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13/07/2015

GRECE : L'ALLEMAGNE refuse d'alléger la dette... POURQUOI ?

12 juillet 2015
Varoufakis : pourquoi l’Allemagne refuse d’alléger la dette de la Grèce (The Guardian)
 
Yanis VAROUFAKIS

Le Sommet de l’Union européenne de demain scellera le destin de la Grèce dans la Zone Euro. Pendant que j’écris ces lignes, Euclid Tsakalotos, mon camarade, grand ami et successeur au Ministère des Finances de la Grèce, va participer à une réunion de l’Eurogroupe qui déterminera si un accord entre la Grèce et nos créanciers est possible et si cet accord comporte un allègement de la dette qui permettrait à l’économie grecque d’être viable dans la Zone euro. Euclid apporte avec lui un plan de restructuration de la dette, modéré et bien pensé, qui respecte sans aucun doute à la fois les intérêts de la Grèce et de ses créanciers (j’ai l’intention d’en publier les détails lundi, une fois que la poussière sera retombée). Si ces modestes propositions de restructuration sont rejetées, comme les propos du ministre des Finances allemand le suggèrent, le Sommet de l’Union européenne de dimanche décidera si l’UE jette la Grèce hors de la Zone Euro maintenant ou si elle l’y maintient pendant un temps plus ou moins long, dans un état de plus en plus grande misère, jusqu’à ce qu’elle s’en aille.

La question est : Pourquoi le ministre des Finances allemand, Dr Wolfgang Schäuble, refuse-t-il une restructuration sensible et raisonnable de la dette, dont les bénéfices sont mutuels ? Dans la tribune libre que j’ai publiée aujourd’hui dans The Guardian, je propose une réponse [veuillez noter que le titre de l’article choisi par le Guardian n’est pas mon choix. Le mien est celui du présent article).

 

Le drame financier de la Grèce fait les gros titres depuis cinq ans pour une raison : le refus têtu de nos créanciers de concéder un allègement substantiel des dettes. Pourquoi, en dépit du bon sens, contre le verdict du FMI et contre les pratiques quotidiennes de banquiers faisant face aux débiteurs stressés, nos créanciers résistent-ils à une restructuration de la dette ? La réponse ne peut pas être trouvée dans l’économie parce qu’elle s’inscrit profondément dans la politique labyrinthique de l’Europe.

 

En 2010, l’état grec est tombé en faillite. Deux options compatibles avec le maintien de l’adhésion à la zone Euro se sont présentées : l’option raisonnable, que n’importe quel banquier convenable recommanderait - la restructuration de la dette et la réforme de l’économie ; et l’option toxique - accorder de nouveaux prêts à une entité en faillite en la prétendant solvable.

 

L’Europe officielle a choisi la deuxième option, privilégiant la protection des dépôts des banques françaises et allemandes exposées à la dette publique grecque sur la viabilité socio-économique de la Grèce. La restructuration de la dette aurait impliqué des pertes pour les banquiers ayant investi dans la dette grecque.

Plutôt que d’avouer aux Parlements que les contribuables devraient payer de nouveau pour les banques au moyen de nouveaux prêts, les officiels de l’Union européenne ont présenté l’insolvabilité de l’état grec comme un problème de non liquidité et ont prétendu que "le sauvetage" était une mesure de "solidarité" envers les Grecs.

 

Pour transformer en "amour vache" le transfert cynique de pertes privées irréparables sur les épaules de contribuables, on a imposé une austérité record à la Grèce, dont le revenu national, à son tour - avec le remboursement des nouvelles et des vieilles dettes - a diminué de plus d’un quart. Un enfant de huit ans comprendrait que ce processus ne pouvait pas bien finir.

 

Une fois l’opération sordide menée à son terme, l’Europe avait automatiquement une autre raison de refuser de discuter la restructuration des dettes : elle frapperait maintenant les poches de citoyens européens. Des doses croissantes d’austérité ont été administrées tandis que la dette augmentait, forçant les créanciers à multiplier les prêts en échange de plus d’austérité.

 

Notre gouvernement a été élu avec le mandat de mettre fin à ce cercle vicieux, d’exiger la restructuration de la dette et d’en finir avec l’austérité paralysante. Les négociations sont publiquement parvenues à une impasse pour une raison simple : nos créanciers continuent à exclure toute restructuration tangible de la dette, en soulignant que notre dette impayable doit être remboursée "paramétriquement" par les plus faibles des Grecs, leurs enfants et leurs petits-enfants.

