logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

05/01/2017

ILS ONT TUE LA GAUCHE

Il m'a dit : "Michelle, tu me ramènes le journal". -Oui, oui...

En sortant de la grande surface en revenant de NANTES, que voit-il dans le chariot ?

Deux livres bien en évidence, mais pas son journal. 

ILS ONT TUE LA GAUCHE 001.jpg

  

 

 

ILS ONT TUE LA GAUCHE 002.jpg

"... Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Myriam El Khomri y croit encore. Je n'étais donc plus utile à ses côtés. J'ai quitté son équipe sur un désaccord politique et stratégique majeur. D'ordinaire, un conseiller ministériel, petite main de l'ombre, ça ferme sa gueule. Mais, parce que je suis profondément convaincu que cette réforme nous entraîne collectivement dans le mur, parce que j'ai la conviction qu'elle sert les intérêts politiques de quelques-uns et les intérêts économiques de quelques autres (pvivilégiés), enfin parce que je suis déterminé à ce qu'une autre voix pèse à gauche, j'ai assumé publiquement le désaccord qui m'opposait à la ministre.

C'est déloyal diront certains. Je ne le pense pas. Il ne s'agit aucunement de remettre en cause une ministre en exercice, qui m'a fait confiance au cours de ces dix derniers mois et que je respecte pour ses qualités humaines. Il s'agit d'attaquer sur le fond un texte droitier, une réforme libérale qui déshonore la gauche -pis, l'atomise, alors que cette gauche-là est en responsabilités. Et quelle responsabilité ! Comment peut-on avoir raison contre tous ?

A quel moment et de quel droit pense-t-on avoir raison contre ses propres alliés ? Pour qui parlent-ils ? D'où parlent-ils ? Ils ont tué la gauche.

Aujourd'hui le malaise est partout. Dans les cabinets ministériels, sur les bancs de l'Hémicycle, à droite, à gauche, sur Internet. Et bientôt dans la rue. L'histoire se répète. Prenez Villepin, mettez Valls. Dix ans plus tard, même remède, même combat. Souhaitons à cette réforme le même sort que le CPE. Parce qu'il faut tout réécrire. Tout.

Qui peut croire par exemple que favoriser les licenciements va permettre de lutter contre le chômage ?

Qui pense sérieusement que la dématérialisation des fiches de paye est une révolution sociale ?

Qui peut décemment parler de démocratie sociale, au plus près de l'entreprise, quand on sait le rapport de force qui se joue, au quotidien, entre employeur et employé ?

 

Ce texte est un non-sens économique. Une aberration politique.

Il résulte d'une équation terrifiante : d'une part, l'autoritarisme matignonnesque et, d'autre part, l'invasion, à tous les étages, de la techno-structure.

La technocratie aura-t-elle raison de la politique ?

Le renouvellement générationnel de nos dirigeants n'est en vérité qu'une façade, une illusion.

Un faux-semblant.

Et je veux croire qu'une autre voie est possible. Elle est possible, souhaitable et nécessaire.

Dehors à présent. Pour construire l'alternative à gauche.

La politique est une affaire de conviction, de colonne vertébrale, de vision, de transformation, et de rêve, disais-je.

Parce que, pour faire de la politique, il faut rêver.

 

  • ..." LE PEUPLE DOIT REPRENDRE LE POUVOIR POUR REINVENTER LA DEMOCRATIE ET REFONDER LA REPUBLIQUE. LA Ve EST MORTE, VIVE LA VIe. 

Avec son Parlement renforcé, son Assemblée nationale diverse et représentative -élue avec une dose de proportionnelle-, son Sénat constitué de citoyens tirés au sort -assumant son rôle de contre-pouvoir.

L'homme et la femme providentiels n'existent pas. C'est à nous, au collectif d'innover, d'inventer.

Seule la convergence des luttes et des initiatives citoyennes peut nous conduire à remettre en cause efficacement et durablement le système tel qu'il s'impose à nous dans le champ de l'éducation, de la culture, de l'économie et naturellement de la politique."

 

J'ai cru lire J.L MELENCHON !

****

Ah ben tiens ! le voilà justement !

*

"Tu as oublié mon journal mais pas MELENCHON"  

- Que veux-tu !

