion sur les évolutions idéologiques qui ont marqué le mouvement ouvrier international au cours de ce siècle et, singulièrement, sur les retombées des divergences intervenues au sein du mouvement communiste après la Seconde Guerre mondiale, notamment au cours des années soixante. Il faut dire que la prétention à se substituer aux dirigeants de la CGT pour conduire la grève, sur fond d'anticommunisme forcené de certains leaders de la mouvance gauchiste, ne fut pas de nature à favoriser le débat et à simplifier la compréhension mutuelle; aussi j'aimerais que de leur côté aussi la condamnation de ce sectarisme s'exprime clairement...

 Mai 68 - Paris - CRS

En ce moment, vous participez à de nombreux débats sur le trentième anniversaire de Mai. Qu'en retenez-vous?

Georges Séguy Ce qui me frappe surtout, c'est la volonté de la nouvelle génération - celle qui est née dix ans après 1968 - de savoir ce qui s'est passé alors. Mai 1968 est perçu par elle comme une grande explosion sociale, empreinte de progrès, de générosité, de volonté de changer la société. Que cette génération se passionne pour mai 68, comme elle se passionne pour la Résistance, est plutôt bon signe. D'autant qu'il ne s'agit pas seulement du plaisir de connaître l'histoire, mais peut-être aussi de s'en inspirer pour tenter d'apporter réponses aux questions d'aujourd'hui. A mon sens, beaucoup d'enseignements de mai restent valables. Par exemple, la manière dont se déroula une grève générale qui ne fit l'objet d'aucun mot d'ordre national, dans laquelle n'existait pas de structure nationale d'action avec les autres syndicats, mais qui fut en quelque sorte autogérée par les travailleurs eux-mêmes, sur la base d'une information quotidienne, d'une proposition délibérée entre les organisations syndicales, soumise à l'appréciation des travailleurs réunis en assemblée générale, discutée et votée... On a retrouvé cette forme d'autogestion démocratique de la grève en 1995 chez les cheminots. Je pense que c'est cette qualité de la gestion de la grève qui a permis d'aboutir à des résultats aussi probants en matière sociale...

 Mai 68 - Paris - Manifestation

En termes politiques, le bilan n'est pas le même. Une alternative dans ce domaine était-elle imaginable?

Georges Séguy Je le pense. Bien que pour la grande majorité des dix millions de grévistes, le but de la grève fût essentiellement revendicatif, l'idée d'un changement démocratique et de progrès social s'était, de longue date, emparée des esprits, y compris de ceux qui avaient cru, dix ans auparavant, que la Ve République irait dans le sens d'une amélioration générale. En même temps, le souvenir des errements de la IVe République était toujours présent dans les mémoires et tout ce qui pouvait ressembler à une menace de rechute dans ce passé honni ne pouvait qu'être rejeté par les travailleurs et par la majeure partie de l'opinion publique. Voilà pourquoi une alternative politique de gauche ne pouvait être crédible qu'à la condition d'être fondée sur une unité sans exclusive, et ouverte sur une perspective de vrai changement, notamment dans le domaine social. Les dirigeants de la gauche non communiste ont eu le tort de penser qu'ils pouvaient succéder pour leur propre compte à un pouvoir gaulliste qu'ils croyaient moribond. La gauche communiste n'a sans doute pas fait tout ce qui dépendait d'elle pour prévenir l'impasse inévitable d'une telle ambition et faire triompher, sur le plan politique, l'aspiration au «tous ensemble» qui animait le mouvement social.

Lors d'une rencontre entre la CGT et la FGDS, le 20 mai, François Mitterrand exprimait sa crainte qu'une négociation avec le gouvernement ne redonne à ce dernier une autorité qu'il avait déjà largement perdue, et souhaitait que, dans l'hypothèse d'une alternative de gauche, les syndicats modèrent leurs revendications, notamment en matière de réduction de la durée du travail. Nous avons vivement rejeté cette stratégie, mais j'ai toujours pensé qu'elle était significative de la réticence qu'inspirait à la gauche non communiste l'éventualité d'une accession au pouvoir grâce à une alliance avec le PCF et sous la pression d'une puissante grève dirigée par la CGT, ce qui l'obligerait à aller, sur un plan économique et social, au-delà des limites que ses dirigeants n'entendaient pas dépasser. Dommage que la conception de la «gauche plurielle» n'ait pas été admise trente ans plus tôt.