 

Durant ma première semaine en tant que ministre des Finances, j’ai reçu la visite de Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone Euro), qui m’a donné ce choix : acceptez "la logique" du sauvetage et laissez tomber toute demande de restructuration de la dette, ou bien votre accord de prêt "s’effondrera" - la conséquence implicite étant que les banques grecques seraient fermées.

 

Cinq mois de négociations se sont ensuivis, dans des conditions d’asphyxie monétaire et de bank-run supervisé et administré par la Banque Centrale Européenne. La messe était dite : à moins que nous ne capitulions, nous affronterions bientôt le contrôle des capitaux, le fonctionnement réduit des distributeurs automatiques de billets, les vacances prolongées des banques et, en fin de compte, le Grexit.

 

La menace de Grexit, montagne russe, a rempli d’effroi en 2010 les financiers car leurs banques étaient pleines de dette grecque. Même en 2012, quand le ministre des Finances de l’Allemagne, Wolfgang Schäuble a décidé que les coûts de Grexit étaient "un investissement" digne d’intérêt pour discipliner la France et al., la perspective a continué à faire une peur bleue à presque tous les autres.

 

Au moment où Syriza a conquis le pouvoir en janvier dernier et comme pour confirmer notre certitude que "les renflouements" n’avaient rien à voir avec le sauvetage de la Grèce (et tout pour favoriser l’Europe du Nord), une grande majorité dans l’Eurogroupe - sous la tutelle de Schäuble - avait adopté le Grexit comme la solution préférée ou l’arme de choix contre notre gouvernement.

 

Les Grecs, c’est vrai, tremblent à la pensée d’être exclus de l’union monétaire. La sortie d’une devise commune n’est pas une chose simple, comparable à ce que fit la Grande-Bretagne en 1992, quand Norman Lamont chanta sous la douche le matin où le Sterling quitta le mécanisme de taux de change européen (ERM). Hélas, la Grèce n’a pas de monnaie dont le lien avec l’euro peut être coupé. Elle a l’Euro - une devise étrangère entièrement administrée par un créancier hostile à la restructuration de notre insoutenable dette nationale.

 

Pour sortir de l’eurozone, nous devrions créer une nouvelle monnaie à partir de zéro. Dans l’Irak occupé, l’introduction d’une nouvelle monnaie de papier a pris presque une année, 20 Boeing 747s, la mobilisation de la force d’armée des USA, trois sociétés d’impression et des centaines de camions. En l’absence d’un tel support, le Grexit reviendrait à annoncer une grande dévaluation plus de 18 mois à l’avance : une recette pour liquider tout le capital social grec et le transférer à l’étranger de toutes les façons possibles.

 

Avec le Grexit renforçant le bank-run induit par la BCE, nos tentatives pour remettre la restructuration de la dette sur la table de négociations sont tombées dans l’oreille d’un sourd. Maintes et maintes fois on nous a dit que ceci était une question qui se poserait plus tard, après l’achèvement "du programme" - une extraordinaire situation inextricable puisque "le programme" ne pourra jamais réussir sans une restructuation de la dette.

 

Ce week-end est à l’apogée des pourparlers car Euclid Tsakalotos, mon successeur, lutte, de nouveau, pour mettre le cheval avant le chariot - pour convaincre un Eurogroupe hostile que la restructuration de dette est un prérequis pour réformer avec succès la Grèce, et non une récompense a posteriori. Pourquoi cela est-il si dur à faire admettre ?

 

Je vois trois raisons.

 

L’Europe n’a pas su répondre à la crise financière. Devrait-elle se préparer à une expulsion (Grexit) ou à une fédération ?

 

D’abord, il y a une inertie institutionnelle très forte. Ensuite, la dette insoutenable donne un pouvoir immense aux créanciers sur des débiteurs - et le pouvoir, comme nous le savons, corrompt même les meilleurs. Enfin, la troisième raison me semble la plus importante.

 

L’euro est un hybride d’un régime de taux de change fixe, comme le ERM des années 1980, ou l’étalon-or des années 1930, et une monnaie d’état. Le régime de taux de change fixe compte sur la crainte d’expulsion pour tenir, tandis que l’argent d’état implique des mécanismes pour recycler des surplus entre des États membres (par exemple, un budget fédéral). La zone Euro est en déséquilibre à mi-chemin - c’est plus qu’un régime de taux de change et moins qu’un état.