Je n'ai pas trouvé le programme des Présidentielles, alors j'ai pris celui-là qui me tendait les bras.

Eclat de rire !

MELENCHON 001.jpgMELENCHON 002.jpg

 

 

 

03/11/2016

CHRONIQUES GRAPHIQUES

Mon amie Ida m'a adressé ce livre écrit par Philippe APELOIG, ce fils dont elle est tant fière ! Je la comprends.

Chroniques.jpg

Ce livre, je l'ai "dévoré" et je vais en demander un autre pour offrir à Thomas, mon petit-fils qui se définit ainsi :

Thomas CRECQ

"Je suis un jeune graphiste de 24 ans. Passionné par la culture, l'histoire et de nature curieuse, j'aime diversifier mes objectifs et travailler dans différents domaines."

Je suis allée piocher sur Internet et je l'ai trouvé avec son curriculum-vitae

Actuellement : Enseignant en Graphisme et Animation // Intervenant en suivi de projet // 

 

  • Graphiste

    Analyse de brief, proposition de solutions, réalisation de solutions

  • Assistant directeur artistique

    Gestion de brief, analyse de la demande, propositions de solutions, réalisations de solutions

  • Directeur Artistique junior

    Analyse de Brief, propositions de solutions, réalisation de solutions

  • e-artsup, école de création numérique

    Design graphique, Arrêt des études pour se lancer à mon compte
  • Les causes qui importent à Thomas :

    • Arts et culture
    • Droits de l’homme
    • Enfants
    • Formation
    • Politique
    • Sciences et technologie

 Thomas CRECQ

Thomas, grâce au livre de Philippe APELOIG, j'ai bien compris ton travail, ta passion. Je ne me contenterai plus de regarder vite fait l'affiche en disant : c'est bien ! je décortiquerai les lettres, le texte, l'image, les couleurs, etc... je saurai le travail de la pensée qui a guidé la main experte.

***

Chroniques.jpg

Philippe a été formé à Paris à l'Ecole supérieure des arts appliqués Duperré et à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs. C'est aux Pays-Bas, à l'agence Total Design de Wim Crouwel, que Philippe Apeloig découvre le graphisme, la typographie, et qu'il décide d'en faire son métier.

J'ai dévoré son livre. Clair, limpide, l'écriture coule comme l'eau à la fontaine. "Chroniques graphiques", un titre qui peut paraître rébarbatif pour les non-initiés ; c'est tout le contraire, l'humanisme, la vie familiale et professionnelle de Philippe à travers ses anecdotes, ses rencontres, incite à la curiosité, nous fait tourner les pages pour en savoir plus. Les chapîtres défilent :

1. S'afficher

"Quand je crée une affiche, j'hésite tout le temps. Je vais vers l'inconnu. Rien n'est paisible. Je suis en guerre avec moi-même. Je voudrais rendre explicite le labyrinthe de mes recherches. Si je n'y parviens pas, je me console en éprouvant la poésie indissociable de la construction graphique que je façonne.

Je crains de ne pas être en adéquation  avec ce que j'espère faire. Il y a des affiches que je n'aime pas, dont j'ai honte.

Comme si cette création, précisément me faisait revivre d'épouvantables humiliations autrefois ressenties. Je me souviens des examens d'école où il fallait faire ses preuves.

Cette typographie sera-t-elle magnifique ? Ce geste sera-t-il assez audacieux ? ...

2. Jacques London imprimeur

"La première fois que je suis allée à l'imprimerie London, au 13,rue de la Grange-Batelière, c'était en automne 1985. L'adresse de cet imprimeur circulait dans les carnets d'adresses des conservateurs du musée d'Orsay, où je venais d'être recruté comme graphiste"...."Logée au coeur de Paris, l'imprimerie Jacques London bénéficiait d'une réputation sans équivalent. Qui arrivait au 13, rue de la Grange Batelière savait qu'il était entre d'excellentes mains. Leur expertise attirait les meilleurs typographes et graphistes du moment, à commencer par les suisses ..."

