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18/09/2016

1. BANLIEUE OUEST de Blaise Cendrars, banlieue des riches et ceinture verte

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 1949 -1966 - Acheté en 1975

 

BANLIEUE OUEST

 Tous les dimanches matin de très bonne heure on peut voir le roi-soleil en bicyclette se rendre dans son jardinet.

C'est le printemps !

Un poireau magnifique a passé l'hiver dans un champ, veillé par un épouvantail qui vient d'être habillé de neuf.

"MM. les Locataires dont priés de ne pas stationner dans la loge". On comprend l'empressement qu'ont les gens d'optempérer à l'avis de la concierge quand il leur saute aux yeux par un beau dimanche matin et la hâte qu'ils mettent à quitter leur rue sans joie.

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En bâtissant Versailles et en priant ses bons sujets de venir le regarder manger et d'aller faire un tour dans les jardins avant de s'en aller, Louis XIV a donné aux parisiens le goût de la campagne. Il est en somme le premier des banlieusards, au sens décadent du mot, et, depuis, des centaines de milliers de citadins l'imitent qui, chacun, construit son pavillon et veut vivre hors des murs. Mais pour les parisiens d'aujourd'hui qui n'ont plus l'espoir de posséder jamais un carré de choux dans les fossés, depuis que l'on a démoli les fortifs, ni même la possibilité de se coucher et d'en écraser dans l'herbe des talus, Versailles commence déjà au pont de Sèvres ou au pont de Saint-Cloud où les vomissent métro, autobus et tramways, à moins qu'ils ne se croient déjà en pleine campagne dès que le train a dépassé Suresnes ou Puteaux ou franchi la Seine à Asnières !

 

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LA BANLIEUE OUEST. LA BANLIEUE DES RICHES. ON L'APPELLE AUSSI LA CEINTURE VERTE. Mais on oublie le bagne "Renault" à Billancourt et les usines de Gennevilliers, Bois-Colombes, la Garenne, Courbevoie, Nanterre, Boulogne. C'est le secteur de la voiture-aviation, "Hotchkiss, Citroën, Peugeot, la Licorne, Rosengart" qui empoisonnent les agglomérations surpeuplées coincées entre Neuilly-sur-Seine, et, rive gauche, à la population tout aussi dense, "Chenard et Walcker, Hispano-Suiza, encore La Licorne", encore "Peugeot, Ariès, De Dionbouton, Unic, Talbot, Blériot, Farman, Latil, Fiat, MatFord, Saurer", l'île Seguin, au profil avaricieux, rasé de près, du directeur général des établissements Renault, M. Lehideux, un tintamarre et un va-et-vient perpétuel de lourds camions six et dix roues chargés à bloc qui roulent jour et nuit d'une usine à l'autre à une allure vertigineuse et minutée par les ingénieurs, si bien que les gosses des écoles ne peuvent aller jouer dans la rue sans courir le risque de se faire écrabouiller d'une seconde à l'autre par une remorque, des chaudronneries, des tôleries, des ateliers de soudure autogène, de montage, d'ajustage, d'assemblage, des fours Martin, des marteaux-pilons, des fabriques de pneu, des ateliers de vulcanisation, des manufactures d'accessoires électriques, des carrossiers, des sociétés pétrolifères, des tanks, des dépôts d'essence, des garages qui font la chaîne et bouclent la boucle, et c'est tout juste si l'on peut se faufiler par le Bois de Boulogne, le parc de Saint-Cloud, la butte de Picardie (et encore la traversée de Viroflay et bien étranglée et le fameux "virage rouge" a été longtemps la terreur des vélocipédomanes !) ou le détour par Marnes-la-Coquette, la route de l'Impératrice pour gagner le parc de Versailles (ce rêve !)et encore faut-il posséder une voiture ou pédaler dur car la trotte est longuette et il y a les côtes, et la véritable campagne et les lotissements agrestes (cet autre rêve !) ne commencent qu'au-delà.

....

 

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je n'ai plus de souffle... Ouh ! la suite tout à l'heure.