 

Et c’est là le hic. Après la crise de 2008/9, l’Europe n’a pas su répondre. Devrait-elle préparer le terrain pour au moins une expulsion (c’est-à-dire le Grexit) afin de renforcer la discipline ? Ou aller vers une fédération ? N’ayant fait ni l’un ni l’autre, son angoisse existentielle n’a cessé de monter. Schäuble est convaincu que dans l’état actuel des choses, il a besoin d’un Grexit pour nettoyer l’air, d’une façon ou d’une autre. Soudain, une dette publique grecque insoutenable, sans laquelle le risque de Grexit s’effacerait, a acquis une nouvelle utilité pour Schauble.

 

Que veux-je dire par là ? Fondée sur des mois de négociation, ma conviction est que le ministre des Finances allemand veut que la Grèce soit poussée hors de la monnaie unique pour insuffler la crainte de Dieu chez les Français et leur faire accepter son modèle d’Eurozone disciplinaire.

 

Traduit par Monica M.

Source : http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/11/behind-germanys-refu...

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Accueil Actu Politique Grèce : l'Allemagne veut une "humiliation politique" selon Pierre Laurent (PCF)
 

Grèce : l'Allemagne veut une "humiliation politique" selon Pierre Laurent (PCF)

Selon le secrétaire national du Parti communiste Pierre Laurent, l'Allemagne fait entrave pour "empêcher l'accord" entre la Grèce et l'Union européenne.

Le secrétaire général du PCF Pierre Laurent, le 22 mai 2015.
Crédit : PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
Le secrétaire général du PCF Pierre Laurent, le 22 mai 2015.

Le gouvernement allemand d'Angela Merkel tente "d'empêcher l'accord" entre la Grèce et les autres pays de l'UE et ne recherche rien d'autre qu'une "humiliation politique du peuple grec", a estimé lundi le secrétaire national du Parti communiste (PCF), Pierre Laurent.

Celui-ci a déclaré sur France 2 :

A chaque fois qu'on est proche d'un accord pourtant difficile mais nécessaire pour la Grèce, l'Allemagne en rajoute une louche pour essayer d'empêcher l'accord. C'était déjà le cas la semaine dernière

Sont en cause, pour le sénateur de Paris :

Une partie des dirigeants allemands, notamment le ministre des Finances qui a beaucoup négocié, est pour le 'Grexit', parce qu'il veut faire de la zone euro non pas une zone de coopération mais une zone au service des intérêts des grandes entreprises allemandes, point final. Monsieur Schäuble n'a aucune vision solidaire de l'Europe et encore moins démocratique et la manière dont il procède le montre dans cette négociation

"C'est une humiliation politique du peuple grec"

Le secrétaire national du PCF a qualifié de "scandale pur et simple" l'un des points d'achoppement de la négociation, à savoir la création au Luxembourg d'un fonds regroupant 50 milliards d'actifs grecs pour garantir la mise en oeuvre des privatisations. "Formidable ! Soit-disant ce qui est sur la table, c'est de construire une meilleure fiscalité et on va faire un fonds au Luxembourg, le champion du monde de l'optimisation et de la fraude fiscales et des paradis fiscaux", a-t-il lancé.

Pour Pierre Laurent :

Quel est le pays européen qui accepterait qu'on lui inflige un tel traitement? C'est parfaitement scandaleux. En vérité ce que cherchent Angela Merkel et son gouvernement avec cette proposition, c'est tout simplement une solution non pas aux problèmes de la Grèce et de l'Europe, c'est une humiliation politique du peuple grec. Parce qu'ils n'acceptent pas que la Grèce montre en ce moment à la face de l'Europe une autre voie, une capacité de résistance qu'ils ne supportent pas

Le sénateur communiste a salué la position de la France portée par François Hollande. "Pour une fois, et je demandais cela depuis 2012, la France ose hausser le ton un peu face aux exigences aberrantes d'Angela Merkel, et c'est salutaire pour l'Europe".

 

Le PCF a appelé dimanche à "soutenir la Grèce jusqu'au bout" à Bruxelles, "alors que le gouvernement grec a formulé (...) un compromis acceptable par toutes les parties".