"Je pousse la porte d'entrée. Je pénètre dans un petit sas en verre, coupe vent. Le décor semblait avoir été conçu dans les années soixante-dix, à un moment où l'imprimerie s'était refaite une santé, boostée par le succès des publications pour les institutions culturelles"...."Dans le hall de réception, bien chauffé, une dame trône, en hôtesse d'accueil ... "C'est vous le graphiste du Musée d'Orsay ? Que vous êtes jeune, on vous croirait encore à l'école !"...

Derrière le mur où est accrochée l'oeuvre de Jouffroy, une porte s'ouvre et apparaît un homme de petite taille, qui a l'air à la fois fragile et plein d'énergie. Dandy, Monsieur London soigne sa tenue ...d'une main ferme il me salue et m'entraîne dans son bureau ...avant de regarder mon projet, il se montra curieux de connaître ma formation, et comment j'étais arrivé au Musée d'Orsay.

Encore inscrit à l'Ecole des arts décoratifs, boursier, je cherchais du travail. J'avais un formidable appétit d'apprendre. Je vendais des illustrations à foison dans la presse, mais je me préoccupais sérieusement de mon avenir. .. Le musée d'Orsay, alors en construction, recrutait un graphiste avec deux années d'expérience. J'avais tenté ma chance et envoyé une lettre de motivation accompagnée de mon CV. En attendant une hypothétique réponse, dès le mois de juin, j'étais reparti à Amsterdam en stage chez Total Design."...

"... Il ouvrit la porte de son bureau. Sa forte poignée m'écrasa les phalanges. Il me confia à son épouse. Revenez vite, vous êtes ici chez vous, dit Madame Perreau. Quand je fus dans la cour, je sus que quelque chose en sourdine m'avait perturbé l'ouïe. Subrepticement j'avais remarqué que le léger accent de Monsieur London ressemblait à celui de mes grands-parents. A la sortie de l'immeuble, pensif, je traînais les pieds.

Je revins plusieurs fois à l'imprimerie...

"Une fois, pris d'audace, je lui posai la question : venait-il d'Europe centrale ? Je suis né en Russie, enfin l'Ukraine aujourd'hui, près de Kiev et j'ai grandi en Pologne. Il remonta la manche de sa veste et de sa chemise, mettant son bras à nu, il me montra le numéro tatoué sur sa peau. 23184. J'étais désemparé. Monsieur London avait été déporté par le convoi n° 75 le 30 mai 1944"...

"Maintenant j'allais à l'imprimerie non plus seulement pour suivre les projets du musée d'Orsay mais mû par la curiosité d'en savoir plus. Deux univers s'entrechoquaient et allaient façonner mon devenir.

L'histoire de mes grands-parents, de mes ancêtres en Pologne, croisait le monde professionnel où je commençais à évoluer.

Que restait-il de leurs vies, et que ferai-je de la mienne ?"

3. Qui sommes-nous ? Que faisons-nous ? Où allons-nous ?

"Quand j'ai commencé mes études d'art, voilà plus de trois décennies, à une époque où l'outil informatique n'existait pas, je me suis inscrit dans une classe intitulée "expression visuelle", sans savoir de quoi il s'agissait. J'avais choisi cette section, trouvant que le mot "expression" offrait des perspectives semblables à l'expression picturale ou corporelle, en somme à une discipline empreinte d'improvisations et de liberté".

"Pourtant, à l'Ecole des arts appliqués, surnommée les Zarza (Arts-A), je m'entraînais à la calligraphie avec précision. Je veillais à conserver l'inclinaison régulière de ma plume métallique biseautée, tout en modulant mon écriture. J'obtenais des lignes droites ou en arabesques plus ou moins grasses, des pleines et des déliés harmonieux. Nous devions remplir des pages en Rustica, en Onciale, en Caroline, en Gothique ou en Anglaise. Ces exercices devaient nous guider vers la découverte des origines de la typographie..."

..."Nous apprenions également une technicité comme par exemple l'importance d'un gris typographique homogène, c'est-à-dire sans lézardes et sans rivières. Le réglage des approches entre les lettres, mais aussi l'interlignage, se devaient d'être exempts de blancs arbitraires ou de zones plus foncées... Il convenait aussi de veiller aux espaces avant et après les ponctuations, et bien sûr aux coquilles en tous genres.