14/09/2016

2. VIVE LES CONGES DU MOIS D'AOUT QUI VIDENT LES ATELIERS !

 

 

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Humain d'abord

en voilà de belles dictées à faire

****

 

BANLIEUE EST

L'ouvrière a la larme facile, la midinette le sourire, toutes deux aiment la romance et l'on entend plus de sentimentalité s'égosiller le long des sentes du bord de l'eau et des chemins de halage que de gazouillis d'oiseaux dans les haies. C'est la saison des premières amours pour beaucoup de Parisiennes que ce mois d'août en banlieue, ou le renouement d'une liaison rompue l'été précédent, ou le démarrage de nouvelles amours. Le coeur est en émoi. Le corsage est décolleté. La jupe trop collante. On se sent légère, légère. On part par bandes à bicyclette, les jambes nues, filles et garçons. Sur la grand-route arpètes et apprentis jouent à cache-cache derrière les camions. Un foulard, un  ruban dans le vent de la vitesse a sa part dans la séduction d'un garçon, autant que les jambes qui pédalent, qui pédalent  et semblent vibrer dans les rayons des roues étincelantes comme les ailes d'une libellule corsetée d'un étroit short de couleur à peine maintenu par une ceinture fantaisie ou un gros oeil de nacre, et le garçon fonce dans votre sillage. On passe en riant devant les pompistes que l'on traite de "cocus" comme jadis les chefs de gare. Dans le soleil les pompes à essence sont nues. On passe en fugue. On prend un chemin de traverse. On s'engage dans un chemin de terre à travers champs. Et soudain on est au bord de l'eau. Ils en connaissent des coins perdus, les garçons, un bief, un vieux moulin, une île déserte, un  étang recouvert de nénuphars, un saule pleureur qui trempe dans un trou d'eau dormante, une propriété abandonnée où l'on est bien par couples à se balader entre les buissons de roses qui redeviennent églantiers, un bouchon à escarpolette, une petite auberge à friture avec des tonnelles pour les amoureux, une guinguette, un jazz, un  bal, des établissements où il y a foule la nuit, avec des petits ponts, des petits lacs, des charmilles décorées de lanternes vénitiennes, des rocailles comme aux Buttes-Chaumont, des jardins pleins d'appareils à sous et de miroirs déformants, un puits avec des vélos truqués, des ânes, un tir à pipes, un portique avec des balançoires et des lumières et des trous d'ombre à vous donner le vertige, chaque consommation coûte les yeux de la tête, et on l'attrape, le vertige, on tombe dans les bras du joli garçon, on rentre tard ou l'on ne rentre pas du tout, étroitement enlacée, poussant sa bécane dont on est lasse comme de la pleine lune dans les prés blanchis tout retentissants du coassement des crapauds qui se répondent et vous désorientent comme le coeur qui bat trop fort, et vous trompent à en être bouleversés, à ne plus savoir ce que l'on donne, ce que l'on prend. Ah ! l'amour dans la rosée. Sous le poids des étoiles.

C'est le grand frisson ...

... Et avant la fin du mois d'août ou dans les mois qui suivent, dès qu'on a fait la paix avec ses vieux, ses frangins qui vous débinaient, ses frangines qui vous jalousaient, on revient sur les lieux du crime célébrer les noces, des noces en tandem, des noces en série, car votre meilleure copine s'était également mise en ménage, ainsi que bien d'autres, et c'est merveilleux, c'est pour la vie, et les rives de la Marne sont féériques ...

Heureuse banlieue de l'Est, à nulle autre pareille, où la vie semble plus facile qu'ailleurs, la pauvreté moins dure à supporter, la misère moins sordide ou mieux dissimulée, et où tant de filles du Faubourg l'ont perdu !

Mais malgré la joie générale c'est tout de même une grande duperie humaine, un oubli.

**

*

C'est une grande duperie parce que les premiers congés payés ont été ceux du mois d'août 1914 ...

 

Autre note

1. VIVE LES CONGES PAYES DU MOIS D'AOUT QUI VIDENT LES ATELIERS !


 

 

 

Jacques PREVERT hier... Blaise CENDRAS aujourd'hui ...

un vrai bonheur que de les lire ou relire !

Un vrai bonheur de contemples les photos de DOISNEAU

 

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Imprimé en 1966 - Acheté en 1975

 

 

BANLIEUE EST

 

VIVE LES CONGES PAYES DU MOIS D'AOUT QUI VIDENT LES ATELIERS !