"La France ne doit pas plier et soutenir la Grèce jusqu'au bout", affirme le PCF dans un communiqué. "Un engrenage destructeur visant le Grexit se met en place alors que le gouvernement grec a formulé, dans le calme et avec une grande humilité, un programme de réformes et un plan de financement viables, un compromis acceptable par toutes les parties".

"Si l'Eurogroupe n'a pas abouti hier, c'est parce que les forces de la droite radicale ne veulent pas céder la moindre marge de manœuvre au gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras. Après avoir organisé l'asphyxie financière et le chantage avant le referendum, leur objectif est maintenant l’échec des négociations", selon le communiqué.

 

"Ainsi, le représentant de la coalition gouvernementale droite/extrême droite Finlandaise menace d'un veto tout nouveau plan d'assistance financière à la Grèce. Et Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, joue les discussions de couloir autour d'un document de travail +off the table+ qui préconise la sortie de la Grèce de l'Eurozone pendant 5 ans", déplore le PCF.

"La France a, certes tardivement, joué un rôle positif pour la conclusion d'un accord. Elle ne doit pas plier et le faire jusqu'au bout en soutenant les propositions grecques par tous les moyens diplomatiques jusqu'au veto, au cas où le grexit serait l'hypothèse retenue par l'Eurogroupe", estime le parti.

La zone euro très divisée tentait dimanche à Bruxelles d'arracher un accord sur un sauvetage financier de la Grèce pour arrimer le pays dans la monnaie unique, après l'impasse des discussions qui ont forcé l'annulation d'un sommet des 28 pays de l'Union européenne.

 

Grèce: pour le prix Nobel Joseph Stiglitz, l'Allemagne a "porté un coup sévère" à l'Europe

12/07/15 à 19:49 - Mise à jour à 19:49

Source : Belga

L'Allemagne "a porté un coup sévère et ébranlé l'Europe" par son attitude dans la crise grecque, a estimé dimanche le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, en marge de la Conférence sur le financement du développement qui s'ouvre lundi à Addis Abeba.

Grèce: pour le prix Nobel Joseph Stiglitz, l'Allemagne a "porté un coup sévère" à l'Europe

© Image Globe / PANTELIS SAITAS

"L'Allemagne a montré un manque de solidarité. Vous ne pouvez pas gérer une zone euro sans un minimum de solidarité. (Cette crise) sape complètement la vision commune et la solidarité européenne. C'est un désastre", a confié l'ancien chef économiste de la Banque mondiale à l'AFP, jugeant qu'il serait "déraisonnable" que les négociations en cours à Bruxelles aboutissent à demander "encore davantage" à la Grèce.

"Si la BCE autorise les banques grecques à rouvrir et qu'un accord est renégocié, les blessures peuvent se refermer, mais si (l'Allemagne) réussit à utiliser cela pour exclure la Grèce, je crois que les dégâts seront très très profonds", a prévenu l'économiste.

Les dirigeants européens et occidentaux critiquent la Grèce pour son incapacité à collecter l'impôt. Dans le même temps, les Occidentaux ont créé un système d'évasion fiscale mondial.

Joseph Stiglitz est à Addis Abeba pour soutenir la création d'un organisme fiscal international, sous l'égide de l'ONU, afin de lutter contre l'évasion fiscale des multinationales en Afrique. Il accuse les pays riches de chercher avant tout à protéger leurs grandes entreprises qui échappent à l'impôt dans les pays en développement. "Les dirigeants européens et occidentaux critiquent la Grèce pour son incapacité à collecter l'impôt. Dans le même temps, les Occidentaux ont créé un système d'évasion fiscale mondial... et les pays avancés essayent de contrer l'effort global pour stopper l'évasion fiscale. On ne peut pas être plus hypocrite", a t-il ajouté.

Selon une estimation donnée par l'ONG Oxfam, les pays en développement perdent chaque année 100 milliards de dollars de recettes fiscales qui ne sont pas acquittées par les multinationales opérant sur leur sol.

08/07/2015

ON MARCHE SUR LA DETTE

 

 

 

”Au XXe siècle, Berlin a été le roi de la dette”

Publié le 26/01/2015 – 11:40

Au cours du siècle dernier, l’Allemagne s’est trouvée trois fois en faillite. Si elle a pu se relever, c’est entre autres au détriment de la Grèce, expliquait l’historien de l’économie Albrecht Ritschl en 2011 dans un entretien avec l’hebdomadaire de Hambourg.