A cet égard, il était indispensable de préparer rigoureusement la copie, le manuscrit dactylographié remis par l'auteur : indiquer le choix des polices de caractère, leur corps, les mots en italiques, les alinéas, etc. Il fallait guider l'opérateur de l'atelier de photocomposition de sorte qu'il ajuste les textes en pavés justifiés, centrés, alignés au fer à gauche, ou éventuellement au fer à droite.

Le but à atteindre étant que les yeux du lecteur glissent confortablement.

Mais quel lecteur reconnaissant songerait à un tel travail de fourmi, si technique, minutieux et fastidieux ?"...

4. Un stagiaire

5. Avalanche

6. Histoires d'engagement

7. D.A.  "la médiocrité m'agace, il nous faut un nouveau D.A."  -Directeur Artistique-

8. Le logo

9. C'est pas par là, c'est par ici !

10. Générique

***

Comme dactylographe il y a des sujets qui  me parlent

on aime taper avec telles ou telles lettres

sans songer que si elles existent c'est parce qu'elles ont été pensées, dessinées, créées

Dorénavant j'y songerai

J'ai tapé le texte en Trebuchet MS, Webdings, Comic sans MS

**

Quelques extraits à venir des autres chapîtres

"Philippe, mes yeux ont "glissé confortablement"

en lisant ton livre"

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

18/09/2016

1. BANLIEUE OUEST de Blaise Cendrars, banlieue des riches et ceinture verte

blaise cendrars 001.jpg

 1949 -1966 - Acheté en 1975

 

BANLIEUE OUEST

 Tous les dimanches matin de très bonne heure on peut voir le roi-soleil en bicyclette se rendre dans son jardinet.

C'est le printemps !

Un poireau magnifique a passé l'hiver dans un champ, veillé par un épouvantail qui vient d'être habillé de neuf.

"MM. les Locataires dont priés de ne pas stationner dans la loge". On comprend l'empressement qu'ont les gens d'optempérer à l'avis de la concierge quand il leur saute aux yeux par un beau dimanche matin et la hâte qu'ils mettent à quitter leur rue sans joie.

blaise cendrars,banlieue ouest,livre,poésie

En bâtissant Versailles et en priant ses bons sujets de venir le regarder manger et d'aller faire un tour dans les jardins avant de s'en aller, Louis XIV a donné aux parisiens le goût de la campagne. Il est en somme le premier des banlieusards, au sens décadent du mot, et, depuis, des centaines de milliers de citadins l'imitent qui, chacun, construit son pavillon et veut vivre hors des murs. Mais pour les parisiens d'aujourd'hui qui n'ont plus l'espoir de posséder jamais un carré de choux dans les fossés, depuis que l'on a démoli les fortifs, ni même la possibilité de se coucher et d'en écraser dans l'herbe des talus, Versailles commence déjà au pont de Sèvres ou au pont de Saint-Cloud où les vomissent métro, autobus et tramways, à moins qu'ils ne se croient déjà en pleine campagne dès que le train a dépassé Suresnes ou Puteaux ou franchi la Seine à Asnières !

 

blaise cendrars,banlieue ouest,livre,poésie

LA BANLIEUE OUEST. LA BANLIEUE DES RICHES. ON L'APPELLE AUSSI LA CEINTURE VERTE. Mais on oublie le bagne "Renault" à Billancourt et les usines de Gennevilliers, Bois-Colombes, la Garenne, Courbevoie, Nanterre, Boulogne. C'est le secteur de la voiture-aviation, "Hotchkiss, Citroën, Peugeot, la Licorne, Rosengart" qui empoisonnent les agglomérations surpeuplées coincées entre Neuilly-sur-Seine, et, rive gauche, à la population tout aussi dense, "Chenard et Walcker, Hispano-Suiza, encore La Licorne", encore "Peugeot, Ariès, De Dionbouton, Unic, Talbot, Blériot, Farman, Latil, Fiat, MatFord, Saurer", l'île Seguin, au profil avaricieux, rasé de près, du directeur général des établissements Renault, M. Lehideux, un tintamarre et un va-et-vient perpétuel de lourds camions six et dix roues chargés à bloc qui roulent jour et nuit d'une usine à l'autre à une allure vertigineuse et minutée par les ingénieurs, si bien que les gosses des écoles ne peuvent aller jouer dans la rue sans courir le risque de se faire écrabouiller d'une seconde à l'autre par une remorque, des chaudronneries, des tôleries, des ateliers de soudure autogène, de montage, d'ajustage, d'assemblage, des fours Martin, des marteaux-pilons, des fabriques de pneu, des ateliers de vulcanisation, des manufactures d'accessoires électriques, des carrossiers, des sociétés pétrolifères, des tanks, des dépôts d'essence, des garages qui font la chaîne et bouclent la boucle, et c'est tout juste si l'on peut se faufiler par le Bois de Boulogne, le parc de Saint-Cloud, la butte de Picardie (et encore la traversée de Viroflay et bien étranglée et le fameux "virage rouge" a été longtemps la terreur des vélocipédomanes !) ou le détour par Marnes-la-Coquette, la route de l'Impératrice pour gagner le parc de Versailles (ce rêve !)et encore faut-il posséder une voiture ou pédaler dur car la trotte est longuette et il y a les côtes, et la véritable campagne et les lotissements agrestes (cet autre rêve !) ne commencent qu'au-delà.