Après les bals en plein air du 14 Juillet, le Tout-Paris des ouvriers de ces admirables quartiers populaires que sont pour un flâneur le XIXe, le XXe, le XIIe, le XIe, le IIIe arrondissements, se rue vers la proche banlieue Est, car c'est la canicule, et les robinsonnades commencent aux portes mêmes de Paris, campeurs, campeuses au Bois de Vincennes, baigneurs, baigneuses à Charenton, et aussi loin que l'on peut remonter en amont dans la vallée de la Seine, dans la vallée de la Marne et le long des berges paresseuses du canal de l'Ourcq, un populo en liesse qui s'ébat sous les ombrages, fait l'amour dans l'herbe, fait trempette entre les saules, pique-nique sur les plages, mange de la friture, danse et rit dans les guinguettes et les bouchons du bord de l'eau, voyage en périssoire, sans rien dire des pêcheurs à la ligne, ces passionnés, qui préfèrent des eaux plus tranquilles, connaissent les bons coins et s'éloignent, s'éloignent jusqu'à l'île du Saussaye, l'île Verte, les étangs Fleuris dans la vallée de l'Essonne et les vallons écartés d'autres petites rivières et cours d'eau.blaise cendrars pleiade voyage

 

 

VIVE LES CONGES PAYES DU MOIS D'AOUT QUI VIDENT LES ATELIERS ! Dans les bleds de banlieue tout nouvellement bâtis des pavillons en mâchefer, à Chevilly-Larue, au Petit-Vitry, à Charentonneau, à Mesly, à Créteil où tout un lotissement semble être occupé exclusivement par des chauffeurs de taxis amateurs de pêche qui viennent y passer le week-end en famille et se lèvent avant l'aube, la ligne, l'épuisette sur l'épaule, la musette ou le panier sur la hanche qui contient la précieuse boîte aux asticots sélectionnés, vont désamarrer leur bachot ou chargent tout un attirail compliqué dans leur voiture quand, leur passion les pousse au loin,jusqu'à Ballencourt, au brochet, et que l'on peut voir le mardi matin laver leur bagnole à grande eau, l'éponger, l'astiquer pour enlever toute trace d'écailles, d'algues, de sang et d'odeur de poisson avant de retourner jusqu'au vendredi soir à Paname embarquer les touristes étrangers qui viennent visiter le Gay-Paris l'été, du tombeau du Soldat inconnu au tombeau de Napoléon, de Montmartre au Panthéon et à la Tour-Eiffel, à Fontenay-sous-Bois,à Montreuil-sous-Bois, aux Pavillons-sous-Bois (ce "Bois" qui figure pour mémoire dans tant de noms de cadastre de la région est tout ce qui reste de la sinistre forêt de Bondy où les malandrins attaquaient les diligences il y a cent ans), à Nonneville, aux Petits-Ponts, à Beau-Site, au Blanc-Mesnil, partout, depuis les annonces du printemps, les nouveaux occupants se sont empressés de donner un dernier coup de pinceau et durant tout le mois d'août ces veinards reçoivent à table des amis, des parents et connaissances venus de Ménilmontant, de Belleville, de la Nation, de la Bastille, de Picpus et du Faubourg, des voisins du quartier moins chanceux, des copains d'atelier plus pauvres, et l'on trinque dans tous les jardinets, et l'on arrose le lapin sauté, et l'on mange les frites et la salade, et l'on prend le café et le pousse-café et l'on cause, et les hommes vont faire un tour, et les femmes vont les rejoindre à l'heure de la baignade ou de l'apéritif, et l'on rentre se remettre à table à moins qu'un des copains paye la friture, et l'on traîne alors dans un bastringue où l'on danse avec le monde, sinon l'on rentre dîner, et après le repas du soir l'on fait une partie de cartes et les femmes chantent et potinent en essuyant la vaisselle, elles sont heureuses, et l'on envoie les gosses au pieu, et l'on remet la radio si on l'a ou l'un  ou l'autre attrape son accordéon, qu'il avait rapporté, et l'on danse entre soi en rigolant, et l'on va se coucher en plaisantant, planter un gosse(r sur des paillasses improvisées dans tous les coins et même en plein air si l'on est trop nombreux ou l'on couche à trois en se pagnotant.