L’Allemagne joue les donneuses de leçons sur la question de savoir s’il convient d’accorder de nouvelles aides à la Grèce. Le gouvernement se montre inflexible sur le mode : “Vous n’aurez de l’argent que si vous faites ce que nous vous demandons.” Cette attitude est-elle justifiée ?

Albrecht Ritschl Non, absolument pas. Dans toute l’histoire récente, c’est l’Allemagne qui a connu les pires faillites d’Etat, au XXe siècle. Sa stabilité financière et son statut de bon élève de l’Europe, la République fédérale les doit uniquement aux Etats-Unis, qui, aussi bien après la Première Guerre mondiale qu’après la Seconde, ont renoncé à des sommes considérables. Malheureusement, on a un peu trop tendance à l’oublier.

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L'économiste Thomas Piketty a rejeté l'idée d'une sortie de la Grèce de la zone euro. "Chacun doit y mettre du sien pour que la Grèce s'en sorte", a-t-il répété. Pour Thomas Piketty, il est important que les Grecs "puissent aussi investir dans leur avenir, dans la jeunesse".

La position de l'économiste Thomas Piketty est claire : il souhaite que la dette de la Grèce soit apurée.

Invité sur France Info ce mardi, il a estimé qu'il fallait "de toute façon trouver un accord" et pour cela la Grèce doit "retrouver son niveau économique de 2008. Je pense que quand on a une économique dont le niveau d'activité à baisser de 25%, vouloir encore l'asphyxier n'est pas la bonne solution." 

 

"J'ai très peur que l'intransigeance, l'idéologie et le nationalisme, nous conduisent vers une catastrophe" (Thomas Piketty)

Thomas Piketty estime que "chacun doit y mettre du sien pour que la Grèce s'en sorte" et il écarte la possibilité d'une sortie d'un "Grexit". "Je pense que ceux qui pensent que l'on va stabiliser et discipliner la zone euro en expulsant un pays, sont de dangereux apprentis-sorciers, explique-t-il. Ce qu'Alain Juppé, Valéry Giscard d'Estaing et Nicolas Sarkozy est très dangereux."

Pour l'économiste, l'Europe s'est construite dans les années 1950 sur l'effacement des dettes du "passé", et "notamment la dette allemande".

 

 Le Figaro.fr

Un accord signé en 1953 avait permis à la RFA d'annuler plus de 60% de sa dette contractée avant et après-guerre. La Grèce était alors un des 21 créanciers de la RFA.

L'élection du nouveau premier ministre en Grèce, Alexis Tsipras, fait grincer des dents en Allemagne. Angela Merkel insiste en effet sur le «respect des engagements de la Grèce» alors que le nouvel homme fort d'Athènes souhaite, lui, renégocier la dette de son pays. Alexis Tsipras pourrait rappeler à la chancelière qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, les créanciers de l'Allemagne - dont la Grèce faisait partie - avaient accepté d'effacer plus de la moitié de sa dette.

De fait, l'accord de Londres signé le 27 février 1953 a permis à la République fédérale d'effacer plus de la moitié de sa dette d'avant et d'après guerre. Ce jour-là, 21 créanciers de la RFA - dont la Grèce, la France, la plupart des pays européens, la Suisse, les États-Unis, le Canada, l'Iran, l'Afrique du Sud ou la Yougoslavie - décident d'aider l'Allemagne de l'Ouest, alors en situation de défaut de paiement. Les emprunts renégociés concernaient à la fois des obligations issues du traité de Versailles de la première guerre mondiale jamais honorées, des emprunts souscrits par la République de Weimar dont le paiement des intérêts avait été suspendu au début des années 1930 et des emprunts contractés après-guerre auprès des Alliés.

L'accord de Londres permet à la République fédérale de réduire le montant initial de ses créances d'avant et d'après guerre de près de 38 milliards de Deutsche marks - avec les intérêts - à environ 14 milliards, soit une annulation de 62% de sa dette. Un moratoire de 5 ans sur les paiements et un délai de 30 ans pour les rembourser sont également accordés ainsi qu'une réduction des taux d'intérêt. Enfin, la relation entre service de la dette et revenus d'exportations ne doit pas dépasser 5%. En d'autres termes, la RFA ne doit pas consacrer plus d'un vingtième de ses revenus d'exportation au paiement de sa dette. Ainsi, les créanciers autorisent la suspension des paiements en cas de mauvaise conjoncture.