....

 

blaise cendrars,banlieue ouest,livre,poésie

je n'ai plus de souffle... Ouh ! la suite tout à l'heure.

15/09/2016

3. VIVE LES CONGES PAYES DU MOIS D'AOUT QUI VIDENT LES ATELIERS !

 

2016-09-14 blaise cendrars.jpg

Edité en 1966

Acheté en 1975

*

Les jeunes générations connaissent-elles Blaise CENDRARS ?

L'histoire vécue c'est bon pour les cours d'Histoire et les dictées

**

*

BANLIEUE EST

C'est une grande duperie parce que les premiers congés payés ont été ceux du mois d'août 1914, c'était même les grandes vacances, la fleur au fusil, la chanson aux lèvres, et tous les petits gars en pantalon rouge qu sont tombés sur la Marne en septembre 14, devant Paris, ne sont jamais revenus dans les ateliers du Faubourg, les petits soldats à un sou par jour, et depuis on ne sait plus travailler dans les ateliers, ça n'y est pas, on n'a plus le coeur à l'ouvrage, il y a trop d'injustice et trop de salopards, de profiteurs, on a pris conscience, une conscience de classe à la guerre, et l'on pousse à la grève, à la Révolution, ou alors on s'en fout. Que peut-on leur reprocher ? Ils ont raison de vouloir tout chahuter ou de s'en foutre. Ils ont marché une fois, ils ont donné en plein. Ca suffit. Ce qui m'étonne, c'est qu'ils croient encore en quelque chose dans l'avenir ...

 

Je leur dois trop, jamais je ne pourrai oublier mes camarades de régiment qui en étaient presque tous du faubourg Saint-Antoine, de Ménilmontant et de Belleville, de la Bastille et de la Nation, de Picpus, et dont l'accent, le rire, les chansons, les bavardages, la blague, l'esprit m'ont appris ce beau langage imagé de Paris qui monte du coeur et coule de la bouche du peuple et qu'aucun écrivain contemporain ne sait employer naturellement et avec la même abondance ou bonheur, sauf peut-être Henry Poulaille. Leur mère, leur femme, leur copine ou leur frangine qui stationnaient toute la journée devant les grilles quand nous faisions l'exercice dans la cour de la caserne de Reuilly ou qui venaient leur apporter ou leur payer à boire et à manger le soir quand nous avions fini de faire le zouave Bastion 29 sur les fortifs ou étions de service Porte de Vincennes, étaient également bien embouchées et souvent d'une drôlerie, d'une cocasserie spontanée, possédant un vocabulaire tout en saillies qui faisait mon émerveillement car tout était dit, balancé comme pour la galerie, et portait. Malgré le tragique des évènements et le ton râleur du vieux, dans ces boîte à punaises du Faubourg où l'un ou l'autre de mes camarades me menait passer le dimanche en famille, régnait la gaieté, l'insouciance. Que cela simplifie l'existence que de vivre au jour le jour. C'est une vérité. Bientôt nous allions mourir au jour le jour. C'est une autre vérité et une simplification encore plus grande.