C'est la bonne vie, on voudrait que ça dure et que ça n'ait pas de fin, le mois d'août, entre sa femme, les femmes des copains et les copines, les gosses et les bons copains, et la mémère qui n'était encore jamais sortie hors des murs et qui ne s'y fait pas, et qui gronde et qui bougonne : "Oh ! cette jeunesse d'aujourd'hui je ne la comprends pas. De mon temps, on était sérieux ...", et qui se remue et qui s'agite dans sa soupente, et qui soupire : "Quand qu'c'est qu'on rentre ?...  il n'y a encore que Pantruche de vrai ...", et qui se fait de la bile pour les siens à voir comment l'argent file, car la vie est par trop chère et elle ne peut s'habituer aux nouveaux prix, et dix fois par jour elle dit à son fils, le responsable de tout cela :

- Dis,Dédé, comment est-ce que cela finira ?

-Ne t'en fais pas, mémère, lui répond sa bru. On les aura ...

*

Et nous devons lire et relire Cendrars, aujourd’hui plus que jamais. Cet écrivain du voyage qui détestait cette appellation nous apprend comment disparaître, comment partir, un de ses verbes fétiches.

*

La suite.. un peu plus tard

 

http://republique-des-lettres.fr/cendrars-9782824900193.php

Blaise Cendrars

République des lettres-3 mars 2012
Blaise Cendrars monte à Paris et rejoint Féla, sa compagne, en Amérique. .... Après La Banlieue de Paris (1949), né de la collaboration avec le photographe ...
 

La banlieue grise d'un Doisneau méconnu

Le Monde-14 janv. 2010
Contrairement à Blaise Cendrars, qui accompagnait La Banlieue de Paris d'un texte violent, le photographe n'a pas de goût pour la satire.

17/05/2016

Pas de nouveau-né sans la mère

Fidèles hirondelles -  (Sully Prudhomme)

 

1.
Toi qui peux monter solitaire
Au ciel, sans gravir les sommets,
Et dans les vallons de la terre
Descendre et planer dans l'air,

 
2.
Toi qui, sans te pencher au fleuve
Où nous ne puisons qu'à genoux
Peux aller boire, avant qu'il ne pleuve
Au nuage trop haut pour nous ;

 
3.
Toi qui pars au déclin des roses
Et reviens au nid printanier,
Fidèle aux deux meilleures choses :
L'indépendance et le foyer.

 
4.
Comme toi, mon âme s'élève
Et tout à coup rase le sol
Elle suit avec l'aile du rêve
Les beaux méandres de ton vol.

 
5.
S'il lui faut aussi des voyages,
Il lui faut son nid chaque jour,
Elle a tes deux besoins sauvages :
Vivre libre
dans l'intense amour.

(Stances : la vie intérieure)

*

*

Dans mes cyprès ..

l'oiseau va-t-il naître ? La mère a-t-elle quitté le nid ?

Si tel est le cas c'est une mauvaise mère

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21/04/2016

SIFFLE BEAU MERLE !

  La Lune est en Balance Aujourd'hui Jeudi
la lune est dans le signe zodiacale Balance , croissante /2e quartier

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Le merle

Un oiseau siffle dans les branches
Et sautille gai, plein d'espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.

C'est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve soleil, et module
L'hymne d'avril en février.

Pourtant il vente, il pleut à verse ;
L'Arve jaunit le Rhône bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hôtes près du feu.

Les monts sur l'épaule ont l'hermine,
Comme des magistrats siégeant.
Leur blanc tribunal examine
Un cas d'hiver se prolongeant.

Lustrant son aile qu'il essuie,
L'oiseau persiste en sa chanson,
Malgré neige, brouillard et pluie,
Il croit à la jeune saison.

Il gronde l'aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.

Il voit le jour derrière l'ombre,
Tel un croyant, dans le saint lieu,
L'autel désert, sous la nef sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.

A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi !

 

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" Quand siffle le merle

l'hiver est fini"

 

merle,lune,poesie,théophile gautier

 

 
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