Plusieurs arguments ont plaidé en faveur de ces conditions de remboursement d'une ampleur rare en Europe. Premièrement, l'accord portait sur des dettes contractées avant guerre et donc avant la partition de l'Allemagne en deux. La question de savoir si la seule RFA devait prendre en charge la totalité des dettes allemandes se posa. Le chancelier Konrad Adenauer a accepté cette option dans le but de restaurer la souveraineté de la RFA et de rétablir sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux. Le spectre des lourdes indemnités de réparation imposées par le traité de Versailles de 1919 et la montée du Nazisme planaient en outre sur les négociations. Les États-Unis souhaitaient par ailleurs que la RFA puisse être un rempart contre le bloc communiste.

Le jeune chancelier a également expliqué que des conditions de remboursement trop contraignantes pourraient mettre en péril le «miracle économique» de la jeune République. Un argument qui a convaincu les Alliés qui voulaient pourvoir compter sur un partenaire économique et un client solide.

Une dette de 80 milliards d'euros

de l'Allemagne à la Grèce?

Les experts reconnaissent que ces conditions de remboursement exceptionnelles ont favorisé le redressement économique rapide de l'Allemagne. Certains, dont la coalition de la gauche radicale grecque (Syriza) désormais au pouvoir, estiment ainsi que cette remise de dette pourrait servir de modèle à la renégociation de la dette grecque.

Par ailleurs, face à l'insistance de l'Allemagne pour que la Grèce rembourse sa dette, les Grecs ont réveillé un autre souvenir de guerre. En 1941, un montant de 476 millions de reichsmarks - la monnaie allemande de l'époque - avait notamment été directement extorqué à la Grèce par l'Allemagne nazie. En 1946, l'Allemagne avait ainsi été condamnée à payer 7 milliards de dollars à la Grèce à titre de réparation pour l'occupation. Cette dette n'était pas couverte par l'accord de Londres de 1953.

Ainsi, en 2012, le député européen Daniel Cohn-Bendit avait estimé que cette créance vaudrait aujourd'hui l'équivalent de 80 milliards d'euros.

Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche, estime lui que «les Allemands doivent 168 milliards d'euros, à la valeur actuelle, à la Grèce. Pourquoi? Parce que les Allemands ont occupé la Grèce et lui ont fait payer les frais d'occupation».

Mais l'Allemagne rétorque qu'en acceptant le Traité de Moscou qui entérine la réunification des deux Allemagne, la Grèce a également accepté de tirer un trait sur cette dette. L'accord de Londres de 1953 repoussait en effet le règlement des réparations de guerre à la signature d'un accord de paix. Ce dernier ne fut finalement signé qu'en 1990 après la réunification, et il exonéra l'Allemagne de certaines réparations, notamment celles qu'elle aurait dû payer à la Grèce. La gauche radicale grecque, arrivée au pouvoir dimanche, souhaite désormais inciter l'Allemagne à se montrer plus clémente face à son ancien créancier.

 

 

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 Vincent Glenn, documentariste, et son copain Christophe Alévêque, humoriste et comédien, viennent de rendre un beau service à une éducation populaire drôle bien que documentée, tonique, qui fait du bien au lieu de faire suer. Leur livre (éditions de La Marinière, 178 pages, 15 euros), que j’ai reçu aujourd’hui, est carrément super. On le lit sans prise de dette, c’est rare sur cette question, en dépit de l’existence d’autres très bons livres dont j’ai déjà parlé, qui « vont plus loin » dans l’analyse, mais moins loin dans l’accessibilité.

Les experts proclamés ou autoproclamés, et même les économistes militants habitués aux débats grand public, ce qui est mon cas, auraient bien du mal à réussir cette performance d’une vulgarisation non vulgaire, de simplifications pas simplistes, avec un ton aussi enjoué et des analogies imaginatives.

Non, ce n’est la dette pour les nuls, c’est un livre pour tous, « nuls » ou pas. Cela tient sans doute au fait que ces deux-là sont partis, comme presque tout le monde, d’une incompréhension devant les propos des experts chiens de garde médiatiques, et qu’ensuite ils ont bossé comme d’autres citoyens, par exemple dans les CAC (collectifs pour un audit citoyen de la dette). Leur compréhension de ce qui nous arrive et de ce qu’on pourrait faire est nourrie de tous ces échanges et de leur propre travail pour y voir clair.

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