 

Mais avant de monter au front par la route où tant de mères, de femmes, de fiancées accompagnèrent mes camarades jusqu'à Ecouen, portant qui le fusil, qui le sac de son fils ou de son homme, notre régiment alla vadrouiller dans la banlieue Est jusqu'à la mi-septembre. Je dis vadrouiller car pour la plupart de mes camarades qui allaient tomber  anonymement dans cette longue guerre de tranchées, les corvées auxquelles on nous affectait se terminaient en parties de plaisir, beuveries ou gueuletons ; ils connaissaient trop de bons coins dans cette banlieue, ils y avaient trop de bons souvenirs, la tentation était trop forte pour ne pas aller voir ce qu'un tel, une telle étaient devenus pour ne pas quitter les rangs, se barrer en douce, voire déserter un jour ou deux pour aller boire le coup ou faire l'amour, escalader une grille, fracturer la porte, décrocher un volet, si les aminches n'y étaient pas, faire au moins une descente à la cave à défaut d'un plongeons dans un lit hanté.

 

Ces corvées en banlieue auxquelles on employait le régiment sur un coup de téléphone venu du Commandant de la Place étaient absurdes. Aménager le polygone de Vincennes pour y installe des canons datant du siège de 70 et déménager les soutes du Fort de Nogent pour alimenter les pièces en munitions, c'est tout ce que MM. les militaires avaient trouvé pour tirer sur les premiers "Taubes" qui survolaient Paris. Ah ! si vous nous aviez vus chacun un obus de fonte sur l'épaule. On se marrait, et les quolibets d'éclater au nez de nos officiers. Voyez prestige ! Cependant les forts de Liège tenaient toujours et les Boches avançaient sur Pairs. Alors on nous fit abattre les arbres, Porte de Vincennes, dresser des barricades sur la chaussée et tendre deux, trois barbelés. Je me souviens qu'au lendemain de la bataille de la Marne on nous fit creuser des tranchées sur le modèle allemand, Porte de Saint-Mandé. Il était temps ! Un brillant officier d'état-major déroulait des plans et un vieux sergent d'Afrique dirigeait les travaux. On nous avait distribué des pelles et des pioches, mais nous ne nous acharnions pas outre mesure et d'autant moins que le galonnard chronométrait notre avance et avait l'air de vouloir s'impatienter. Alors, le vieux médaillé nous traita de "sales poilus". Des poilus, qu'est-ce que c'est que ça ? Nous ne comprenions pas. Le mot n'était pas dans notre vocabulaire et, par ailleurs, nous étions pour la plupart imberbes.

- Pourquoi poilus ? se risqua à demander un jeune soldat.

- Parce que vous avez tous un sacré poil dans la main. On voit bien que vous êtes des Parisiens, répondit le vieux sergent. Mais on vous dressera.

 

Je suis très fier de raconter cette étymologie qui a été si souvent controversée dans les journaux de l'époque. Mais le jeu en valait-il la chandelle ? C'était à l'avant-dernière. Mais à la dernière, MM. les militaires ont trouvé mieux. Ils se sont motorisés pour pouvoir ficher le camp et s'envoler de l'autre côté de l'eau, d'où ils sont revenus avec du renfort bombarder du haut des airs les populations lâchement abandonnées, ces "sales civils". Cela promet pour la prochaine. On ne comptera plus. Zéro.

 

En septembre 14, nous effectuions aussi des marches militaires, de jour et de nuit et de jour et de nuit encore, des patrouilles de police, et c'est ainsi que j'ai pu parcourir, dans tous les sens, godillots aux pieds et Lebel sur l'épaule, cette aimable banlieue de l'Est, mais alors en pleine pagaye. Des réfugiés paysans encombraient les routes, des fuyards, des éclopés, des blessés, piétons civils et militaires campant dans les jardins des villas qu'ils dévalisaient, cambriolant les pavillons, pillant, saccageant tout pour bouffer, des masses surprises par l'évènement, prises de frousse, ivres de fatigue, de panique et de vin, une préfiguration de ce que l'on devait voir, mais à une plus grande échelle et dans un train d'enfer, autos et camions ravageant tout le pays, en juin 40, durant l'exode, toute la nation qui se ruait vers le sud, les gens quittant leurs lares, chacun ne pensant qu'à sauver sa peau, les responsables du désastre en tête qui gueulaient qu'il fallait abandonner la France : un vrai cinéma ! Le moins qu'on en puisse dire c'est que ce n'était pas beau, d'autant plus que c'était idiot. Et depuis, personne ne retrouve plus sa place en France ...