 Mai 68 - Paris - Piquet de greve

Précisément, beaucoup de choses s'écrivent ou se disent sur le rapport entre mai 68 et décembre 1995.

Georges Séguy S'il est vrai qu'un mouvement comme celui des cheminots en 1995 a reçu un soutien populaire comparable à celui qu'avaient reçu les mineurs en 1963, c'est parce que la plupart des gens qui vivent de leur travail y ont vu une action légitime. Pour autant, je ne suis pas de ceux qui se félicitent de l'idée de la grève par procuration. On ne peut pas imaginer de cette manière l'avenir des luttes sociales. Il y a là une question qui interpelle sérieusement le mouvement syndical.

Le fait qu'il soit plus facile d'être seulement solidaire que de cesser soi-même le travail s'explique, bien sûr, par l'aggravation des conditions de vie, par le poids du chômage, mais aussi par le fait que les forces syndicales se sont amenuisées et que, dans beaucoup d'entreprises, il n'y a pas la puissance syndicale organisée suffisante pour prendre l'initiative d'une action en rapport avec celle de ceux dont on veut être solidaires. Peut-être faut-il aussi trouver des objectifs revendicatifs un peu moins généraux et plus proches de ce que les travailleurs, dans chaque entreprise, dans chaque profession, veulent faire aboutir. Ensuite, je pense que, dans la situation actuelle, l'espoir existe, dans une large mesure, de résoudre les problèmes sociaux par la voie de la négociation, alors qu'en 1968 tout était bouché et bloqué: c'est ainsi que l'idée de s'y mettre «tous ensemble» a pu monter en force.

 Mai 68 - Paris - Godard et Aragon

Jean-Luc GODARD et Louis ARAGON

Tout à l'heure, vous avez parlé d'utopie...

Georges Séguy Autant les idées qui ont germé en mai 1968 - respect de la personne humaine, droit d'expression, citoyenneté, au risque de commettre un anachronisme - paraissaient alors utopiques, autant elles se sont avérées finalement des idées fortes qui ont continué à faire leur chemin dans les esprits et dans les mentalités. Ces idées-là ont changé beaucoup de choses dans les conceptions générales de la vie et des perspectives d'évolution de la société. Elles sont maintenant largement partagées par tous ceux qui s'interrogent sur la question de savoir comment peut évoluer cette société: au plan national, au plan européen, au plan mondial. Je pense qu'à plus ou moins brève échéance on trouvera à l'état de projets concrets ce qui était en germe en 1968 et qui n'a jamais cessé de se développer dans les consciences, pour aboutir à des perspectives concrètes réalisables par la lutte.

 Mai 68 - Paris - energie atomique C.E.A.

 Mai 68 - Paris - accords de grenelle - Chirac et Pompidou

Jacques CHIRAC et Georges POMPIDOU

Mai 68 - Asnieres usine Gaubin-daude - piquet de greve

27/04/2018

"Députés LREM, Vivez votre mesure cruelle et inutile"

Francette JB
Aucune humanité chez ces gens-là !
 
 
Francette JB
Vis ton vote ! J'adore ! Il faudrait des caméras pour une émission de téléréalité.
 
Elise Verdurin
Ces gens sont ignobles, ils sont en plein délire. Et dire que Collomb était au ps... L'histoire jugera et retiendra leurs noms ainsi que leurs actes. Mathide et Danièle, merci vous êtes géniales.
 
Philippe Bekda
Des crapules qu'ils faut degager et vite ! Vivement la 6eme république !
dominique prochasson
situation irrégulière ne signifie pas illégale ! mais on est bien au delà de se préoccuper de nuances
Cheikh Norris
LREM c’est les ripoux du PS + les ripoux UMP+ les ripoux Modem
 
Francis Fourcade
..merci aux députés de la FI, ne lâchez rien, pour l'instant, en face ils rigolent, se sentent intouchables, mais ils ont oublié que Nous avons mis les rois à genoux, et que dans très peu de temps ce sera leur tour..
 
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