14/09/2016

2. VIVE LES CONGES DU MOIS D'AOUT QUI VIDENT LES ATELIERS !

 

 

2016-09-14 blaise cendrars.jpg

Humain d'abord

en voilà de belles dictées à faire

****

 

BANLIEUE EST

L'ouvrière a la larme facile, la midinette le sourire, toutes deux aiment la romance et l'on entend plus de sentimentalité s'égosiller le long des sentes du bord de l'eau et des chemins de halage que de gazouillis d'oiseaux dans les haies. C'est la saison des premières amours pour beaucoup de Parisiennes que ce mois d'août en banlieue, ou le renouement d'une liaison rompue l'été précédent, ou le démarrage de nouvelles amours. Le coeur est en émoi. Le corsage est décolleté. La jupe trop collante. On se sent légère, légère. On part par bandes à bicyclette, les jambes nues, filles et garçons. Sur la grand-route arpètes et apprentis jouent à cache-cache derrière les camions. Un foulard, un  ruban dans le vent de la vitesse a sa part dans la séduction d'un garçon, autant que les jambes qui pédalent, qui pédalent  et semblent vibrer dans les rayons des roues étincelantes comme les ailes d'une libellule corsetée d'un étroit short de couleur à peine maintenu par une ceinture fantaisie ou un gros oeil de nacre, et le garçon fonce dans votre sillage. On passe en riant devant les pompistes que l'on traite de "cocus" comme jadis les chefs de gare. Dans le soleil les pompes à essence sont nues. On passe en fugue. On prend un chemin de traverse. On s'engage dans un chemin de terre à travers champs. Et soudain on est au bord de l'eau. Ils en connaissent des coins perdus, les garçons, un bief, un vieux moulin, une île déserte, un  étang recouvert de nénuphars, un saule pleureur qui trempe dans un trou d'eau dormante, une propriété abandonnée où l'on est bien par couples à se balader entre les buissons de roses qui redeviennent églantiers, un bouchon à escarpolette, une petite auberge à friture avec des tonnelles pour les amoureux, une guinguette, un jazz, un  bal, des établissements où il y a foule la nuit, avec des petits ponts, des petits lacs, des charmilles décorées de lanternes vénitiennes, des rocailles comme aux Buttes-Chaumont, des jardins pleins d'appareils à sous et de miroirs déformants, un puits avec des vélos truqués, des ânes, un tir à pipes, un portique avec des balançoires et des lumières et des trous d'ombre à vous donner le vertige, chaque consommation coûte les yeux de la tête, et on l'attrape, le vertige, on tombe dans les bras du joli garçon, on rentre tard ou l'on ne rentre pas du tout, étroitement enlacée, poussant sa bécane dont on est lasse comme de la pleine lune dans les prés blanchis tout retentissants du coassement des crapauds qui se répondent et vous désorientent comme le coeur qui bat trop fort, et vous trompent à en être bouleversés, à ne plus savoir ce que l'on donne, ce que l'on prend. Ah ! l'amour dans la rosée. Sous le poids des étoiles.

C'est le grand frisson ...

... Et avant la fin du mois d'août ou dans les mois qui suivent, dès qu'on a fait la paix avec ses vieux, ses frangins qui vous débinaient, ses frangines qui vous jalousaient, on revient sur les lieux du crime célébrer les noces, des noces en tandem, des noces en série, car votre meilleure copine s'était également mise en ménage, ainsi que bien d'autres, et c'est merveilleux, c'est pour la vie, et les rives de la Marne sont féériques ...

Heureuse banlieue de l'Est, à nulle autre pareille, où la vie semble plus facile qu'ailleurs, la pauvreté moins dure à supporter, la misère moins sordide ou mieux dissimulée, et où tant de filles du Faubourg l'ont perdu !

Mais malgré la joie générale c'est tout de même une grande duperie humaine, un oubli.

**

*

C'est une grande duperie parce que les premiers congés payés ont été ceux du mois d'août 1914 ...

 

Autre note

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique